mardi 29 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2102698 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 6e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | SCP UHRY D'ORIA GRENIER - Membre de l'AARPI SMITH D'ORIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 10 février 2021 et 8 juin 2022, M. A B, représenté par Me d'Oria, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande indemnitaire réceptionnée le 13 octobre 2020 ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 25 676 euros en réparation des préjudices subis ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté sa demande indemnitaire est entachée d'un défaut de motivation ;
- il est victime de harcèlement moral structurel dans la mesure où il a subi une dégradation de ses conditions de travail et une altération de sa santé ;
- il subit un préjudice de carrière qui doit être évalué à 10 000 euros ;
- les dépenses d'avocat nécessaires à sa défense doivent être évaluées à la somme de 7 676 euros ;
- son préjudice moral doit être évalué à la somme de 8 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la décision de rejet de la demande indemnitaire de l'intéressé n'avait pas à être motivée ;
- il ne peut pas être reproché à l'administration d'avoir manqué à son obligation de protection ;
- la situation de harcèlement n'est pas établie.
Par ordonnance du 18 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 8 juin 2022.
Un mémoire enregistré le 10 novembre 2022, soit postérieurement à la clôture d'instruction, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983,
- le décret n° 2005-1622 du 22 décembre 2005,
- le code général de la fonction publique,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Guérin-Lebacq, rapporteur public,
- et les observations de Me Grenier, représentant M. B.
Deux notes en délibéré présentées par Me Grenier pour M. B ont été enregistrées les 16 et 28 novembre 2022 et n'ont pas été communiquées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, est entré dans la police nationale le 1er octobre 1987. Par un arrêté du 12 juin 2018, il a été promu à l'échelon exceptionnel du grade de major à compter du 1er juillet 2018. Il est affecté à la direction de l'ordre public et de la circulation (DOPC) où il exerce les fonctions d'adjoint au chef du bureau d'ordre et de l'emploi depuis le 19 mai 2020. Par un courrier en date du 9 octobre 2020, reçu le 13 octobre 2020, M. B a adressé au préfet de police une demande indemnitaire afin d'obtenir réparation du harcèlement moral qu'il estime avoir subi. Sa demande a été implicitement rejetée. Par la présente requête, le requérant demande au tribunal de condamner le préfet de police à lui verser la somme de 25 676 euros en réparation des préjudices qu'il a subis.
Sur la responsabilité de l'Etat :
En ce qui concerne les vices-propres de la décision implicite de rejet de la demande préalable :
2. La décision par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté la demande indemnitaire de M. B a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande du requérant qui a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Ainsi, au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté sa demande indemnitaire est inopérant.
En ce qui concerne le harcèlement moral et la discrimination :
3. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. () ". Aux termes de l'article 6 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur : " La liberté d'opinion est garantie aux fonctionnaires. / Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race. ".
4. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral ou de discrimination de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement ou toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
5. M. B fait valoir qu'alors que ses qualités professionnelles ont toujours été reconnues au sein de son institution et qu'il venait d'être promu à l'échelon exceptionnel du grade de major par un arrêté du 12 juin 2018, il a été victime à compter du mois de juillet 2018 d'un harcèlement structurel de la part de sa hiérarchie qui a entrainé une dégradation dans ses conditions de travail et une altération de sa santé. Il soutient en outre qu'il a fait l'objet d'une discrimination en raison de son âge qui a fait obstacle à la promotion à laquelle il pouvait légitimement s'attendre.
6. En premier lieu, le requérant soutient que, initialement nommé sur le poste d'adjoint au chef de bureau d'ordre et de l'emploi à compter du 1er juillet 2018, il a occupé, au sein de ce même bureau, les fonctions de chef de la cellule de gestion opérationnelle afin de remplacer un agent parti à la retraite et que son adjoint, ayant été muté dès le 1er juillet 2018, a occupé jusqu'au 19 mai 2020, soit pendant près de deux ans, l'équivalent de deux postes sans aucun soutien de sa hiérarchie en dépit de ses nombreuses demandes pour obtenir un poste d'adjoint et de la dégradation de son état de santé. Le préfet de police ne conteste pas que l'intéressé s'est trouvé confronté à une surcharge de travail qui l'a conduit à une situation d'épuisement professionnel. Toutefois, il fait valoir que cette situation, imputable à des contraintes extérieures objectives, aggravée par la crise sanitaire, et à la nécessité d'assurer la continuité du service malgré des postes vacants est étrangère à une situation de harcèlement et n'a pas excédé l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Le préfet de police indique également, que l'intéressé a été affecté à compter du 19 mai 2020 au poste d'adjoint au chef du bureau d'ordre et de l'emploi qui devait initialement lui être attribué. Dans ces conditions, et alors même que la situation dans laquelle s'est retrouvé M. B révèlerait un dysfonctionnement, elle ne saurait être constitutive, à elle seule, d'un harcèlement moral.
7. En deuxième lieu, le requérant fait valoir qu'il a été privé de la possibilité d'accéder au logiciel de gestion des horaires de la police nationale (GEOPOL) pourtant indispensable à l'exercice de ses missions de responsable de la cellule de gestion opérationnelle et que privé de masques pendant l'épidémie alors que lui et son équipe étaient particulièrement exposés au virus, il a dû les acheter sur ses propres deniers. Toutefois, d'une part, le préfet fait valoir, sans être utilement contesté par l'intéressé, que l'utilisation de cette application pouvait être déléguée au sein de son service et qu'il en a obtenu l'accès le 10 février 2020 suite à sa demande effectuée le 15 novembre 2019, soit près de 18 mois après sa prise de fonction. D'autre, part, pour regrettable qu'elle soit, l'absence de mise à disposition de masque au sein de son service au début de la pandémie de coronavirus relevait d'une situation générale et ne saurait caractériser une situation de harcèlement à l'encontre du requérant.
8. En troisième lieu, si M. B fait valoir qu'à compter du 20 février 2020, il a été désarmé sans motif légitime, le préfet de police a pu, ainsi qu'il le fait valoir, prendre en compte l'état d'épuisement professionnel dans lequel il se trouvait pour estimer qu'il avait lieu dans un souci de protection pour lui-même et pour les autres de lui retirer son arme jusqu'à ce qu'une amélioration de son état de santé soit constatée.
9. En quatrième lieu, M. B indique avoir été nommé deux ans plus tard sur le poste d'adjoint au chef du bureau d'ordre et de l'emploi auquel il était initialement destiné et avoir été remplacé, à la tête de la cellule de gestion opérationnelle par deux brigadier-chef assistés chacun de deux adjoints brigadiers opérationnels. Il indique également que si un adjoint lui a été affecté dans le cadre de ses nouvelles fonctions, celui-ci ne lui apporte pas le soutien escompté. Toutefois, le requérant indique lui-même avoir accepté les fonctions de responsable de la cellule de gestion opérationnelle afin de pourvoir au remplacement d'un major parti à la retraite. En outre, à la supposer établie, la circonstance que le poste qu'il occupait précédemment ait été renforcé par la hiérarchie afin de prendre la mesure des besoins de ce service ne permet pas de déduire une situation de harcèlement à son encontre. Enfin, et alors qu'un adjoint lui a été attribué quelques mois après son arrivée dans ses nouvelles fonctions, la circonstance que celui-ci ne corresponde pas à ses attentes ou ait obtenu une modification de ses congés pour des raisons familiales ne saurait être constitutif d'un harcèlement à son encontre.
10. En cinquième lieu, si ainsi qu'il a été dit au point 6, la surcharge de travail à laquelle a été confrontée M. B a pu entraîner une détérioration de son état de santé et un épuisement professionnel, il ne s'en déduit pas pour autant une situation de harcèlement moral compte tenu des contraintes extérieures et au manque d'effectif auxquels était confrontée la hiérarchie de l'intéressé qui au demeurant, n'a sollicité ni la reconnaissance de l'imputabilité au service ni le soutien des différents dispositifs mis en place au sein de l'institution pour prévenir la situation de harcèlement moral à laquelle il allègue avoir été exposé.
11. En dernier lieu, le requérant soutient qu'alors que ses notations étaient excellentes et qu'il était soutenu par sa hiérarchie, il avait vocation à être nommé sur un emploi fonctionnel de responsable d'unité locale de police (RULP) prévu par les dispositions de l'article 2 du décret 2005-1622 du 22 décembre 2005 mais que les nombreuses demandes qu'il a formulées en ce sens ont toutes été rejetées en raison de son âge. Il fait également valoir que l'abaissement de sa notation et l'avis défavorable qui lui a été opposé pour la première fois en octobre 2020 au titre de la campagne de promotion 2021, en lien avec le harcèlement moral dont il a fait l'objet ces dernières années, a encore renforcé cette discrimination. Toutefois, le préfet de police fait valoir que si l'intéressé se prévaut de ce qu'une autre fonctionnaire ayant moins d'expérience que lui a été nommée en 2021, celle-ci s'est vue remettre en 2017 la médaille de la sécurité intérieure et avait obtenu des notes supérieures au requérant au cours des années 2018 et 2020. En outre, le requérant, n'apporte aucun élément de nature à faire présumer que des candidats moins expérimentés que lui auraient été retenus alors qu'ils avaient une valeur professionnelle équivalente ou inférieure à la sienne. Par ailleurs, si la fiche d'évaluation établie au titre de l'année 2021 est un peu moins favorable que les années précédentes, et que pour la première fois un avis défavorable a été émis par sa hiérarchie au motif que le requérant rencontrait déjà des difficultés sur son poste et qu'il n'était pas pertinent de le nommer sur un poste de responsabilité et de difficulté supérieure, ces appréciations qui sont à mettre en relation avec l'exercice de nouvelles fonctions, reposent sur des éléments objectifs. Dans ces conditions, alors que la nomination sur un emploi fonctionnel de RULP relève du mérité et de la manière de servir des candidats et que le critère de l'ancienneté ne doit être pris en compte que pour départager des candidats de niveau équivalents, M. B, ne démontre pas avoir fait l'objet d'une discrimination liée à son âge lorsqu'il a sollicité l'obtention d'un détachement sur un emploi fonctionnel de RULP.
12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la responsabilité de l'Etat doit être engagée pour les motifs qu'il invoque. Il appartient toutefois à l'intéressé, s'il s'y croit fondé, d'introduire une demande préalable sur un autre fondement auprès de son administration. Par voie de conséquence les conclusions à fin d'indemnisation ainsi que les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Laloye, président,
Mme Roussier, première conseillère,
M. Théoleyre, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.
La rapporteure,
S. C
Le président,
P. LaloyeLa greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2102698/6-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026