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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2103100

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2103100

lundi 10 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2103100
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET CMS FRANCIS LEFEBVRE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires en réplique, enregistrés les 15 février et 3 septembre 2021 et 14 avril et 6 septembre 2022, la société par actions simplifiée Sulca, représentée par Me Bertacchi et Dufour, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge du rehaussement de taxe sur la valeur ajoutée dont elle a fait l'objet au titre des exercices clos en 2016 et 2017, pour un montant de 135 875 euros ;

2°) de prononcer la décharge des pénalités et majorations mises à sa charge pour un montant de 61 852 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la proposition de rectification ne lui a pas été régulièrement notifiée ;

- elle est en droit de demander la compensation entre la taxe sur la valeur ajoutée qui n'a pas été portée en déduction et le rappel de taxe sur la valeur ajoutée collectée en application des doctrines administratives référencées BOI-TVA-DED-10-30 § 10 et BOI-CF-PGR-30-50-20150902 § 60 ;

- la majoration de 40% qui lui a été appliquée sur le fondement des dispositions de l'article 1729 du code général des impôts est insuffisamment motivée et méconnaît les dispositions de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales ;

- le caractère délibéré de ses manquements n'étant pas démontré, elle ne pouvait se voir appliquer les pénalités et majorations sur le fondement des dispositions de l'article 1729 du code général des impôts.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 juillet 2021 et 13 janvier et 30 août 2022, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société par actions simplifiée Sulca ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Huin-Morales, conseiller,

- les conclusions de M. Lahary, rapporteur public,

- et les observations de Me Dufour, représentant la société par actions simplifiée Sulca.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) Sulca, sise au 1, place Saint Sulpice à Paris (6ème) exerce une activité de salon de coiffure sous l'enseigne " Alexandre de Paris Studio ". Après une vérification de comptabilité réalisée du 6 décembre 2018 au 23 mai 2019 pour la période du 2 janvier 2014 au 31 décembre 2017, l'administration fiscale a adressé, par un courrier du 14 juin 2019 à la société requérante, une proposition de rectification portant rehaussement de taxe sur la valeur ajoutée pour les exercices clos les 31 décembre 2016 et 2017, assortie des pénalités et majorations. Par une réclamation contentieuse du 4 octobre 2019, la SAS Sulca a contesté ces rehaussements en droits et pénalités. Par un courrier du 15 décembre 2020, l'administration a rejeté cette réclamation. Par la présente requête, la SAS Sulca demande au tribunal de prononcer la décharge du rehaussement de la taxe sur la valeur ajoutée au titre des exercices clos en 2016 et 2017, pour un montant de 135 875 euros et la décharge des pénalités et majorations pour un montant de 61 852 euros.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable à la présente procédure : " L'administration adresse au contribuable une notification de redressement qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation (). " Pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, le mandat donné à un conseil ou à tout autre mandataire par un contribuable, personne physique ou morale, pour recevoir l'ensemble des actes de la procédure d'imposition et y répondre emporte, sauf stipulation contraire, élection de domicile auprès de ce mandataire. Lorsqu'un tel mandat a été porté à la connaissance du service en charge de la procédure d'imposition, celui-ci est en principe tenu d'adresser au mandataire l'ensemble des actes de cette procédure. En revanche, lorsque le mandat donné à un conseil ou à tout autre mandataire par un contribuable pour l'assister dans ses relations avec l'administration ne contient aucune mention expresse habilitant le mandataire à recevoir l'ensemble des actes de la procédure d'imposition, ce mandat n'emporte pas élection de domicile auprès de ce mandataire. Dans ce cas, l'administration doit notifier l'ensemble des actes de la procédure au contribuable, alors même que le mandat confie au mandataire le soin de répondre à toute notification de redressements, d'accepter ou de refuser tout redressement.

3. A l'appui du moyen tiré de l'irrégularité de la notification de la proposition de rectification en date du 14 juin 2019, soulevé pour la première fois dans le cadre de son premier mémoire en réplique, la SAS Sulca soutient, d'une part, que le pli n'a pas été envoyé à la bonne adresse. Toutefois, il résulte de l'instruction que le pli a été adressé au siège social de la société requérante, situé 1, place Saint-Sulpice à Paris et qu'il y a été apposé la mention " pli avisé et non réclamé ", qui suffit à établir que le pli a bien été présenté à l'adresse en cause. La circonstance que, par un courriel du 1er juillet 2019 envoyé à onze heures et dix-neuf minutes, l'administration lui a rappelé que le pli demeurait en instance à l'agence postale est sans incidence sur la régularité de la procédure dès lors, d'une part, que ce courriel ne notifiait pas la proposition de rectification et, d'autre part, qu'il ne revêtait qu'une valeur informative et gracieuse et ne faisait donc pas grief.

4. D'autre part, la SAS Sulca fait valoir que le pli aurait dû être adressé à son mandataire expressément désigné à cette fin. Il résulte toutefois de l'instruction que le mandat de représentation confié par la société requérante à M. A, expert-comptable, ne contient aucune mention expresse habilitant le mandataire à recevoir l'ensemble des actes de la procédure d'imposition. Par suite, ce mandat n'emporte pas élection de domicile auprès de ce mandataire. La proposition de rectification pouvait donc régulièrement être adressée au siège social de la SAS Sulca. Le moyen tiré de l'irrégularité de la notification de la proposition de rectification du 14 juin 2019 doit donc être écarté.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

5. En premier lieu, si la société requérante sollicite la réduction de la taxe sur la valeur ajoutée au titre des exercices clos en 2016 et 2017 à hauteur des montants de rappel de taxe sur la valeur ajoutée, soit un montant de 135 875 euros, elle ne soulève aucun moyen à l'appui de ses conclusions. En tout état de cause, le rappel de taxe sur la valeur ajoutée contesté est fondé sur la vérification de comptabilité dont elle a été l'objet du 6 décembre 2018 au 23 mai 2019 pour la période du 2 janvier 2014 au 31 décembre 2017 et dont elle ne conteste pas les constats.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 271 du code général des impôts alors en vigueur : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. () II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures ; / b) Celle qui est due à l'importation ; / c) Celle qui est acquittée par les redevables eux-mêmes lors de l'achat ou de la livraison à soi-même des biens ou des services ; / d) Celle qui correspond aux factures d'acquisition intracommunautaire établies conformément à la réglementation communautaire dont le montant figure sur la déclaration de recettes conformément au b du 5 de l'article 287. / 2. La déduction ne peut pas être opérée si les redevables ne sont pas en possession soit desdites factures, soit de la déclaration d'importation sur laquelle ils sont désignés comme destinataires réels. " Aux termes de l'article L. 177 du livre des procédures fiscales, dans sa version alors applicable : " En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée déductible dans les conditions fixées par l'article 271 du code général des impôts, les redevables doivent justifier du montant de la taxe déductible et du crédit de taxe dont ils demandent à bénéficier, par la présentation de documents même établis antérieurement à l'ouverture de la période soumise au droit de reprise de l'administration. " Aux termes de l'article L. 205 du même livre : " Les compensations de droits prévues aux articles L. 203 et L. 204 sont opérées dans les mêmes conditions au profit du contribuable à l'encontre duquel l'administration effectue une rectification lorsque ce contribuable invoque une surtaxe commise à son préjudice ou lorsque la rectification fait apparaître une double imposition. "

7. La société par actions simplifiée Sulca soutient qu'elle pouvait, en application des dispositions précitées, solliciter la compensation entre la taxe sur la valeur ajoutée qu'elle a omis de déduire et le rappel de taxe sur la valeur ajoutée collectée par l'administration fiscale. Elle fait valoir que l'omission est imputable à une gestion unique de taxe sur la valeur ajoutée, qui n'a pas différencié les livraisons de biens et les prestations de service. Toutefois, contrairement à ce que prévoient les dispositions précitées, la société requérante n'a présenté, ni dans le cadre de la procédure contradictoire engagée avec l'administration fiscale, ni dans le cadre de la présente instance, aucune facture lui permettant d'établir qu'elle était en droit de solliciter la déduction de taxe sur la valeur ajoutée prévue aux dispositions du 1 du I de l'article 271 du code général des impôts. Elle n'apporte en outre pas les précisions suffisantes permettant d'apprécier la portée de la compensation fiscale qu'elle semble invoquer sur le fondement des dispositions de l'article L. 205 du livre des procédures fiscales. Par suite, et dès lors qu'elle ne peut utilement se prévaloir des interprétations administratives référencées BOI-TVA-DED-10-30 § 10 et BOI-CF-PGR-30-50-20150902 § 60, qui ne contiennent aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il a été fait application, le moyen doit être écarté.

Sur les pénalités :

8. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré. " Aux termes de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales : " Les décisions mettant à la charge des contribuables des sanctions fiscales sont motivées au sens des articles L. 211-2 à L. 211-7 du code des relations entre le public et l'administration, quand un document ou une décision adressés au plus tard lors de la notification du titre exécutoire ou de son extrait en a porté la motivation à la connaissance du contribuable. / Les sanctions fiscales ne peuvent être prononcées avant l'expiration d'un délai de trente jours à compter de la notification du document par lequel l'administration a fait connaître au contribuable ou redevable concerné la sanction qu'elle se propose d'appliquer, les motifs de celle-ci et la possibilité dont dispose l'intéressé de présenter dans ce délai ses observations. "

9. En premier lieu, la société requérante soutient que la décision par laquelle l'administration fiscale lui a appliqué une majoration de 40% en application des dispositions de l'article 1729 du code général des impôts est insuffisamment motivée. Toutefois, la décision contestée, qui figure dans la proposition de rectification du 14 juin 2019, mentionne les différents éléments sur lesquels s'est fondé le service, en particulier l'importance des sommes omises, la fréquence des omissions, la situation créditrice de taxe sur la valeur ajoutée créée artificiellement, la dette de taxe sur la valeur ajoutée identifiée et connue de la société et les omissions ou inexactitudes effectuées en connaissance de cause par les associés de la société. En outre, la SAS Sulca ne peut utilement soutenir que la décision attaquée n'a pas pris en compte son courriel du 23 mai 2019 adressé après la réunion de synthèse organisée entre la société requérante et le service vérificateur dès lors, d'une part, que la décision contestée mentionne cette réunion et, d'autre part, qu'elle a été adressée postérieurement au 23 mai 2019. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision par laquelle le service a appliqué à la société par actions simplifiée Sulca doit être écarté.

10. En second lieu, si la société requérante soutient que, contrairement à ce qui lui incombe, le service ne démontre pas le caractère délibéré de son manquement, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale démontre, en mentionnant les différents éléments énumérés au point précédent et sans être contestée par la société requérante, le caractère délibéré du manquement. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. Enfin, la société ne saurait utilement invoquer l'interprétation administrative de la loi fiscale référencée BOI-CF-INF-10-20-20 qui ne comporte aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application par le présent jugement.

12. Il résulte de ce qui précède que la société par actions simplifiée Sulca n'est pas fondée à solliciter la décharge des rehaussements de taxe sur la valeur ajoutée mise à sa charge au titre des exercices clos en 2016 et 2017, pour un montant de 135 875 euros en droits et 61 852 euros en majorations et pénalités. Sa requête doit donc être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société par actions simplifiée Sulca est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Sulca et à la direction régionale des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Errera, premier conseiller,

M. Huin-Morales, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2022.

Le rapporteur,

B. HUIN-MORALES

Le président,

J. SORINLa greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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