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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2102129

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2102129

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2102129
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET LAURANT & MICHAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 février 2021, le 14 décembre 2022, la chambre de commerce et d'industrie de Paris Île-de-France, représentée par Me Laurant et

Me Royer, demande au tribunal :

1°) la réduction des cotisations supplémentaires de taxe sur les bureaux, commerces, locaux de stockage et surface de stationnement auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016, ainsi que des intérêts correspondants ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- la surface taxable de son immeuble n'est pas de 10 648 m2 (mètres carrés), mais de

7 551 m2, dès lors que doivent être soustraites de la surface taxable la surface des locaux techniques et des ateliers, des locaux d'archives des premier et deuxième sous-sol, des voies de circulation attenantes aux locaux techniques et aux archives ainsi que la surface de la rotonde et de l'auditorium ;

- elle doit être, pour les deux années concernées, regardée comme bénéficiaire de la taxe à taux réduit sur l'intégralité de la surface taxable, de 7 551 m2.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2021, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés dans la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 27 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 27 juillet 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de Mme Régnier, greffière d'audience :

- le rapport de M. Pertuy,

- et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La chambre de commerce et d'industrie de Paris Île-de-France a été assujettie, au titre des années 2015 et 2016, à la taxe sur les bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement à raison d'un ensemble immobilier situé au 2, rue de Viarmes, à Paris, de forme géométrique ronde, édifié sur deux niveaux de sous-sol, un rez-de-chaussée et trois étages, le rez-de chaussée constituant notamment une vaste zone sous rotonde à usage de circulation des personnes. Estimant que la surface taxable déclarée était insuffisante, l'administration fiscale a mis à sa charge des rappels de cotisations. La chambre de commerce et d'industrie de Paris Île-de-France demande au tribunal de prononcer la réduction des cotisations supplémentaires de taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement au titre des années 2015 et 2016, arguant, d'une part, de l'étendue excessive de la surface taxée, d'autre part de l'application d'un taux réduit de taxe qui devrait porter sur l'intégralité des surfaces taxables.

Sur la contestation de la surface taxable :

S'agissant de l'application de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 231 ter du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " I. Une taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux , les locaux de stockage et les surfaces de stationnement annexées à ces catégories de locaux est perçue, dans les limites territoriales de la région d'Ile-de-France, composée de Paris et des départements de l'Essonne, des Hauts-de-Seine, de la Seine-et-Marne, de la Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne, du Val-d'Oise et des Yvelines. / (..) III. La taxe est due : / 1° Pour les locaux à usage de bureaux, qui s'entendent, d'une part, des bureaux proprement dits et de leurs dépendances immédiates et indispensables destinés à l'exercice d'une activité, de quelque nature que ce soit, par des personnes physiques ou morales privées, ou utilisés par l'Etat, les collectivités territoriales, les établissements ou organismes publics et les organismes professionnels, et, d'autre part, des locaux professionnels destinés à l'exercice d'activités libérales ou utilisés par des associations ou organismes privés poursuivant ou non un but lucratif ; / () V.-Sont exonérés de la taxe : (..) 2° Les locaux et les surfaces de stationnement appartenant aux fondations et aux associations, reconnues d'utilité publique, dans lesquels elles exercent leur activité, ainsi que les locaux spécialement aménagés pour l'archivage administratif et pour l'exercice d'activités de recherche ou à caractère sanitaire, social, éducatif ou culturel ; ".

3. Si la chambre de commerce et d'industrie de Paris Île-de-France soutient que les surfaces des locaux abritant des archives, la rotonde et l'auditorium ont été retenues à tort pour le calcul de la taxe en litige, il ne résulte pas de l'instruction, alors qu'il appartient à la requérante d'apporter la preuve de l'existence d'aménagements spéciaux au sens de l'article 231 ter du code précité, que ces locaux aient bénéficié de tels aménagements. Par ailleurs, les locaux qualifiés d'ateliers et les circulations des 1er et 2e sous-sol attenants aux locaux techniques et aux archives ne figurent pas parmi les exceptions prévues au V. de l'article 231 ter du code général des impôts et constituent des locaux à usage de bureaux ou des dépendances immédiates et indispensables destinées à l'exercice de l'activité de la chambre consulaire. Dans ces conditions, et alors que l'administration fait valoir, sans être contredite, que les

1 062 m² de locaux techniques n'ont pas été retenus pour déterminer la surface taxable, la chambre de commerce et d'industrie de Paris Île-de-France n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a retenu une surface de 10 648 m² et non 7 551 m² pour le calcul de la taxe en litige.

S'agissant de l'interprétation administrative de la loi fiscale :

4. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales. ".

En ce qui concerne les archives

5. La chambre de commerce et d'industrie de Paris Île de France se prévaut des termes de la documentation administrative référencée BOI-IF-AUT-50-10-20131212 n°490 et n°500 qui prévoient que : " sont exonérés de la taxe : les locaux destinés à abriter des archives. () Il s'agit de locaux spécifiquement aménagés, qui peuvent être réputé indépendants des locaux à usage de bureaux. Ainsi, les pièces annexes qui constituent des dépendances immédiates ne bénéficient pas de l'exonération, alors même qu'elles comportent des rayonnages ou armoires de rangement. La notion d'archivage administratif vise les archives des administrations, des collectivités locales, des entreprises privées ou publiques, des organismes et associations ou des professions libérales, quel que soit le support de conservation utilisé (papier, microfiches, microfilms) ".

6. La chambre de commerce et d'industrie de Paris fait valoir que les locaux d'archives du premier et du deuxième sous-sol sont constitués de locaux comportant des armoires de rangement qui sont indépendants des locaux et bureaux et ne constituent en aucun cas des dépendances immédiates de ces derniers.

7. Il résulte cependant des dispositions précitées que pour bénéficier de l'exonération de la taxe qu'elles prévoient, les locaux utilisés à des fins d'archivage doivent, d'une part, être spécialement adaptés, par leur conception même, à l'exercice de ladite destination, d'autre part ne pas constituer la dépendance de locaux taxables. Il résulte pas de l'instruction, et notamment des plans et des photographies produites par la requérante, que lesdits locaux, situés au même niveau que des bureaux, qui constituent des locaux taxables, ne devraient pas être regardés comme constituant une dépendance immédiate et indispensable de ces bureaux, ou auraient fait l'objet d'un aménagement spécifique d'archivage au 1er janvier 2015 et au 1er janvier 2016, dès lors que les photographies produites sont datées de mars à septembre 2016. La Chambre de commerce et d'industrie de Paris Île-de-France n'apporte pas, par suite, la preuve qui lui incombe à la fois de l'aménagement spécial et du caractère dissociable de ces locaux d'archives, qu'ils soient situés au 1er ou au 2ème sous-sol.

8. Si, par ailleurs, l'administration fiscale a admis, par une décision du 23 février 2021, de regarder les locaux d'archives du 2ème sous-sol comme devant être exonérés de la taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux pour les années 2011 à 2014, cette décision ne constitue pas une prise de position formelle de l'administration sur l'appréciation d'une situation de fait au regard du texte fiscal qui lui serait opposable sur le fondement de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales.

En ce qui concerne les ateliers et les locaux techniques :

9. La chambre de commerce et d'industrie de Paris Île-de-France se prévaut de ce que les ateliers, d'une surface de 76,5 mètres carrés, situés au 1er sous-sol, devraient être exonérés de taxe sur le fondement du BOI-IF-AUT-50-10, du 12 décembre 2013, sans autre précision, et son argumentation n'est ainsi pas assortie des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en analyser le bien-fondé. Pour les motifs exposés au point 3, par ailleurs, les locaux techniques, d'une surface de 1062 m2 n'ont pas été retenus comme entrant dans le champ de la taxe et la demande de la requérante à ce titre est sans objet.

En ce qui concerne les espaces de circulation :

10. La chambre de commerce et d'industrie de Paris Île-de-France fait valoir que les espaces de circulation doivent suivre le sort de la catégorie prédominante des espaces qu'ils desservent et ainsi être exonérés de taxe s'agissant des espaces de circulation des 1er et deuxième sous-sol, qui desservent les archives et les locaux techniques, prédominants à ces deux niveaux. Pour les motifs exposés au point 7, cependant, les espaces d'archives indissociables des bureaux du 1er sous-sol doivent conduire à regarder comme entrant dans le champ de la taxe les espaces de circulation de ce niveau. Dès lors que les espaces de circulation du second sous-sol n'ont pas été intégrés dans le champ de la taxe, il n'y a pas lieu de modifier l'appréciation portée par l'administration sur ce point.

En ce qui concerne l'auditorium et la rotonde :

11. La chambre de commerce et d'industrie de Paris Île-de-France se prévaut des termes de la documentation administrative référencée BOI-IF-AUT-50-10-2019022 n°420, 430 et 450 qui énonce que : " B. Biens possédés par les fondations et associations reconnues d'utilité publique et utilisés pour l'exercice de leur activité. Il s'agit des locaux bénéficiant d'un aménagement spécial pour l'exercice d'activités à caractère sanitaire, social, éducatif ou culturel, sans qu'il soit nécessaire que ces locaux soient exclusivement adaptés, par leur conception même, à l'exercice de ces activités. / () Sont notamment exonérés, en application du 2° du V de l'article 231 ter du CGI, les salles de cours, d'étude, amphithéâtres dans les établissements d'enseignement ou de formation initiale ou continue (établissements publics et privés de l'enseignement primaire, secondaire et supérieur, centres de formations d'apprentis, groupements d'établissements, etc.) et les locaux spécialement aménagés pour des actions de formation professionnelle (laboratoires de langues, formation informatique, etc.). Les salles de professeurs ou de moniteurs sont, en revanche, imposables. Toutefois, la chambre de commerce et d'industrie de Paris Île-de-France ne produit aucun document permettant d'établir que l'auditorium et la rotonde ont été spécialement aménagés pour l'exercice d'activités à caractère social, éducatif et culturel.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la chambre de commerce et d'industrie de Paris Île-de-France n'est pas fondée à demander la réduction de la surface retenue par l'administration pour l'établissement de la taxe.

Sur la contestation de l'application du tarif normal pour une surface de 175 m² occupée par trois associations :

13. Aux termes du a du 1 du VI de l'article 231 ter du code général des impôts : " Dans chaque circonscription, pour le calcul de la taxe relative aux locaux à usage de bureaux, un tarif réduit est appliqué pour les locaux possédés par l'Etat, les collectivités territoriales, les organismes ou les établissements publics sans caractère industriel ou commercial, les organismes professionnels ainsi que les associations ou organismes privés sans but lucratif à caractère sanitaire, social, éducatif, sportif ou culturel et dans lesquels ils exercent leur activité. ".

14. Si la chambre de commerce et d'industrie de Paris Île-de-France soutient que c'est à tort que l'administration a refusé d'appliquer le tarif réduit prévu au 3° du VI du code général des impôts pour les établissements publics sans caractère industriel et commercial à une surface de 175 m² correspondant à des locaux occupés par trois associations, il résulte des dispositions citées ci-dessus que le bénéfice du taux réduit est subordonné à la double condition que ces locaux appartiennent à l'une des personnes qu'elle désigne et qu'ils soient utilisés pour les besoins de l'activité de cette même personne. Il est constant que la chambre de commerce et d'industrie de Paris Île-de-France est propriétaire du local situé 2 rue de Viarmes à Paris (75001), alors que ces locaux sont utilisés par trois associations en vertu de conventions d'occupation précaire. Dans ces conditions, la chambre de commerce et d'industrie de Paris Île-de-France ne peut prétendre à l'application du tarif réduit pour le local en cause de 175 m² pour le calcul de la taxe sur les bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la chambre de commerce et d'industrie de Paris Île-de-France n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires de taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'administration, qui n'est pas partie perdante, la somme demandée par la chambre de commerce et d'industrie de Paris Île-de-France au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la chambre de commerce et d'industrie de Paris Île-de-France est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la chambre de commerce et d'industrie de Paris Île-de-France et au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bachoffer, président,

M. Pertuy, premier conseiller,

M. Amadori, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

Le rapporteur,

signé

I. PERTUY

Le président,

signé

B. BACHOFFER La greffière,

signé

L. REGNIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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