vendredi 30 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2101806 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre |
| Avocat requérant | DEFFAIRI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et un mémoire récapitulatif enregistrés le 30 janvier 2021, le 31 août 2022, le 7 octobre 2022 et le 10 novembre 2022, M. C A et Mme B A, représentés par Me Deffairi, demandent au tribunal :
1°) de condamner E à leur verser une indemnité de 126 694 euros au titre du préjudice de perte de jouissance qu'ils subissent depuis le 18 janvier 2018 en raison de nuisances sonores causées par le fonctionnement d'une école élémentaire, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de la requête et de la capitalisation des intérêts ;
2°) d'enjoindre à E de faire réaliser des travaux de surélévation à cinq mètres du mur séparatif situé entre leur propriété et la cour de récréation de l'école de la Tour d'Auvergne, de poser sur tous les murs de la cour de récréation des panneaux absorbants réduisant les réverbérations sonores dans la cour et vers le voisinage et de financer les travaux d'isolation et de ventilation de leur maison ou, à titre subsidiaire, de leur verser la somme minimale de 194 626 euros correspondant à l'estimation du coût de la réalisation de ces travaux, sous astreinte de 500 euros par jour de retard après l'expiration d'un délai de six mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de E la somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :
- l'exception de chose jugée opposée en défense n'est pas fondée, le dommage dont l'indemnisation est demandée étant distinct de celui déjà indemnisé ;
- la responsabilité de E doit être engagée pour les troubles qu'ils subissent en raison du fonctionnement de l'école élémentaire de la Tour d'Auvergne sur le terrain de la faute ou sans faute ;
- leur préjudice depuis le 18 janvier 2018 doit être évalué à 126 694 euros ;
- il présente un caractère anormal et spécial ;
- en s'abstenant de prendre les mesures nécessaires pour faire cesser les nuisances sonores provoquées par le fonctionnement de l'école, E a commis une faute ;
- en édifiant un mur séparatif de 3,40 mètres au lieu des cinq mètres prévus dans le permis de construire accordé pour la construction de l'école, E a commis une faute ;
- il y a lieu d'enjoindre à E de procéder aux travaux permettant de faire cesser les nuisances qu'ils subissent ou de leur verser une indemnisation d'un montant de 194 626 euros.
Par des mémoires enregistrés le 5 juillet 2022 et le 28 septembre 2022, E conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- l'autorité de la chose jugée s'oppose à ce que les préjudices subis par les requérants avant le 25 mars 2020 soient pris en compte ;
- en s'abstenant de réaliser des travaux d'isolation à leur domicile, les requérants ont commis une faute susceptible de l'exonérer de tout ou partie de sa responsabilité ;
- les moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Arnaud, conseillère ;
- les conclusions de M. Degand, rapporteur public ;
- les observations de Me Deffairi, représentant M. et Mme A ;
- les observations de Mme D pour E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A est propriétaire depuis le 4 mars 1960 d'une maison de deux étages avec jardin située rue des Martyrs dans le 9eme arrondissement de Paris, dont M. A est également devenu propriétaire en 2019 par modification de leur contrat de mariage. Une école élémentaire a ouvert en 2010 à proximité immédiate de leur habitation. Par un courrier du 27 octobre 2020, reçu le 30 octobre 2020, M. et Mme A ont demandé à E, d'une part, d'engager des travaux pour surélever à 5 mètres le mur séparatif entre l'école et leur propriété et poser sur les murs de la cour de récréation des panneaux absorbant les réverbérations sonores de la cour vers le voisinage et, d'autre part, de payer les travaux d'isolation et de ventilation de leur maison. Une décision implicite de rejet de leur réclamation s'étant formée, ils demandent au tribunal de condamner E à leur verser une indemnité de 126 694 euros au titre des nuisances sonores qu'ils subissent et de lui enjoindre de faire réaliser les travaux de nature à y remédier et de financer les travaux d'isolation et de ventilation de leur maison ou, à titre subsidiaire, de leur verser la somme minimale de 194 626 euros correspondant à l'estimation du coût de la réalisation de ces travaux.
Sur l'exception de chose jugée :
2. Il résulte de l'instruction que, par un jugement n° 1619664 du 18 janvier 2018 devenu définitif, le tribunal administratif de Paris a condamné E à verser à M. et Mme A la somme de 20 000 euros en réparation des troubles de jouissance subis d'une part du fait de la démolition des anciens bâtiments existants et de la construction de l'école et d'autre part à raison du fonctionnement de celle-ci. Par un arrêt n° 18PA00853 du 26 mars 2019, la cour administrative d'appel de Paris a rejeté la requête de M. et Mme A tendant à la réformation du jugement du tribunal. Par une décision n° 431089 du 25 mars 2020, le Conseil d'Etat n'a pas admis le pourvoi de M. et Mme A. Par suite, le jugement du 18 janvier 2018 ne mentionnant pas de demande d'indemnisation au titre d'une période particulière, il a été statué seulement sur les préjudices antérieurs à la date à laquelle il a été rendu. L'autorité de la chose jugée ne s'oppose donc pas à ce qu'il soit statué sur les préjudices invoqués par les requérants postérieurs au 18 janvier 2018. Dès lors, l'exception de chose jugée opposée en défense doit être écartée.
Sur la responsabilité :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute :
3. Lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures. Pour apprécier si la personne publique commet, par son abstention, une faute, il lui incombe, en prenant en compte l'ensemble des circonstances de fait à la date de sa décision, de vérifier d'abord si la persistance du dommage trouve son origine non dans la seule réalisation de travaux ou la seule existence d'un ouvrage, mais dans l'exécution défectueuse des travaux ou dans un défaut ou un fonctionnement anormal de l'ouvrage et, si tel est le cas, de s'assurer qu'aucun motif d'intérêt général, qui peut tenir au coût manifestement disproportionné des mesures à prendre par rapport au préjudice subi, ou aucun droit de tiers ne justifie l'abstention de la personne publique.
4. Il résulte de l'instruction que, d'une part, si la hauteur du mur séparant la cour de récréation de l'école de la propriété de M. et Mme A prévue par le permis de construire a été fixée à 5 mètres, cette hauteur n'a atteint, à l'issue des travaux de construction de l'école achevés en 2010, que 3,40 mètres. Or, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise rendu le 30 novembre 2015 à la demande du tribunal administratif de Paris, que l'une des mesures permettant d'atténuer les nuisances sonores subies par M. et Mme A consiste en un rehaussement à la hauteur initialement prévue du mur séparatif entre leur propriété et l'école élémentaire. Il en résulte également qu'alors que E a eu connaissance des nuisances provoquées pour les requérants par le voisinage de l'école et des mesures permettant d'atténuer ces nuisances au plus tard à la réception du rapport d'expertise du 30 novembre 2015, elle n'a mis en œuvre aucune mesure de nature à réduire ces nuisances, en particulier le rehaussement du mur séparatif. En outre, il ressort de ce rapport qu'il existe des mesures permettant d'atténuer ces nuisances, dont le coût n'est pas disproportionné au regard de la nature et de la gravité des préjudices subis par M. et Mme A et E ne se prévaut pas d'un droit de tiers justifiant son abstention à prendre les mesures nécessaires. Par suite, E a commis une faute en s'abstenant de réaliser les travaux nécessaires à l'atténuation des nuisances sonores causées par l'école élémentaire de la Tour d'Auvergne à M. et Mme A. Contrairement à ce qu'elle soutient en défense, la circonstance que M. et Mme A n'ont pas utilisé l'indemnité qui leur a été attribuée par le tribunal administratif de Paris le 18 janvier 2018 pour réaliser des travaux d'isolation phonique de leur maison ne constitue pas une faute susceptible de l'exonérer de tout ou partie de sa responsabilité.
S'agissant de l'évaluation des préjudices :
5. D'une part, il n'est pas sérieusement contesté que la maison située au 46 rue des Martyrs à Paris constitue la résidence principale de M. et Mme A. Il résulte de l'instruction que les nuisances sonores invoquées par les requérants résultent des cris des enfants lorsqu'ils sont présents dans la cour de récréation, c'est-à-dire au cours des récréations du matin, du midi et de l'après-midi, ainsi que, dans une moindre mesure, lors des cours d'éducation physique et sportive et des activités périscolaires et extrascolaires. Ces nuisances sont perceptibles à l'intérieur de la maison des requérants ainsi que dans leur jardin. Il résulte toutefois de l'instruction que l'école élémentaire de la Tour d'Auvergne a été fermée durant une dizaine de semaines au cours de l'année 2020 en raison des mesures sanitaires adoptées lors de la pandémie de Covid-19, interrompant ainsi les troubles de jouissance liés au fonctionnement de l'école. Si les requérants se plaignent de nuisances le samedi et qu'il n'est pas contesté que l'école a été ouverte aux enfants et à leurs parents les samedis lors des périodes de confinement en 2020, ils n'apportent aucun élément permettant de déterminer la fréquence et la durée de ces ouvertures et ils reconnaissent que les nuisances constatées lors de ces journées d'ouverture est moindre que celles constatées en semaine en période scolaire.
6. D'autre part, ainsi qu'il est dit au point 2, il y a lieu de tenir compte des préjudices de jouissance subis par les requérants à compter du 18 janvier 2018.
7. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice de jouissance subi par les requérants en raison des nuisances sonores provenant de l'école élémentaire de la Tour d'Auvergne en condamnant E à leur verser une indemnité de 12 000 euros.
S'agissant des intérêts et de leur capitalisation :
8. En premier lieu, les requérants ont droit aux intérêts au taux légal sur l'indemnité de 12 000 euros à compter du 30 janvier 2021, date d'enregistrement de la requête.
9. En second lieu, en application de l'article 1343-2 du code civil, les requérants ont droit à la capitalisation des intérêts à compter du 30 janvier 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Pour la mise en œuvre des pouvoirs décrits ci-dessus au point 3, il appartient au juge, saisi de conclusions tendant à ce que la responsabilité de la personne publique soit engagée, de se prononcer sur les modalités de la réparation du dommage, au nombre desquelles figure le prononcé d'injonctions, dans les conditions définies à ce point 3, alors même que le requérant demanderait l'annulation du refus de la personne publique de mettre fin au dommage, assortie de conclusions aux fins d'injonction à prendre de telles mesures. Dans ce cas, il doit regarder ce refus de la personne publique comme ayant pour seul effet de lier le contentieux.
11. Pour les motifs exposés au point 4, il y a lieu de faire droit à la demande d'injonction présentée par les requérants et d'enjoindre à E de réaliser dans un délai d'un an tout ou partie des travaux préconisés par l'expert dans son rapport du 30 novembre 2015, de manière à atténuer dans toute la mesure du possible les nuisances subies par M. et Mme A décrites au point 5.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de E la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : E est condamnée à verser à M. et Mme A une indemnité de 12 000 euros augmentée des intérêts au taux légal à compter du 30 janvier 2021. Les intérêts échus le 30 janvier 2022 seront capitalisés à cette date pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Il est enjoint à E de réaliser tout ou partie des travaux préconisés par l'expert dans son rapport du 30 novembre 2015 dans un délai d'un an à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : E versera à M. et Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de M. et Mme A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et Mme B A et à E.
Copie en sera adressée, pour information, à l'expert.
Délibéré après l'audience du 16 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Aubert, présidente,
M. Julinet, premier conseiller,
Mme Arnaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.
La rapporteure,
B. Arnaud
La présidente,
S. AubertLa greffière,
A. Louart
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026