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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2102976

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2102976

lundi 12 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2102976
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantELBAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 février 2021, M. C B, représenté par Me Elbaz, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre des années 2013 à 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure d'imposition est irrégulière en l'absence de la saisine de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires au sujet de la vérification de comptabilité ;

- elle est irrégulière en ce qu'elle a méconnu l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales dès lors que l'administration a refusé de communiquer les informations obtenues auprès de la société Colony Capital ;

- elle est irrégulière en ce que l'administration fiscale, dans sa réponse à ses observations du 19 octobre 2017, ne lui a pas fait connaître les conséquences financières des impositions au titre de l'année 2015 ;

- l'administration n'a pas tenu compte du montant réel de bénéfices non commerciaux rectifiés imposables au titre de l'année 2014 ;

- les pénalités de 40 % sont injustifiées, en l'absence de démonstration de la mauvaise foi.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 23 août 2021, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 23 août 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 24 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de M. Lahary, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B exerce la profession de coach sportif. À la suite d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices 2013, 2014 et 2015, l'administration a conclu au caractère non probant de la comptabilité, a procédé à une reconstitution des recettes et a notifié à M. B des rappels de taxe sur la valeur ajoutée. En outre, à la suite d'un examen de sa situation fiscale personnelle portant sur les mêmes exercices, l'administration a également notifié à M. B des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux en raison de bénéfices non commerciaux non déclarés. M. B demande au tribunal de le décharger de ces impositions.

Sur la régularité de la procédure :

S'agissant de la saisine de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 59 A du livre des procédures fiscales : " La commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires intervient lorsque le désaccord porte : / 1° Sur le montant du résultat industriel et commercial, non commercial, agricole ou du chiffre d'affaires, détermine´ selon un mode réel d'imposition ; / 2° Sur les conditions d'application des régimes d'exonération ou d'allègements fiscaux en faveur des entreprises nouvelles, a` l'exception de la qualification des dépenses de recherche mentionnées au II de l'article 244 quater B du code général des impôts ; / 3° Sur l'application du 1° du 1 de l'article 39 et du d de l'article 111 du même code relatifs aux rémunérations non déductibles pour la détermination du résultat des entreprises industrielles ou commerciales, ou du 5 de l'article 39 du même code relatif aux dépenses que ces mêmes entreprises doivent mentionner sur le relevé´ prévu a` l'article 54 quater du même code ; / 4° Sur la valeur vénale des immeubles, des fonds de commerce, des parts d'intérêts, des actions ou des parts de sociétés immobilières servant de base a` la taxe sur la valeur ajoutée, en application du 6° et du 1 du 7° de l'article 257 du même code ". Aux termes de l'article L. 76 du même livre : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions. Cette notification est interruptive de prescription. Lorsque le contribuable est taxé d'office en application de l'article L. 69, à l'issue d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle, la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires peut être saisie dans les conditions prévues à l'article L. 59. "

3. Pour contester l'absence de saisine de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, le requérant invoque la persistance de plusieurs points de désaccord portant sur le refus de l'administration de porter le montant forfaitaire de charges à 34%, l'absence d'imputation par le service des sommes dont il s'est déjà acquitté dans le cadre du régime d'auto-entreprenariat, le montant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée notifiées selon la procédure de taxation d'office prévue à l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, l'application d'une majoration de 25 % au montant des bénéfices non commerciaux en raison de l'absence d'adhésion à un centre de gestion agréé, l'application de pénalités pour manquement délibéré, le montant des recettes tel que déterminé par l'administration suite à la reconstitution du chiffre d'affaires, ainsi, enfin, que le refus de l'administration de lui accorder un abattement au titre des années 2014 et 2015 en raison d'une vente de matériel qu'il aurait effectué.

4. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment du compte rendu du recours hiérarchique ainsi que du rapport de l'interlocution départementale, que l'administration a accepté de porter le montant des frais forfaitaires pour charges du requérant à 34 % de ses recettes, et d'imputer sur le montant de son imposition les sommes qu'il a déjà versées dans le cadre du régime d'auto-entreprenariat. Par suite, il n'existe plus de désaccord sur ces points entre le requérant et l'administration au sens de l'article L. 59 A du livre des procédures fiscales.

5. Il résulte également des dispositions précitées au point 2 que la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires n'est pas compétente pour intervenir au sujet de désaccords concernant la procédure de taxation d'office prévue à l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, l'obligation pour un contribuable d'adhérer à un centre de gestion agréé, l'application de pénalités pour manquement délibéré ou les refus opposés aux demandes relatives aux abattements. Par suite, la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires n'avait pas à être saisie de ces différents points.

6. Enfin, il résulte des dispositions précitées au point 2 que la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ne peut être saisie qu'en cas de désaccord persistant entre le contribuable et l'administration. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'interlocuteur départemental, qu'aucun désaccord portant sur les bénéfices non commerciaux imposables ne subsistait. La commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires n'avait donc pas davantage à être saisie de ce point, au titre d'un désaccord relatif au montant des recettes tel que déterminé par l'administration suite à la reconstitution du chiffre d'affaires. Il résulte de tout ce qui précède qu'aucun des désaccords mentionnés par le requérant ne subsistant ou ne relevant de la compétence de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande. " Il résulte de ces dispositions que l'administration est tenue d'informer le contribuable de l'origine et de la teneur des renseignements obtenus de tiers et qu'elle a utilisés pour établir les impositions, afin de le mettre en mesure de demander la communication des documents en cause avant la mise en recouvrement des impositions.

8. M. B soutient que l'administration fiscale ne lui a pas communiqué, malgré ses demandes en ce sens, les éléments obtenus concernant des virements effectués par la société Colony Capital. Il résulte de l'instruction que, dans ses observations en date du 25 septembre 2017, le requérant a demandé des copies du droit de communication exercé par le service auprès de la société Colony Capital ainsi que de la réponse qui y a été apportée. Dans sa réponse aux observations du contribuable, en date du 19 octobre 2017, le service a indiqué, en page 2, joindre à ce courrier copie de la transmission du droit de communication exercé auprès de la société Colony Capital. M. B allègue, dans ses écritures, que l'annexe ainsi annoncée n'était pas jointe au courrier. Cependant, à supposer que, comme il le soutient, cette annexe ait en réalité fait défaut, M. B n'établit pas avoir accompli les diligences nécessaires pour en obtenir communication. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 48 du livre des procédures fiscales : " À l'issue d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle au regard de l'impôt sur le revenu ou d'une vérification de comptabilité, lorsque des rectifications sont envisagées, l'administration doit indiquer, avant que le contribuable présente ses observations ou accepte les rehaussements proposés, dans la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou dans la notification mentionnée à l'article L. 76, le montant des droits, taxes et pénalités résultant de ces rectifications. Lorsqu'à un stade ultérieur de la procédure de rectification contradictoire l'administration modifie les rehaussements, pour tenir compte des observations et avis recueillis au cours de cette procédure, cette modification est portée par écrit à la connaissance du contribuable avant la mise en recouvrement, qui peut alors intervenir sans délai (). "

10. M. B soutient que la réponse aux observations du contribuable adressée le 19 octobre 2017 dans le cadre de la vérification de comptabilité ne mentionne pas les conséquences financières du redressement maintenu pour l'année 2015, et que la réponse aux observations du contribuable adressée le 19 octobre 2017 dans le cadre de l'examen de sa situation fiscale personnelle n'indique pas les conséquences financières au titre de 2015.

11. S'il n'est pas contesté par l'administration que les réponses aux observations du contribuable en date du 19 octobre 2017 ne comportaient pas de mention des conséquences financières de l'imposition au titre de l'année 2015, il résulte de l'instruction que, les rectifications en matière de bénéfices non commerciaux et d'impôt sur le revenu au titre des années 2014 et 2015 ayant été maintenues, il n'appartenait pas au service de faire figurer, à nouveau, dans ces réponses, ces conséquences financières demeurées inchangées. Il est également constant que ces conséquences financières avaient déjà été communiquées au contribuable, notamment dans les propositions de rectification en date du 24 juillet 2017, dans le compte rendu du recours hiérarchique du 4 décembre 2017 et dans le rapport rédigé à la suite de la rencontre avec l'interlocuteur départemental du 19 avril 2018. Le moyen doit donc être écarté.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

12. M. B conteste la taxation des bénéfices non commerciaux pour un montant de 36 660 euros, tel que cela ressort de l'avis d'imposition qu'il a reçu au titre de l'année 2014, alors que la réponse aux observations du contribuable en date du 19 octobre 2017 ne mentionne qu'un montant de 33 328 euros.

13. Il résulte toutefois de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 24 juillet 2017 établie au titre de l'activité professionnelle de M. B et du compte rendu du recours hiérarchique du 4 décembre 2017, que la différence de montant invoquée s'explique par la circonstance que le service a accepté de porter le montant des charges forfaitaires de 25 % à 34 % des recettes dans le cadre du calcul des bénéfices non commerciaux rectifiés imposables. Ainsi, le montant de 33 328 euros auquel le requérant se réfère a été calculé en appliquant un taux de charges de 25 %. En appliquant un taux de charges de 34 %, plus favorable à M. B, le montant des bénéfices non commerciaux reconstitué est de 29 328 euros, auquel l'application du coefficient de 1,25 conduit à obtenir un montant de 36 660 euros, qui était d'ailleurs explicité en page 1 du compte rendu du recours hiérarchique. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

Sur les pénalités :

14. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré. "

15. La pénalité pour manquement délibéré prévue par ces dispositions a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt.

16. En l'espèce, pour appliquer la majoration de 40 % prévue par les dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts, le service a relevé que M. B, dans le cadre d'une activité exercée à titre individuel, ne pouvait ignorer qu'il s'abstenait de déclarer des montants de recettes significatifs, de façon régulière et récurrente, tout en faisant encaisser certaines de ses recettes par des tiers. Au regard de ces éléments, l'administration apporte la preuve qui lui incombe de l'intention de M. B d'éluder l'impôt, et du bien-fondé des majorations mises à sa charge sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de M. B doivent être rejetées, ainsi que les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la direction régionale des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Errera, premier conseiller,

M. Huin-Moralès, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2022.

Le rapporteur,

A. A

Le président,

J. SORINLa greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2102976/2-

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