mardi 20 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2102188 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1re Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | THOMAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 février 2021, la société Mangia E Bevi, représentée par Me Thomas, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
-l'administration n'était pas fondée à rejeter sa comptabilité ;
-la méthode de reconstitution des recettes appliquées par l'administration est viciée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Dousset,
-et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Mangia E Bevi exerce une activité de restauration traditionnelle sous l'enseigne " l'Alchimiste " au 181 rue de Charenton, Paris 12ème. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016. Par une proposition de rectification du 18 décembre 2018, le service lui a notifié des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée. La société Mangia E Bevi demande la décharge, en droits, intérêts et pénalités, des impositions mises en recouvrement le 16 mars 2020.
Sur le rejet de la comptabilité :
2. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable à la présente procédure : " () La charge de la preuve des graves irrégularités [de la comptabilité] invoquées par l'administration incombe () à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge () ". Il appartient à l'administration fiscale de justifier le rejet de la comptabilité du contribuable vérifié, même si elle est régulière en la forme, en se fondant sur des motifs pertinents tirés du manque de valeur probante de cette comptabilité, accompagnés de tous éléments de fait permettant de présumer que les résultats déclarés ont été minorés.
3. En outre, aux termes de l'article 54 du code général des impôts, rendu applicable à l'impôt sur les sociétés par l'article 209 du même code : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration () ".
4. Il résulte de l'instruction que lors des opérations de contrôle, le service a constaté que les inventaires des stocks de la société Mangia E Bevi n'étaient pas suffisamment détaillés voire nullement détaillés s'agissant des stocks alimentaires, que des produits apparaissaient dans l'inventaire des stocks en fin d'exercice mais pas dans celui d'entrée d'exercice sans que des achats correspondants aient été constatés, que des achats n'avaient pas été comptabilisés pour des montants de 2 404 euros en 2015 et 2 297 euros en 2016, que certains achats n'étaient pas accompagnés de factures en bonne et due forme, que la société n'avait pas présenté de pièces justificatives des recettes journalières pour toute la période vérifiée, qu'elle ne disposait d'aucune carte des menus, des vins ou des boissons et que les coefficients de marge résultant du rapport entre les recettes et les achats étaient faibles au regard des coefficients d'entreprises similaires. Dans ces conditions, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve que la comptabilité vérifiée était dépourvue de valeur probante. Par suite, elle a pu, à bon droit, l'écarter à ce titre et procéder à la reconstitution du chiffre d'affaires de la société Mangia E Bevi au titre des exercices clos les 31 décembre 2015 et 2016.
Sur la reconstitution de recettes :
5. Pour reconstituer le chiffre d'affaires de la société Mangia E Bevi, le service a utilisé la méthode dite des vins. Il s'est appuyé sur un dépouillement exhaustif des factures d'achat de vins, a déterminé les achats utilisables après variation des stocks, a valorisé les achats en unités de vente, a pris en compte les offerts, la consommation du dirigeant et du personnel, la perte et la casse et les affectations en cuisine, a appliqué les tarifs aux achats revendus pour obtenir le chiffre d'affaires correspondant aux vins et a déterminé le pourcentage que représente la vente de vins sur la totalité des recettes à partir du dépouillement des notes clients pour la période du 1er août au 14 septembre 2018. Le service a ainsi estimé que la part des recettes correspondant aux vins représentait 18,47 % des recettes totales. La société Mangia E Bevi soutient que ce taux n'est pas pertinent dès lors qu'il a été calculé sur la base de données de l'année 2018 et qu'en outre la période retenue, soit du 1er août au 14 septembre 2018, n'est pas représentative de son activité car elle ne concerne que 45 jours sur une année et qu'il ne s'agit pas de la période pendant laquelle le vin rouge est le plus consommé. Toutefois, elle ne produit aucun élément de nature à établir que cette période ne serait effectivement pas représentative de son activité et ne présente pas d'autres données pertinentes. En outre, si la société soutient que c'est à tort que l'administration a appliqué un taux unique pour les deux années alors qu'elle a constaté une différence de consommation de vins entre les deux années vérifiées, il résulte de l'instruction que le taux de 18,47 % constitue une moyenne des coefficients calculés au titre des deux exercices.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la méthode de reconstitution des recettes utilisée par le vérificateur, qui s'appuie sur les données propres à l'entreprise et qui pouvait utiliser des éléments de la comptabilité quand bien-même cette dernière a été rejetée, n'apparaît ni excessivement sommaire, ni radicalement viciée, et la société Mangia E Bevi, qui ne propose pas de méthode d'évaluation alternative plus précise, faute de justificatifs du montant de ses recettes, n'est pas fondée à demander la décharge des impositions en litige.
Sur les frais liés au litige :
7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation " et aux termes de l'article R. 761-1 du même code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".
8. Les dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la société Mangia E Bevi au titre de frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En outre, aucun dépens n'ayant été exposé au cours de l'instance, les conclusions présentées par la société Mangia E Bevi à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E
Article 1er : La requête de la société Mangia E Bevi est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Mangia E Bevi et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bachoffer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Khansari, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.
La rapporteure,
A. DOUSSET
Le président,
B.R. BACHOFFER
La greffière,
L. REGNIER
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026