jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2103215 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | MOREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 février 2021, 18 mai 2022 et 31 août 2022, la société Immo Radio, représentée par Me Moreau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 63 227 euros au titre de l'année 2019, assorti des intérêts moratoires au titre de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 7 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- son activité de mise à disposition de locaux équipés est réelle et effectuée à titre onéreux, ouvrant ainsi droit à la déduction de taxe sur la valeur ajoutée quand bien même les prestations sont facturées à prix coutant ;
- elle est fondée à solliciter le remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée afférente aux travaux d'aménagement avant la perception effective des loyers, dès lors que ces actes d'investissement sont étroitement liés à l'exploitation future du bien, et que les factures produites sont libellées à son nom ;
- d'une façon générale, la position de l'administration méconnaît le principe de neutralité de la taxe sur la valeur ajoutée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 septembre 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société Immo Radio ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 10 août 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 9 septembre 2022.
Un mémoire présenté par le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris a été enregistré le 13 avril 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les conclusions de Mme Mauclair, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Immo Radio, qui exerce une activité d'acquisition, d'administration, d'exploitation et de location d'immeubles et de droits immobiliers, a déposé le 22 mai 2020 une demande de remboursement de crédit de taxe sur la valeur ajoutée au titre de l'année 2019 correspondant aux travaux d'aménagement réalisés dans les locaux situés à Asnières et Clichy qu'elle sous-loue à l'association Access Radiologie. Sa demande a été rejetée par une décision du 15 décembre 2020. La SAS Immo Radio demande au tribunal de prononcer le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 63 227 euros au titre de l'année 2019.
2. D'une part, aux termes du I de l'article 256 du code général des impôts : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. II. 1° Est considéré comme livraison d'un bien, le transfert du pouvoir de disposer d'un bien meuble corporel comme un propriétaire. () ". Aux termes IV de cet article : " 1° Les opérations autres que celles qui sont définies au II, notamment la cession ou la concession de biens meubles incorporels () sont considérés comme des prestations de services ". Aux termes de l'article 256 A du même code : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention. / () / Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services () ".
3. Ces dispositions doivent être interprétées à la lumière des dispositions de la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006 susvisée dont elles assurent la transposition. Aux termes de l'article 2, paragraphe 1, de cette directive : " Sont soumises à la TVA les opérations suivantes : / () c) les prestations de services, effectuées à titre onéreux sur le territoire d'un État membre par un assujetti agissant en tant que tel () ". Aux termes de l'article 9, paragraphe 1, de la même directive : " Est considéré comme "assujetti" quiconque exerce, d'une façon indépendante et quel qu'en soit le lieu, une activité économique, quels que soient les buts ou les résultats de cette activité. / Est considérée comme "activité économique" toute activité de producteur, de commerçant ou de prestataire de services (). / Est en particulier considérée comme activité économique, l'exploitation d'un bien corporel ou incorporel en vue d'en tirer des recettes ayant un caractère de permanence () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article 269 du code général des impôts : " 1 Le fait générateur de la taxe se produit : / a) Au moment où () la prestation de services est effectuée ; () / 2 La taxe est exigible : () / c) Pour les prestations de services () lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits. ". Aux termes de l'article 271 de ce code : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. () II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures () / 2. La déduction ne peut pas être opérée si les redevables ne sont pas en possession () desdites factures () ".
5. La possibilité de qualifier une opération d' " opération à titre onéreux " au sens de l'article 256 précité du code général des impôts transposant l'article 2 de la sixième directive suppose uniquement l'existence d'un lien direct entre la livraison de biens ou la prestation de services et une contrepartie ou contre-valeur réellement reçue par l'assujetti. Ainsi, le fait qu'une opération économique soit effectuée à un prix inférieur au prix de revient, et, partant, à un prix inférieur au prix normal du marché, est sans pertinence s'agissant de cette qualification. Les opérations réalisées à perte n'échappent pas de ce seul fait au champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée. Il s'ensuit que, dès lors qu'une contrepartie a été convenue et réellement versée à l'assujetti en échange direct du bien qu'il a livré ou du service qu'il a fourni, cette opération doit être qualifiée d'opération à titre onéreux, quand bien même elle est effectuée entre parties liées et que le prix convenu et réellement versé est inférieur au prix normal du marché. L'appréciation du caractère onéreux d'une opération doit être distinguée de la question de savoir si un ensemble d'opérations est rémunéré à un niveau tellement faible que l'opérateur ne peut être considéré comme se livrant à une activité économique.
6. Pour rejeter la demande de la SAS Immo Radio, l'administration a estimé que l'activité de la société n'entrait pas dans le champ d'application des dispositions de l'article 256 du code général des impôts dès lors qu'elle ne présentait pas un caractère onéreux au motif que la SAS Immo Radio facturait à l'association Access Radio les biens loués sans contrepartie effective ainsi que les travaux d'aménagement. Toutefois, ainsi qu'il vient d'être dit, cette circonstance est, à elle seule, sans incidence sur la qualification de l'activité de la requérante et de son caractère onéreux ni ne saurait révéler une interposition artificielle de la SAS Immo Radio entre le propriétaire des locaux et l'association Access Radiologie.
7. Toutefois, l'administration fait également valoir que la SAS Immo Radio n'a déclaré aucune opération imposable à la taxe sur la valeur ajoutée au titre de l'année 2019 et qu'aucune des factures adressées à l'association Access Radiologie n'a été réglée. Si la requérante soutient qu'aucun abandon de créance n'apparaît au bilan clos de l'année 2019 et que la circonstance qu'elle n'ait pas encaissé de loyer sur la fin de l'année 2019 ne saurait être assimilée à un abandon de créance, elle ne produit aucun élément permettant d'attester que l'association Access Radiologie a réellement versé la contrepartie du service qui lui a été fourni.
8. En tout état de cause, l'administration fait valoir que la SAS Immo Radio ne justifie pas du caractère déductible de la taxe sur la valeur ajoutée dont le remboursement est sollicité dans la mesure où elle n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, du paiement effectif des factures libellées à son nom qu'elle produit. Une telle substitution de motifs est admise, l'administration étant en droit, à tout moment de la procédure contentieuse, de faire valoir, dans les limites des rectifications régulièrement notifiées, tout moyen nouveau de nature à démontrer le bien-fondé de l'imposition, dès lors qu'une telle substitution ne prive le contribuable d'aucune des garanties de procédure prévues par la loi. En l'espèce, la société requérante n'est privée d'aucune garantie, la commission départementale des impôts n'étant pas compétente en matière de taxe sur la valeur ajoutée déductible. Or, l'inscription " comptabilisé " sur les factures de travaux et un tableau récapitulant le paiement des factures sont insuffisants pour établir le règlement effectif des factures pour lesquelles la société Immo Radio demande le remboursement de taxe sur la valeur ajoutée. Dans ces conditions, l'administration pouvait pour ces motifs et sans méconnaître le principe de neutralité de la taxe sur la valeur ajoutée refuser de faire droit à la demande de remboursement de la SAS Immo Radio d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 63 227 euros au titre de l'année 2019.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Immo Radio doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Immo Radio est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Immo Radio et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Fouassier, président,
Mme Belkacem, première conseillère,
Mme Marchand, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.
La rapporteure,
A. A
Le président,
C. FOUASSIER
La greffière,
C. EL HOUSSINE
La République mande et ordonne au ministre délégué chargé des comptes publics, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026