mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2102865 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | SCP UHRY D'ORIA GRENIER - Membre de l'AARPI SMITH D'ORIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 11 février 2021, le 23 novembre 2021, et le 12 janvier 2022, M. C A, représenté par Me Grenier et Me d'Oria, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'Ecole nationale supérieure d'arts et métiers (ENSAM) a rejeté sa demande indemnitaire préalable ;
2°) de condamner l'Ecole nationale supérieure d'arts et métiers à lui verser la somme de 25 317,98 euros en réparation des préjudices subis ;
3°) de mettre à la charge de l'ENSAM une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- ses conclusions indemnitaires au titre des frais de justice sont recevables ;
- la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire préalable est entachée d'un défaut de motivation ;
- en lui ayant concédé un logement d'une superficie de 45m², au lieu du logement d'une superficie de 150 m², l'ENSAM a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- une indemnité de 22 817,98 euros doit lui être versée en réparation du préjudice financier qu'il estime avoir subi ;
- une indemnité de 1 000 euros doit lui être versée en réparation des troubles dans les conditions d'existence qu'il estime avoir subis ;
- une indemnité de 500 euros doit lui être versée en réparation des " tracasseries administratives " qu'il estime avoir subis ;
- la faute précédemment et l'absence de motivation de la décision par laquelle il a été mis fin à son contrat au cours de la période d'essai lui ont causé un préjudice moral de
1 000 euros.
Par des mémoires enregistrés le 21 septembre 2021, le 22 décembre 2021 et le
27 janvier 2022, l'ENSAM, représentée par Me Labetoule, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) au rejet de la requête de M. A ;
2°) de mettre à la charge de M. A la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Elle soutient que :
- à défaut d'avoir été mentionnées dans la demande indemnitaire préalable, les conclusions indemnitaires au titre des frais de justice sont irrecevables ;
- le moyen tiré du défaut de motivation de la décision implicite de rejet de la demande indemnitaire préalable est inopérant ;
- l'ENSAM n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ;
- l'occupation prolongée du logement par le prédécesseur de M. A constitue une cause exonératoire de sa responsabilité ;
- les préjudices allégués présentent un caractère incertain ;
- en ayant refusé les astreintes pour lesquelles un logement de fonction lui a été concédé, le comportement de M. A est de nature à justifier un partage de responsabilité et de limiter celle de l'administration à 50 %.
Par ordonnance du 28 janvier 2022, la clôture d'instruction a été reportée au
18 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques
- le décret n°86-83 du 17 janvier 1986 ;
- l'arrêté du 22 janvier 2013 du ministre chargé du budget ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique,
- les observations de Me Grenier, représentant M. A
- et les observations de Me Bouchet, substituant Me Labetoule et représentant l'ENSAM.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été recruté, pour une durée de trois années, pour exercer les fonctions de " chargé d'opérations immobilières " au sein de l'ENSAM à compter du 13 avril 2020. Compte tenu de l'indisponibilité du logement d'une superficie de 150 m², qui lui avait été initialement accordé par nécessité de service, M. A s'est vu attribuer de manière provisoire une concession d'un logement d'une superficie de 45m² à compter du 11 mai 2020. Par une décision du 24 septembre 2020, le directeur général de l'ENSAM a mis fin à son contrat à compter du 13 octobre suivant, sans que M. A ait occupé le logement qui lui avait été initialement accordé. Par la présente requête, M. A demande l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis.
Sur la recevabilité des conclusions au titre des frais de justice
2. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur. Il en va ainsi quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. La victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation.
3. Les conclusions indemnitaires au titre de l'aide juridique de M. A, présentées pour la première fois dans sa requête du 11 février 2021, se rattachent au fait générateur et au préjudice financier mentionnés dans sa demande indemnitaire préalable en date du 20 novembre 2020 et notifiée le 23 novembre suivant. Partant, ces conclusions sont recevables et la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de la demande indemnitaire préalable
4. La décision implicite de rejet de l'ENSAM a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard des conclusions indemnitaires présentées par M. A. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, le requérant ne peut utilement invoquer le moyen tiré du défaut de motivation à l'encontre de la décision implicite de rejet de ses conclusions indemnitaires.
Sur la responsabilité
En ce qui concerne la concession de logement
5. D'une part, aux termes de l'article R. 2124-65 du code général de la propriété des personnes publiques : " Une concession de logement peut être accordée par nécessité absolue de service lorsque l'agent ne peut accomplir normalement son service, notamment pour des raisons de sûreté, de sécurité ou de responsabilité, sans être logé sur son lieu de travail ou à proximité immédiate. / Des arrêtés conjoints du ministre chargé du domaine et des ministres intéressés fixent la liste des fonctions qui peuvent ouvrir droit à l'attribution d'une concession de logement par nécessité absolue de service. " Aux termes de l'article R. 2124-72 du même code : " Un arrêté du ministre chargé du domaine précise les modalités selon lesquelles le nombre de pièces du logement auquel peut prétendre l'agent est déterminé en fonction de sa situation familiale. " Aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 22 janvier 2013 relatif aux concessions de logement accordées par nécessité absolue de service, pour 4 à 5 personnes occupantes, le logement doit comporter 5 pièces. En outre : " lorsque la consistance et la localisation des immeubles disponibles appartenant à l'Etat ne permettent pas de loger l'agent dans le respect des limites prévues ci-dessus, une concession de logement par nécessité absolue de service ou une convention d'occupation précaire avec astreinte peut être accordée, en retenant un nombre de pièces supérieur à celui auquel correspond la situation de l'agent, selon les modalités financières suivantes. " M. A étant en couple et père de deux enfants, il pouvait, en application des dispositions précitées, prétendre à un logement de cinq pièces afin de pouvoir être astreint au campus de l'ENSAM.
6. D'autre part, il résulte de l'instruction que l'administration a indiqué à M. A, le 3 février 2020, au cours d'échanges préalables à son engagement, qu'il pouvait bénéficier d'un logement de cinq pièces et d'une superficie de 150 m² pour pouvoir effectuer les astreintes prévues dans le cadre de ses fonctions. La concession de logement ayant été formalisée par la promesse d'embauche, signée par les deux parties, le 11 février 2020, celle-ci constitue une obligation contractuelle.
7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le logement initialement accordé à
M. A était indisponible à cause d'un agent, alors en cours de licenciement, qui a refusé de libérer les lieux jusqu'au mois de juin. Si l'administration établit avoir été dans l'impossibilité d'attribuer le logement initialement accordé à M. A et l'en avoir informé dès le
12 mars 2020, il résulte toutefois de l'instruction, en particulier de l'ordonnance du 6 juillet 2020 de la juge des référés du tribunal administratif de Paris, que l'ENSAM, qui a mis l'agent occupant en demeure de quitter les lieux dès le 17 avril 2019 et au plus tard le 31 mai 2020, avait connaissance, lorsqu'elle s'est engagée à concéder ce logement, le 11 février 2020, de son indisponibilité. La circonstance que l'ENSAM a, par une décision du 11 mai 2020, concédé à
M. A un logement de 45m², à titre provisoire, ne remet pas en cause l'obligation contractuelle initiale. Dans ces conditions, l'ENSAM a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne la décision du 24 septembre 2020
8. Aux termes de l'article 9 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat : " Le licenciement au cours d'une période d'essai doit être motivé. "
9. Le licenciement de M. A est intervenu au terme de la période d'essai, le
13 octobre 2020, de sorte que les dispositions précitées de l'article 9 du décret du
17 janvier 1986 en vertu desquelles le licenciement au cours d'une période d'essai doit être motivé ne sont pas applicables. Partant, l'administration n'a pas commis de faute à ce titre.
Sur les préjudices
En ce qui concerne le préjudice financier
10. En premier lieu, M. A n'ayant pu occuper le logement de 5 pièces initialement promis, il soutient avoir subi un préjudice financier tenant à la perte des revenus locatifs de son domicile principal, que son épouse et ses enfants ont dû continuer à occuper. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que M. A ait eu l'intention de louer son logement principal et ait dû y renoncer. Dès lors, ces conclusions indemnitaires ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.
11. En deuxième lieu, le préjudice financier invoqué par M. A tenant à la différence entre la valeur locative du logement initialement concédé et celui qui lui a été concédé à titre provisoire ne présente, dès lors que la concession de logement ne constitue pas un avantage financier, pas de caractère réel.
12. En troisième lieu, les frais de justice exposés devant le juge administratif en conséquence directe d'une faute de l'administration sont susceptibles d'être pris en compte dans le préjudice résultant de la faute imputable à celle-ci. Toutefois, lorsque l'intéressé avait qualité de partie à l'instance, la part de son préjudice correspondant à des frais non compris dans les dépens est réputée intégralement réparée par la décision que prend le juge dans l'instance en cause sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. M. A présentant des conclusions sur le fondement des dispositions de ce dernier article, il n'est pas fondé à demander l'indemnisation des frais de justice exposés au titre du préjudice financier.
En ce qui concerne le préjudice moral, les troubles dans les conditions d'existence et les " tracasseries administratives "
13. Il résulte de l'instruction que M. A a bénéficié d'une concession de logement ne lui permettant pas d'emménager avec son épouse et ses deux enfants sur le campus de l'ENSAM et que cette situation a constitué une difficulté dans sa prise de fonctions en présentiel à compter du 11 mai 2020. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature subis par M. A en lui allouant une somme de 1 000 euros.
Sur la faute exonératoire
14. L'ENSAM fait valoir que M. A a refusé d'effectuer les astreintes pour lesquelles il s'est vu concéder un logement et que cette faute est de nature à justifier un partage de responsabilité et de limiter celle de l'administration à 50 %. Il résulte toutefois de l'instruction que M. A était présent pour intervenir au titre des astreintes le 28 mai, le 28 août et le
29 août 2020 et que le refus d'effectuer les astreintes ne lui a pas été signifié lors de la réunion du 2 juillet 2020, au cours de laquelle a été décidé le renouvellement de sa période d'essai. La faute alléguée n'est ainsi pas établie.
Sur les frais d'instance
15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'ENSAM, partie perdante dans la présente instance, une somme de 1 500 euros à verser à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Ecole nationale supérieure d'arts et métiers versera la somme de
1 000 euros à M. C A.
Article 2 : L'Ecole nationale supérieure d'arts et de métiers versera la somme de
1 500 euros à M. C A sur le fondement des dispositions l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions de l'ENSAM sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'Ecole nationale supérieure d'arts et métiers.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Duchon-Doris, président,
M. Rebellato, premier conseiller,
M. Hélard, conseiller,
Rendu par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
Le rapporteur,
R. HELARD
Le président,
J-C. DUCHON-DORISLa greffière,
S. PORRINAS
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2102865/5-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026