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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2103292

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2103292

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2103292
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET COLL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 février 2021 et 27 juillet 2022, Mme C B, représentée par Me Coll, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 90 000 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis, assortie des intérêts au taux légal à compter de la notification de sa demande préalable ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a été victime d'agissements constitutifs d'un harcèlement moral. Cette faute est de nature à engager la responsabilité de l'État ;

- l'État a également commis une faute en refusant de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

- elle est fondée à solliciter une indemnisation de 60 000 euros au titre de son préjudice de carrière ;

- elle est fondée à solliciter une indemnisation de 30 000 euros au titre de son préjudice moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2021, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'existence d'une situation de harcèlement moral n'est pas établie ;

- les préjudices allégués ne sauraient être indemnisés en l'absence d'agissements constitutifs d'un harcèlement moral.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983,

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984,

- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995,

- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pény,

- les conclusions de M. Cicmen, rapporteur public,

- et les observations de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, gardienne de la paix affectée à l'unité des transmissions et des diffusions (UTD) de l'état-major de la direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne (DSPAP) de la préfecture de police, était précédemment affectée, du 1er mars 2012 au 3 mai 2015, au sein du groupe 2 de nuit du service local de transmission (SLT) du commissariat central du 4ème arrondissement de Paris, en qualité d'adjointe au chef de l'unité d'appui de proximité. Par un courrier du 6 mars 2018, Mme B a sollicité l'octroi de la protection fonctionnelle. Cette demande a été implicitement rejetée le 6 mai 2018. Par une demande préalable du 28 octobre 2020, Mme B a demandé à l'État de l'indemniser, à hauteur de 90 000 euros, des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait d'agissements constitutifs d'un harcèlement moral. Cette demande a été implicitement rejetée. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal de condamner l'État à réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis du fait d'une situation de harcèlement moral.

Sur la responsabilité de l'État :

2. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, dans sa version alors applicable : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. (.) ". Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

3. Mme B soutient qu'elle a subi une situation de harcèlement moral matérialisée par une dégradation progressive de ses conditions de travail, des affirmations calomnieuses sur ses compétences professionnelles et sur sa personne, des mesures visant à l'isoler et à exercer sur elle une pression psychologique, un défaut de reconnaissance de son travail et une absence de protection de l'administration en dépit des diffamations dont elle a été victime.

4. Mme B précise qu'elle a été empêchée d'exercer son travail dans des conditions normales depuis le mois d'août 2014, à compter de son retour de congés maternité, et qu'elle n'a eu d'autre choix que d'accepter la mise en œuvre d'un système frauduleux au sein de son unité permettant de bénéficier de jours de repos non décomptés, le temps de réunir des preuves pour dénoncer les faits qu'elle soupçonnait. Elle indique à cet égard que lorsqu'elle a cessé de recourir à ce système et a transmis un rapport à sa hiérarchie pour dénoncer ces pratiques, à compter de mars 2015, elle a subi en retour des menaces et des actes d'humiliation de la part de ses collègues. Toutefois, les dissensions rapportées par Mme B, qui reposent pour l'essentiel sur ses propres déclarations, notamment s'agissant de l'utilisation de cigarettes électroniques dans les locaux du commissariat central du 4ème arrondissement, ou encore liées à la consommation d'alcool de certains collègues lors du service, ne sauraient faire présumer une situation de harcèlement moral à son encontre. S'agissant des remarques humiliantes dont elle dit avoir été l'objet de la part de Mme A, il résulte de l'instruction, et notamment de la procédure d'enquête administrative diligentée sur le système frauduleux de " vols d'heures ", que Mme A avait admis, en s'excusant, des " réflexions déplacées ou parfois vexantes " à l'endroit de Mme B. Toutefois, ces difficultés relationnelles, attestées en particulier par deux SMS échangés avec M. A, ne sauraient à elles seules, eu égard à la teneur des propos échangés, faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral à son endroit. En outre, cette situation conflictuelle a été prise en compte par l'administration après que l'intéressée eut sollicité une mutation le 17 mars 2015, laquelle a été accordée à compter de mai 2015. Si Mme B soutient que les actes d'intimidation et de harcèlement se sont poursuivis à la suite de sa mutation, ses déclarations ne sont corroborées par aucun autre témoignage concordant et ne peuvent faire seules présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral à son endroit.

5. Mme B soutient également qu'elle s'est vu imposer une mutation d'office en service de jour, dans le cadre de la reprise de ses fonctions en juin 2017, à l'issue d'un congé de maladie. Elle précise que cette mesure l'ayant affectée à la brigade hebdomadaire de journée de l'unité de transmission et diffusion de l'état-major de la direction de sécurité de proximité de l'agglomération parisienne a été annulée par un jugement devenu définitif du tribunal n°1715280 du 26 septembre 2019, en l'absence de transmission d'une décision écrite et motivée, en dépit de sa demande. Toutefois, cette annulation pour défaut de motivation ne saurait faire présumer à son endroit une situation de harcèlement moral. De la même manière, il ne résulte pas de l'instruction que les refus opposés à ses demandes d'absence ou de congés aient revêtu un caractère systématique ou aient été pris au regard de considérations étrangères au service. Ces mesures traduisent ainsi l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Il en va de même du refus de lui accorder la protection fonctionnelle, en l'absence d'établissement d'une présomption de harcèlement moral.

6. Enfin, si Mme B soutient que sa carrière et son avancement sont entravés et que ses conditions de travail depuis la reprise de ses fonctions sont dégradées et l'ont conduit à un isolement progressif, la circonstance qu'elle n'ait pas reçu d'avancement en 2018 ne saurait faire présumer une situation de harcèlement moral à son endroit. En outre, à compter du 1er mars 2020, l'intéressée a été réintégrée au sein de l'unité des transmissions en service de nuit à la suite du jugement n°1715280 du tribunal du 26 septembre 2019 et le blâme dont elle avait fait l'objet par un arrêté du 24 novembre 2016 a été effacé de son dossier administratif à la suite de l'annulation, pour vice de procédure, de cet arrêté par un jugement n°17022322 du tribunal du 21 juin 2018.

7. Au regard de l'ensemble de ces éléments, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'administration aurait commis une faute en ne prenant pas les mesures visant à faire cesser une situation de harcèlement moral à son endroit et en refusant de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Versol, présidente,

M. Pény, premier conseiller,

M. Doan, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

Le rapporteur,

A. Pény

La présidente,

F. VersolLa greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2103292/6-3

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