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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2102044

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2102044

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2102044
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantNICOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 2 février 2021, 27 avril, 31 mai et 29 juin 2022, la société Art Graphique et Patrimoine, représentée par Me Nicolas, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de condamner la direction régionale des affaires culturelles d'Ile-de-France à lui verser la somme de 87 000 euros, toutes taxes comprises, au titre des prestations exécutées en vertu du devis n° 2019-05-151 du 12 juin 2019, sur le fondement de sa responsabilité contractuelle ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner la direction régionale des affaires culturelles d'Ile-de-France à lui verser la somme de 66 00 euros, hors taxes, au titre des prestations exécutées en vertu du devis n° 2019-05-151 du 12 juin 2019, sur le fondement de sa responsabilité extra-contractuelle ;

3°) de condamner en tout état de cause la direction régionale des affaires culturelles d'Ile-de-France à lui verser la somme de 19 106,63 euros au titre des intérêts moratoires ;

4°) de condamner en tout état de cause la direction régionale des affaires culturelles d'Ile-de-France à lui verser la somme de 40 euros au titre de l'indemnité pour frais de recouvrement ;

5°) de condamner l'Etat aux entiers dépens ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- les prestations exécutées en vertu du devis n° 2019-05-151 du 12 juin 2019 ont été demandées par le maître d'œuvre ; elles étaient distinctes des prestations réalisées au titre des autres devis du marché ; elles ont été réalisées et réceptionnées sans réserves ; elles n'ont pas été payées par la direction régionale des affaires culturelles d'Ile-de-France et celle-ci a donc engagé, à titre principal, sa responsabilité contractuelle et, à titre subsidiaire sa responsabilité extra-contractuelle sur le fondement de l'enrichissement sans cause ;

- subsidiairement, elles étaient indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art ; elles étaient distinctes des prestations réalisées au titre des autres devis du marché ; elles ont été réalisées et réceptionnées sans réserves ; elles n'ont pas été payées par la direction régionale des affaires culturelles d'Ile-de-France et celle-ci a donc engagé, à titre principal, sa responsabilité contractuelle et, à titre subsidiaire sa responsabilité extra-contractuelle sur le fondement de l'enrichissement sans cause ;

- le non-paiement des sommes dues dans les délais prévus ouvre droit, en tout état de cause, au paiement d'intérêts moratoires et au versement d'une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 février, 16 mai et 22 juin 2022, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, faute d'avoir été précédée d'une demande indemnitaire préalable ;

- la requête est tardive ;

- les prestations correspondant au devis n° 2019-05-151 du 12 juin 2019 n'étaient pas distinctes des prestations réalisées au titre des autres devis du marché ;

- elles n'ont pas fait l'objet d'une quelconque réception ni attestation de service fait ;

- elles n'ont pas été demandées par le maître d'œuvre ;

- elles n'étaient pas indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art ;

- les prestations litigieuses avaient fait l'objet d'un précédent devis, explicitement refusé par un courriel du 7 juin 2019 ;

- la direction régionale des affaires culturelles d'Ile-de-France n'a pas bénéficié d'un enrichissement sans cause dès lors que les prestations en litiges étaient celles prévues par les devis du marché et qu'elles ont fait l'objet, à ce titre, d'un règlement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Palla,

- les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Après l'incendie survenu le 15 avril 2019 à la cathédrale Notre-Dame de Paris, par un courrier du 18 avril 2019 adressé notamment à la société Art Graphique et Patrimoine, la direction régionale des affaires culturelles d'Ile-de-France a notifié la commande de l'ensemble des prestations qui seront demandées par le maître d'œuvre dans le cadre des opérations de sécurisation, de confortation d'urgence et de sauvegarde de l'édifice, sur le fondement des dispositions des articles L. 2122-1 et R. 2122-1 du code de la commande publique. Par un acte d'engagement du 16 mai 2019, la direction régionale des affaires culturelles d'Ile-de-France a confié à la société Art Graphique et Patrimoine un marché forfaitaire de services consistant en des prestations intellectuelles de numérisation nécessaires aux opérations de sécurisation de la cathédrale. Cet acte d'engagement correspond à quatre devis des 25 et 26 avril 2019. Des prestations supplémentaires ont par la suite fait l'objet de contrats à bon de commande prenant la forme de cinq devis en date des 13 mai, 21 mai et 12 novembre 2019, qui ont fait l'objet d'un règlement. Le 12 juin 2019, la société Art Graphique et Patrimoine a adressé à la direction régionale des affaires culturelles d'Ile-de-France un devis n° 2019-05-151 pour des prestations de génération d'ortho-images dont le règlement a été refusé. Par des courriers des 22 novembre 2019 et 3 septembre 2020, la société Art Graphique et Patrimoine a demandé à la direction régionale des affaires culturelles d'Ile-de-France le règlement des prestations correspondant au devis du 12 juin 2019. Par des courriers des 5 décembre 2019 et 15 septembre 2020 la direction régionale des affaires culturelles d'Ile-de-France a adressé à la société Art Graphique et Patrimoine sa décision de refus. Par la présente requête, la société Art Graphique et Patrimoine demande la condamnation de la direction régionale des affaires culturelles d'Ile-de-France au versement des sommes correspondant aux prestations du devis n° 2019-05-151 du 12 juin 2019.

2. Lorsque le cocontractant de l'administration demande le paiement de travaux supplémentaires réalisés dans le cadre d'un marché public de services ou de travaux à prix global et forfaitaire, il lui appartient tout d'abord d'établir que ces travaux n'étaient pas compris dans le prix de son marché. Le cas échéant, il lui appartient d'établir soit que la réalisation de ces travaux lui a été demandée par ordre de service du maître d'œuvre, soit, en l'absence d'ordre de service écrit ou même d'ordre verbal, que ceux-ci étaient indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art.

3. En l'espèce, les prestations du devis du 12 juin 2019 consistent en quinze générations d'ortho-images. La société Art Graphique et Patrimoine soutient qu'une partie d'entre elles n'était pas prévue initialement et que pour l'autre partie, si elles peuvent être reliées à des prestations figurant dans les devis des 25 et 26 avril 2019 ou ceux des 13 et 21 mai 2019, elles constituent des prestations nouvelles, du fait de modifications dans les conditions techniques d'exécution. S'agissant des premières, le préfet soutient en défense que les prestations n'ont pas été livrées, ou bien l'ont été de façon incomplète, s'appuyant pour ce faire sur un récapitulatif des livraisons commenté par le maître d'œuvre et un compte-rendu d'une réunion tenue le 6 juin 2019, également commenté par le maître d'œuvre. Si la société Art Graphique et Patrimoine conteste la valeur probante du premier document et soutient que le courriel accompagnant le compte-rendu atteste de la satisfaction du maître d'œuvre vis-à-vis des prestations réalisées, sans préciser lesquelles, ces seuls éléments, en l'état du dossier et faute de démontrer quelles livraisons, à quelle date, comprenant quels éléments, auraient été précisément effectuées, ne suffisent pas à établir que les prestations litigieuses ont été certainement réalisées. S'agissant des secondes, si la société Art Graphique et Patrimoine soutient que le recours à des modes de calculs " très haute performance ", en urgence, implique que les prestations du devis du 12 juin 2019 doivent être regardées comme différentes et nouvelles par rapport aux prestations des autres devis, elle ne produit aucun document permettant de justifier précisément de la différence de traitement des images qui serait intervenue après l'émission des premiers devis ni d'expliciter les modes de génération d'ortho-images et de plans ainsi que les obstacles ou difficultés propres à ces techniques, permettant de comprendre la spécificité des plans et ortho-images générés selon le devis du 12 juin 2019 par rapport aux plans et ortho-images proposés en exécution des autres devis. Ainsi, en l'état de l'instruction, il n'est pas possible de déterminer quelles étaient les premières conditions techniques d'exécution, quelles seraient devenues les secondes, et d'établir ainsi qu'il y aurait eu un changement tel que les prestations puissent être regardées comme nouvelles.

4. Au demeurant, d'une part, il ne résulte pas des échanges de courriels du 18 mai au 28 mai 2019 produits par la société Art Graphique et Patrimoine que les quinze prestations du devis litigieux ont été expressément demandées. Le seul courriel du maître d'œuvre s'émouvant de ne pas avoir de plans pour travailler ne peut être regardé comme une demande expresse de fournir les quinze prestations précises du devis du 12 juin 2019 et il ressort des échanges avec l'architecte en chef des monuments historiques que le processus de commande a été rationnalisé à partir d'une réunion tenue le 2 mai 2019, avec l'accord de la société Art Graphique et Patrimoine et que toute commande devait être précédée de l'émission d'un devis et de l'accord du maître d'œuvre. Au demeurant, il résulte de ces échanges que celle-ci demandait seulement l'émission d'un devis et la livraison de " l'existant ". D'autre part, les échanges de courriels produits par la société requérante ne mentionnent aucun plan précis, alors qu'il résulte des devis des 25 et 26 avril et des 13 et 21 mai 2019, que la livraison de plusieurs plans était prévue initialement. En outre, si la requérante soutient que l'émission du devis du 12 juin 2019 est justifiée notamment par le coût des prestations réalisées, impliquant des " calculs haute performance " qui ont nécessité des investissements conséquents dans des machines de calculs particulièrement onéreuses, il résulte des échanges de courriels précités que ces machines avaient déjà été achetées bien avant l'émission du devis du 12 juin 2019, dans une temporalité correspondant à la réalisation des prestations initialement prévues par les premiers devis. La société Art Graphique et Patrimoine ne justifie pas non plus de l'absence de plans ou d'images indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art parmi les prestations initialement prévues dans les devis des 25 et 26 avril 2019 puis dans ceux des 13 et 21 mai 2019, rendant alors nécessaires, le cas échéant, celles du devis du 12 juin 2019, ni d'un élément déclencheur clairement identifiable, en particulier dans le temps, qui permettrait de regarder les conditions techniques d'exécution du contrat comme modifiées. Ainsi, la société Art Graphique et Patrimoine ne démontre pas, en l'état du dossier, que des prestations plus chères correspondant aux quinze prestations du devis du 12 juin 2019 et dont les conditions techniques d'exécution diffèreraient de celles initialement envisagées, n'auraient pas prévues par les devis antérieurs et auraient été rendues indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art.

5. Il résulte de tout ce qui a été dit aux points 3 et 4 qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la société Art Graphique et Patrimoine aux fins de condamnation de la direction régionale des affaires culturelles d'Ile-de-France sur le fondement de sa responsabilité contractuelle. Pour les mêmes motifs, il y a également lieu de rejeter ses conclusions aux fins de condamnation de la direction régionale des affaires culturelles d'Ile-de-France sur le fondement de la responsabilité extra-contractuelle au titre de l'enrichissement sans cause.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées par le préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, que la requête de la société Art Graphique et Patrimoine doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Art Graphique et Patrimoine est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Art Graphique et Patrimoine, au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris et au directeur régional des affaires culturelles d'Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Viard, présidente,

M. Perrot, conseiller,

M. Palla, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

Le rapporteur,

F. PALLA

La présidente,

M-P. VIARDLa greffière,

L. THOMAS

La République mande et ordonne au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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