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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2103415

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2103415

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2103415
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET CASSEL (SELAFA)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 février 2021, M. C A, représenté par la SELAFA cabinet Cassel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 janvier 2021 par laquelle la Ville de Paris a rejeté sa candidature à un poste d'adjoint technique, ainsi que son recours administratif contre une première décision en ce sens du 15 janvier 2020 ;

2°) d'annuler la décision du 15 janvier 2020 par laquelle la Ville de Paris a rejeté sa candidature à un poste d'adjoint technique ;

3°) d'annuler les décisions de nomination au poste sollicité ;

4°) d'enjoindre à la Ville de Paris de le nommer au poste d'adjoint technique ou, à défaut, de réexaminer sa situation à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elles sont fondées sur des motifs contradictoires et que le poste de jardinier pouvait faire l'objet d'aménagements.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2021, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 27 avril 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 12 mai 2021.

Un mémoire, enregistré le 22 juin 2021, a été présenté pour M. A, par la SELAFA cabinet Cassel, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de Mme Mauclair, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A s'est porté candidat au poste d'adjoint technique jardinier de la Ville de Paris dans le cadre du parcours d'accès aux carrières de la fonction publique (PACTE). Par un courrier du 28 octobre 2019, il a été informé de son inscription sur la liste des candidats proposés au recrutement. Par une décision du 15 janvier 2020, la Ville de Paris a rejeté sa candidature en raison de son inaptitude à exercer les fonctions sollicitées. Par courrier reçu le 5 février 2020, M. A a formé un recours administratif à l'encontre de cette décision et a sollicité la saisine du comité médical. Le 7 janvier 2021, M. A a été informé du rejet de sa candidature, après un avis du comité médical du 4 juin 2020 confirmant son inaptitude. M. A demande au tribunal l'annulation des décisions du 7 janvier 2021 et du 15 janvier 2020 ainsi que les décisions de nomination des candidats à l'emploi en cause.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. En premier lieu, la Ville de Paris fait valoir que le courriel du 7 janvier 2021 est simplement informatif et ne saurait constituer une décision susceptible de recours. Toutefois, ce courriel, auquel était joint l'avis du comité médical du 4 juin 2020 saisi à la suite du recours administratif de M. A et statuant à l'inaptitude du requérant aux fonctions d'adjoint technique, doit être regardé comme révélant la nouvelle décision de rejet de la candidature de M. A, prise à la suite de l'avis du comité médical et de son recours administratif, et susceptible de recours. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense aux conclusions tendant à l'annulation de la nouvelle décision rejetant la candidature de M. A prise après avis du comité médical et rejetant son recours gracieux doit être écartée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Aux termes de l'article R. 421-2 du même code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. (). / La date du dépôt de la demande à l'administration, constatée par tous moyens, doit être établie à l'appui de la requête ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ". Aux termes de l'article L. 411-2 du même code : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. ".

4. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

5. Les règles énoncées au point 4, relatives au délai raisonnable au-delà duquel le destinataire d'une décision ne peut exercer de recours juridictionnel, qui ne peut en règle générale excéder un an sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, sont également applicables à la contestation d'une décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur une demande présentée devant elle, lorsqu'il est établi que le demandeur a eu connaissance de la décision. La preuve d'une telle connaissance ne saurait résulter du seul écoulement du temps depuis la présentation de la demande.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a adressé un recours administratif à la Ville de Paris, reçu le 5 février 2020 à l'encontre de la décision du 15 janvier 2020, qui ne comportait pas les voies et délais de recours contentieux. Il ressort en outre des pièces du dossier que M. A a eu connaissance de la décision rejetant son recours administratif le 7 janvier 2021. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation de la décision du 15 janvier 2020 formées le 18 février 2021 ne sont pas tardives. La fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de ces conclusions doit ainsi être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 15 janvier 2020 et la décision implicite de rejet de la candidature de M. A prise à la suite de l'avis du comité médical du 4 juin 2020 et de son recours administratif :

7. D'une part, aux termes de l'article 5 de la loi du 13 juillet 1983, alors en vigueur : " Sous réserve des dispositions de l'article 5 bis, nul ne peut avoir la qualité de fonctionnaire : () / 5° Le cas échéant, s'il ne remplit, compte tenu des possibilités de compensation du handicap, les conditions de santé particulières exigées pour l'exercice de certaines fonctions relevant du corps ou du cadre d'emplois auquel il a accès, en raison des risques particuliers que ces fonctions comportent pour les agents ou pour les tiers et des sujétions que celles-ci impliquent. ". Aux termes de l'article 6 sexies de cette même loi : " I. - Afin de garantir le respect du principe d'égalité de traitement à l'égard des travailleurs handicapés, les employeurs visés à l'article 2 prennent, en fonction des besoins dans une situation concrète, les mesures appropriées pour permettre aux travailleurs mentionnés aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail d'accéder à un emploi ou de conserver un emploi correspondant à leur qualification, de développer un parcours professionnel et d'accéder à des fonctions de niveau supérieur ainsi que de bénéficier d'une formation adaptée à leurs besoins tout au long de leur vie professionnelle, sous réserve que les charges consécutives à la mise en œuvre de ces mesures ne soient pas disproportionnées, notamment compte tenu des aides qui peuvent compenser en tout ou partie les dépenses supportées à ce titre par l'employeur. ". Aux termes de l'article 35 de la loi du 26 janvier 1984 alors en vigueur : " Aucun candidat ne peut être écarté, en raison de son handicap, d'un concours ou d'un emploi de la fonction publique, sauf si son handicap a été déclaré incompatible avec la fonction postulée à la suite de l'examen médical destiné à évaluer son aptitude à l'exercice de sa fonction, réalisé en application des dispositions du 5° de l'article 5 ou du 4° de l'article 5 bis du titre Ier du statut général des fonctionnaires. ".

8. D'autre part, aux termes de l'article 38 bis de la même loi : " Les jeunes gens âgés de vingt-huit ans au plus qui sont sortis du système éducatif sans diplôme ou sans qualification professionnelle reconnue et ceux dont le niveau de qualification est inférieur à celui attesté par un diplôme de fin de second cycle long de l'enseignement général, technologique ou professionnel, peuvent, à l'issue d'une procédure de sélection, être recrutés dans des emplois du niveau de la catégorie C par les collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi par des contrats de droit public ayant pour objet de leur permettre d'acquérir, par une formation en alternance avec leur activité professionnelle, une qualification en rapport avec l'emploi dans lequel ils ont été recrutés ou, le cas échéant, le titre ou le diplôme requis pour l'accès au cadre d'emplois dont relève cet emploi. () / Peuvent bénéficier dans les mêmes conditions de la procédure de recrutement instituée par le présent article les personnes en situation de chômage de longue durée, âgées de quarante-cinq ans et plus et bénéficiaires : / -du revenu de solidarité active, de l'allocation de solidarité spécifique ou de l'allocation aux adultes handicapés ; () ".

9. Les dispositions citées au point 7 imposent à l'autorité administrative de prendre tant les règlements spécifiques que les mesures appropriées au cas par cas pour permettre l'accès de chaque personne handicapée à l'emploi auquel elle postule sous réserve, d'une part, que ce handicap n'ait pas été déclaré incompatible avec l'emploi en cause et, d'autre part, que lesdites mesures ne constituent pas une charge disproportionnée pour le service.

10. Il ressort des pièces du dossier que pour rejeter la candidature de M. A, la Ville de Paris s'est fondée sur les avis émis par le médecin du service de la médecine statutaire du 3 janvier 2020 et par le comité médical du 4 juin 2020 selon lesquels le requérant était inapte à occuper les fonctions d'adjoint technique. Il ressort, en particulier, de l'avis médical du 3 janvier 2020 que pour estimer le requérant inapte, le médecin du service de la médecine statutaire a uniquement précisé que le neurologue consulté a émis des restrictions à l'aptitude du requérant et indiqué que le requérant n'avait pas postulé comme travailleur handicapé et ne pouvait ainsi pas bénéficier de " lourds aménagements ". Il ressort toutefois de l'avis du 17 décembre 2019 émis par un médecin expert sollicité par la Ville de Paris, spécialiste en neurologie, que ce praticien a conclu à l'aptitude du requérant à l'exercice de l'emploi postulé. S'il a émis des restrictions tendant à l'absence de travail en hauteur et l'absence de maniement d'engins dangereux de type taille-haies et tronçonneuse, la fiche de poste de l'emploi en cause révèle que plusieurs tâches ne nécessitaient pas de travail en hauteur ni de maniement d'engins dangereux telles que par exemple le travail du sol, la plantation de fleurs, la production de végétaux, l'entretien général des sites. Dans ces conditions, en estimant que le handicap de M. A ne pouvait être compensé, la ville de Paris a fait une inexacte application des dispositions des articles 5 et 6 sexies de la loi du 13 juillet 1983 et de l'article 35 de la loi du 26 janvier 1984. Par suite, M. A est fondé à solliciter l'annulation des décisions rejetant sa candidature et son recours administratif.

En ce qui concerne les décisions de nomination au poste sollicité :

11. En raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il est saisi de conclusions recevables dirigées contre de telles décisions consécutives, de prononcer leur annulation par voie de conséquence, le cas échéant en relevant d'office un tel moyen qui découle de l'autorité absolue de chose jugée qui s'attache à l'annulation du premier acte.

12. Si M. A entend contester les décisions de nominations au poste sollicité, il ne développe aucun fait ni aucun moyen à l'encontre de ces décisions. A supposer qu'il entende demander l'annulation de ces nominations par voie de conséquence de l'annulation de la décision du 15 janvier 2020 et de la décision implicite par laquelle la Ville de Paris a rejeté sa candidature après avis du comité médical du 4 juin 2020, il ressort des pièces du dossier que la Ville de Paris recrutait dans le cadre du parcours d'accès aux carrières de la fonction publique territoriale, hospitalière et d'Etat, quarante adjoints techniques jardiniers et que seuls trente-sept agents ont été recrutés. Ainsi, les décisions de nominations attaquées ne peuvent être regardées comme étant consécutives aux décisions annulées. Par suite, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.

13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 15 janvier 2020 et de la décision implicite par laquelle la Ville de Paris a rejeté une nouvelle fois sa candidature après avis du comité médical ainsi que son recours administratif.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision du 15 janvier 2020 et de la décision implicite de rejet de la candidature de M. A à la suite de l'avis du comité médical du 4 juin 2020, implique seulement que, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, la Ville de Paris réexamine la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 1 500 euros à verser à M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 15 janvier 2020 et la décision implicite par laquelle la Ville de Paris a rejeté une nouvelle fois la demande de candidature de M. A après avis du comité médical ainsi que son recours administratif sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la maire de Paris de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La Ville de Paris versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la Ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

Mme Belkacem, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

La rapporteure,

A. B Le président,

C. FOUASSIER

La greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2103415/2-3

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