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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2102411

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2102411

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2102411
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantSCP FOUSSARD - FROGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 8 février 2021, le 25 mai 2022, le 25 juin 2022 et le 19 juillet 2022, Mme B A, représentée par Me Lerat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 7 décembre 2020 par laquelle la maire de Paris a rejeté sa demande de protection fonctionnelle ;

2°) de condamner la ville de Paris à lui verser une indemnité de 93 954,20 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis, assortie des intérêts au taux légal ;

3°) d'enjoindre à la ville de Paris de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle et de mettre en œuvre les mesures de protection fonctionnelle dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de la maire de Paris une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision rejetant sa demande du bénéfice de la protection fonctionnelle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 ;

- l'illégalité fautive des décisions du 28 mars 2018 prononçant sa mutation d'office et du 20 mars 2019 rejetant sa candidature au poste de responsable de la crèche collective Santos-Dumont engage la responsabilité pour faute de la ville de Paris ;

- elle a été victime de faits de harcèlement moral dès le mois d'octobre 2016 ;

- la ville de Paris a méconnu les dispositions de l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 et des articles 2-1, 3 et 11-2 du décret du 10 juin 1985 ;

- la responsabilité pour faute de la ville de Paris est engagée en raison du retard dans l'exécution de la décision de justice et de l'instruction de sa demande de reconnaissance d'accident de service ;

- la décision lui refusant une formation est illégale ;

- l'absence de reconstitution de sa carrière en raison de ses arrêts de travail imputables au service engage la responsabilité pour faute de la ville de Paris ;

- la responsabilité sans faute de la ville de Paris est engagée dès lors que la dépression dont elle souffre est imputable au service ;

- elle est fondée à solliciter une indemnité de 234,20 euros au titre des frais postaux et de photocopie ;

- ses frais d'avocat sont évalués à 10 000 euros ;

- sa perte de chance d'obtenir un avancement de grade est évalué à 5 000 euros ;

- son préjudice financier en raison de jours de congé non crédités est estimé à 4 000 euros ;

- elle est fondée à solliciter une indemnité de 720 euros au titre des frais de médiation ;

- son préjudice lié à l'atteinte à sa réputation est estimé à 15 000 euros ;

- elle a subi un préjudice d'agrément qui peut être évalué à la somme de 5 000 euros ;

- son incapacité temporaire avant consolidation est évalué à la somme de 5 000 euros ;

- son préjudice moral et ses troubles dans les conditions d'existence sont évalués à 49 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 mars 2022, 27 juin 2022,19 juillet 2022, la maire de Paris conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 20 juillet 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 5 août 2022.

Des mémoires ont été enregistrés pour Mme A le 5 août 2022 et le 11 décembre 2022 et n'ont pas été communiqués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 85-603 du 10 juin 1985 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marchand,

- les conclusions de Mme Mauclair, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lerat, représentant Mme A, et de Me Moscardini, représentant la ville de Paris.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, puéricultrice de classe normale des administrations parisiennes, responsable de la crèche collective Santos-Dumont, a adressé à la ville de Paris, par courrier du 5 octobre 2020, une demande tendant à l'octroi du bénéfice de la protection fonctionnelle et à l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de faits de harcèlement moral et d'autres faits engageant la responsabilité de la ville de Paris. Par une décision du 7 décembre 2020, la ville de Paris a rejeté la demande de protection fonctionnelle. Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision et de condamner la ville de Paris à lui verser une indemnité de 93 954,20 euros en réparation de ses préjudices.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 dans sa rédaction applicable aux faits en litige : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / (). ". Aux termes de l'article 11 de la même loi : " I.- A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire (). / IV. La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté (). ".

3. D'une part, les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

4. D'autre part, il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

5. Mme A soutient qu'elle a fait l'objet d'agissements caractérisant un harcèlement moral lui ouvrant droit au bénéfice de la protection fonctionnelle. Si Mme A fait valoir qu'elle a fait l'objet de comportements hostiles et vexatoires de la part d'agentes placées sous sa responsabilité à son arrivée à la crèche Santos-Dumont à compter de septembre 2016, les témoignages qu'elle produit sont insuffisants pour révéler l'existence de tels faits ou des menaces qu'elle allègue avoir subies. En outre, les pièces produites ne permettent pas d'établir l'existence de critiques injustifiées et d'appréciations contradictoires de son travail de la part de ses supérieures hiérarchiques ni de pressions exercées sur ses agentes pour produire des témoignages à son encontre. Par ailleurs, s'il est regrettable que Mme A n'ait été informée d'une enquête administrative au sein de son établissement que la veille de sa tenue, il ne ressort pas des pièces du dossier que les auditions et les procédés d'enquête auraient été menés dans des conditions anormales ou portant préjudice à la requérante.

6. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme A a fait l'objet d'une mutation d'office dans l'intérêt du service par une décision du 28 mars 2018. Cette décision ainsi que la décision du 20 mars 2019 par laquelle la ville de Paris n'a pas retenu sa candidature au poste de responsable de la crèche Santos-Dumont ont été annulées par un jugement n° 1809081 - 1919298 du 27 février 2020 du tribunal administratif de Paris devenu définitif au motif que la mutation revêtait un caractère disciplinaire et que les manquements allégués de Mme A n'étaient pas établis.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, notamment d'un message du directeur des familles et de la petite enfance de juillet 2017, portant sur l'avenir professionnel de Mme A, rédigé en ces termes : " Les initiatives de Mme A sont désordonnées et ne sont pas celles d'un cadre de la fonction publique (). Il nous faut l'attaquer pour qu'elle s'arrête !!! Et qu'elle ne soit pas surprise de notre action disciplinaire ", et d'un message du sous-directeur aux ressources de cette direction, évoquant " la multiplicité des initiatives et des interventions de cette responsable dont certaines pourraient même se traduire par une action disciplinaire ", ce dernier ajoutant, dans un autre courriel du même jour : " Et à la rentrée [de Mme A de son congé maternité] on la défonce ", qu'une animosité particulière existait envers la requérante.

8. Par ailleurs, à la suite de la réintégration de Mme A dans ses fonctions la psychologue affectée à la crèche Santos-Dumont, dans un témoignage précis et circonstancié recueilli dans le cadre d'une seconde enquête administrative concernant la crèche Santos-Dumont, relève que " Mme A a des projecteurs sur elle que je ne constate nulle part ailleurs ". Elle ajoute que Mme A est victime d'agressivité de la part de la coordonnatrice de la petite enfance et de la médecin de la crèche.

9. Il ressort enfin des pièces du dossier que la ville de Paris a, à deux reprises, sollicité la réalisation d'enquêtes administratives concernant la crèche Santos-Dumont durant les périodes pour lesquelles la requérante exerçait ses responsabilités alors qu'il est constant que plusieurs dysfonctionnements ont été constatés dans cette crèche avant l'arrivée de la requérante et après ses départs en congé de maladie et de maternité.

10. L'ensemble de ces éléments, alors que Mme A occupait pour la première fois les fonctions de responsable de crèche à compter de septembre 2016, est de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral dont Mme A aurait été victime.

11. La ville de Paris fait valoir que cette situation est imputable au comportement de Mme A, et notamment à ses démarches incessantes au regard de sa demande de logement de fonction et à ses manquements professionnels. Toutefois, par les seules conclusions de l'enquête administrative menée en 2017, la ville de Paris n'établit pas la réalité du comportement méprisant et cassant reproché à la requérante. S'il ressort des pièces du dossier que Mme A a méconnu certaines procédures notamment dans les déclarations des cas de COVID-19 ou dans l'établissement de rapports disciplinaires, ni ces manquements ni le comportement insistant de la requérante ne permet de justifier les agissements de la ville de Paris et le fait que la direction de Mme A ait fait l'objet de deux enquêtes administratives. Ainsi en l'absence de davantage d'éléments, l'argumentation de la ville de Paris, qui reconnait au demeurant le comportement regrettable du directeur des familles et de la petite enfance et du directeur des ressources de cette direction, n'est pas de nature à démontrer que les agissements en cause qui ont eu pour effet une dégradation des conditions de travail de la requérante susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité et ont altéré sa santé physique et mentale résulteraient de considérations étrangères à tout harcèlement. Dans ces conditions, les agissements répétés à son encontre sont constitutifs de harcèlement moral ouvrant droit à l'intéressée au bénéfice de la protection fonctionnelle.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision de la maire de Paris du 7 décembre 2020 doit être annulée.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité pour faute de la ville de Paris :

S'agissant de l'illégalité fautive des décisions du 28 mars 2018 et du 20 mars 2019 :

13. Il est constant que, par un jugement n° 1809081 - 1919298 du 27 février 2020, le tribunal administratif de Paris a annulé la décision du 28 mars 2018 par laquelle la maire de Paris a prononcé à l'encontre de Mme A une mutation d'office intervenue notamment à raison de faits qui lui étaient reprochés dans l'exercice de ses fonctions et la décision du 20 mars 2019 par laquelle la ville de Paris n'a pas retenu sa candidature au poste de responsable de la crèche Santos-Dumont. Ces illégalités fautives engagent la responsabilité pour faute de la ville de Paris.

S'agissant du harcèlement moral :

14. Ainsi qu'il a été dit aux points 6 à 11, les mesures prises à l'encontre de Mme A permettent d'établir l'existence d'un harcèlement moral constituant une faute de nature à engager la responsabilité de la ville de Paris.

S'agissant du manquement à l'obligation de sécurité :

15. Aux termes de l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail. ". Aux termes de l'article 2-1 du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive de la fonction publique territoriale, dans sa rédaction issue du décret n° 2000-542 du 16 juin 2000 : " Les autorités territoriales sont chargées de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité. ". Il résulte de ces dispositions que les autorités administratives ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents. Il leur appartient à ce titre, sauf à commettre une faute de service, d'assurer la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet.

16. Il résulte de l'instruction, notamment des certificats médicaux du 8 juin 2017 et du 22 mai 2017 que Mme A, alors enceinte, a connu un stress important en raison de l'enquête administrative menée alors qu'elle exerçait ses fonctions de directrice de la crèche Santos-Dumont et de l'incertitude concernant sa situation professionnelle. Il résulte également de ce qui a été dit précédemment que Mme A a été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral et que les difficultés liées à son travail ont entraîné une dépression reconnue imputable au service ainsi qu'une rechute de son état dépressif, condition pour laquelle elle été placée en congé de maladie à compter du 30 décembre 2020 jusqu'au 6 février 2021. Il résulte en outre des nombreux témoignages que ses conditions d'emploi ont eu un fort retentissement sur l'état de santé de la requérante. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que la ville de Paris a méconnu son obligation de sécurité de ses agents. Par suite, la responsabilité pour faute de la ville de Paris est engagée.

S'agissant du retard dans l'exécution de la décision du tribunal administratif de Paris :

17. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme A a été réaffectée en qualité de responsable de la crèche collective Santos-Dumont à compter du 29 mars 2018 par un arrêté de la ville de Paris du 6 mai 2020, conformément à l'injonction prononcée par le jugement du 27 février 2020. Ce jugement a ainsi été exécuté dans les deux mois de sa notification. Par suite, Mme A n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de la ville de Paris sur ce point.

18. En second lieu, Mme A ne peut utilement soutenir que la ville de Paris aurait tardivement exécuté la décision du tribunal administratif de Paris concernant l'instruction de sa demande d'accident de service dès lors que le jugement ne portait pas sur une telle demande.

S'agissant de l'illégalité des refus de formation :

19. L'unique message envoyé par la requérante concernant sa demande de formation ne saurait établir un refus fautif de sa demande par la ville de Paris. Mme A n'est pas fondée à rechercher la responsabilité pour faute de la ville de Paris sur ce point.

S'agissant de l'absence de reconstitution de sa carrière :

20. Mme A soutient qu'elle a été placée à tort à demi-traitement sur la période de janvier 2019 à septembre 2019. Il résulte toutefois de l'instruction, et n'est pas utilement contesté, que ces sommes ont été par la suite remboursées à la requérante.

En ce qui concerne la responsabilité sans faute :

21. Les dispositions des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite et, pour les fonctionnaires affiliés à la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales, le II de l'article 119 de la loi du 26 janvier 1984 et les articles 30 et 31 du décret du 9 septembre 1965, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle un fonctionnaire victime d'un accident de service ou atteint d'une maladie professionnelle peut prétendre, au titre de l'atteinte qu'il a subie dans son intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font cependant pas obstacle à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des souffrances physiques ou morales et des préjudices esthétiques ou d'agrément, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, distincts de l'atteinte à l'intégrité physique. Elles ne font pas non plus obstacle à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.

22. Il résulte de l'instruction que la dépression dont souffre Mme A, constatée le 10 mars 2017, et dont elle a connu une rechute a été reconnue imputable au service le 22 décembre 2021. Par suite, Mme A est fondée à demander la condamnation de la ville de Paris sur le fondement de la responsabilité sans faute.

Sur les préjudices :

23. En premier lieu, si Mme A demande le remboursement des frais postaux et des frais de photocopie, ces frais relèvent des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et doivent ainsi être intégralement pris en compte dans la somme allouée au titre de ces dispositions.

24. En deuxième lieu, d'une part les frais d'avocat engagés par Mme A dans le cadre de cette instance relèvent également des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Si Mme A soutient que ces frais sont relatifs à la protection fonctionnelle à laquelle elle a droit, il appartiendra à la ville de Paris de déterminer la part d'honoraires qu'elle prendra en charge. Par ailleurs, les frais d'avocats en lien avec les instances antérieures ou devant le juge pénal ne constituent pas un préjudice indemnisable en lien avec la faute commise par la ville de Paris dans la présente instance. Enfin, Mme A n'établit pas avoir engagé de frais de médiation dans le cadre de cette instance.

25. En troisième lieu, en se bornant à soutenir qu'elle a subi une perte de chance d'obtenir un avancement de grade notamment au motif qu'elle connaît une baisse de sa rémunération et que cette rémunération est inférieure à celle de l'ancienne responsable de la crèche collective Santos-Dumont, Mme A n'établit pas que ces circonstances, à les supposer établies, auraient eu une incidence sur son avancement. Par suite, ce poste de préjudice ne saurait être indemnisé.

26. En quatrième lieu, en se bornant à soutenir que vingt-cinq jours de réduction du temps de travail au titre des années 2018 et 2019 et trente-trois jours de congés annuels au titre de 2019 ne lui ont pas été crédités, Mme A n'établit pas la réalité de ce préjudice ni, à le supposer établi, le lien direct et certain de ce préjudice avec les circonstances justifiant l'engagement de la responsabilité de la ville de Paris.

27. En cinquième lieu, il résulte des énonciations du point 22 que la responsabilité de l'administration peut être engagée à l'égard du fonctionnaire, même en l'absence de faute, dans l'hypothèse où celui-ci démontrerait avoir subi, du fait d'un accident ou d'une pathologie d'origine professionnelle, des préjudices personnels ou des préjudices patrimoniaux d'une autre nature que ceux qui sont réparés forfaitairement. Il résulte de l'instruction, notamment des certificats médicaux produits et des attestations, qu'en conséquence de sa pathologie, Mme A a souffert d'un état anxio-dépressif, de troubles du sommeil et d'une asthénie réactionnelle directement en lien avec la pathologie imputable au service, dont il sera fait une juste appréciation en lui allouant une indemnité de 3 000 euros.

28. En sixième lieu, si Mme A se prévaut d'un préjudice d'agrément au motif qu'elle aurait mis un terme à toute activité de loisir, elle ne l'établit pas par les pièces produites.

29. En septième lieu, Mme A soutient avoir subi une incapacité temporaire avant consolidation de sa maladie imputable au service. Toutefois, elle n'établit pas que son préjudice n'a pas été indemnisé dans le cadre de la reconnaissance de sa maladie imputable au service.

30. En huitième lieu, eu égard à l'illégalité fautive des décisions de mutation d'office et de refus de candidature, aux faits de harcèlement moral, à l'absence de mesures prises pour le faire cesser et à l'atteinte à sa réputation professionnelle, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral de Mme A en le fixant à 12 000 euros.

31. En dernier lieu, les agissements en cause ont nécessité que Mme A consacre du temps à la défense de ses droits au détriment de sa vie familiale. Il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence subis par Mme A durant plusieurs années en lui allouant une somme de 2 000 euros à ce titre.

32. Il résulte de tout ce qui précède que la ville de Paris est condamnée à verser à Mme A une somme de 17 000 euros.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

33. Eu égard au motif d'annulation de la décision attaquée retenu et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que des éléments de fait ou de droit nouveaux justifieraient que l'autorité administrative oppose une nouvelle décision de refus à Mme A, le présent jugement implique nécessairement que la ville de Paris fasse droit à sa demande tendant au bénéfice de la protection fonctionnelle. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la ville de Paris de lui accorder cette protection dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les intérêts :

34. Mme A a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 17 000 euros à compter du 8 octobre 2020, date de réception de sa demande par la ville de Paris.

Sur les frais liés au litige :

35. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la ville de Paris demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la maire de Paris du 7 décembre 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la maire de Paris d'accorder à Mme A le bénéficie de la protection fonctionnelle dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La ville de Paris est condamnée à verser à Mme A la somme de 17 000 euros au titre des préjudices subis avec intérêts au taux légal à compter du 8 octobre 2020.

Article 4 : La ville de Paris versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions de la ville de Paris présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7: Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la maire de Paris.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

Mme Belkacem, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.

La rapporteure,

A. MARCHAND

Le président,

C. FOUASSIER

La greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au préfet d'Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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