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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2103614

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2103614

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2103614
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantCABINET KATO & LEFEBVRE (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 février 2021, Mme B A, représentée par Me Morali, demande au tribunal :

1°) de condamner la Ville de Paris à lui verser une indemnité de 80 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis à la suite de sa chute le 11 août 2020 ;

2°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle peut se prévaloir du défaut d'entretien normal de la chaussée sur laquelle elle circulait, pour lequel existe une présomption de faute ;

- le défaut d'entretien normal de la chaussée est caractérisé par l'absence de signalisation du descellement de la dalle qui l'a faite trébucher et sur la présence d'un trou non signalé et non couvert qui l'a faite tomber ;

- elle évalue son préjudice à la somme totale de 80 000 euros.

Par un mémoire, enregistré le 9 août 2021, la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, représentée par Me Lefebvre, demande au tribunal :

1°) de condamner la Ville de Paris à lui verser une indemnité de 14 898,93 euros au titre de ses débours en majorant cette somme des intérêts au taux légal à compter du jugement ;

2°) de condamner la Ville de Paris à lui verser la somme de 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;

3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'elle justifie d'une créance s'élevant en principal à 14 898,93 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2022, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blusseau, conseiller,

- et les conclusions de M. Degand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A déclare avoir été victime d'une chute le 11 août 2020 sur le marché de la place des Fêtes à Paris dans le 19ème arrondissement. Elle a présenté une demande préalable tendant à ce que la Ville de Paris l'indemnise des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de cette chute. Le 21 janvier 2021, la Ville de Paris a refusé de faire droit à cette demande. Mme A demande au tribunal de condamner la Ville de Paris à lui verser une indemnité de 80 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne le défaut d'entretien normal d'ouvrages publics :

2. Il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu sur une voie publique, de rapporter la preuve du lien de causalité entre l'ouvrage public et le dommage qu'il invoque. La collectivité en charge de l'ouvrage public doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

3. D'une part, il résulte de l'instruction, en particulier du constat d'huissier du 3 décembre 2020 décrivant le lieu de l'accident et des photographies de la dalle sur laquelle Mme A soutient avoir chutée, que si cette dalle dépasse de deux centimètres environ la dalle voisine, ce désaffleurement constitue un défaut mineur et visible compte tenu du contraste de couleurs et de forme du dallage orthogonale gris clair avec son environnement urbain à proximité. Au demeurant, cette chute a eu lieu en plein jour et à proximité immédiate du domicile de la requérante. Dans ces conditions, s'agissant de cette dalle, la chaussée ne présentait pas un état excédant les risques que les usagers de la route peuvent normalement s'attendre à rencontrer.

4. D'autre part, si Mme A fait valoir qu'après avoir trébuchée sur le bord de la dalle elle est tombée dans un trou ni protégé ni couvert de sept centimètres de profondeur qui se trouvait sur la voie publique, il résulte de l'instruction que cet élément urbain est seulement l'interstice circulaire entre le tronc d'un arbre situé sur la voie publique et le revêtement en gravier désactivé de la jardinière, que cet interstice est visible et à l'écart de tout cheminement piéton et que la jardinière est comblée par un agglomérat dépourvu de toute aspérité et conçu pour sécuriser le cheminement piéton. Par suite, cette chute ne peut être regardée comme imputable à un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de la Ville de Paris en raison d'un défaut d'entretien normal d'ouvrages publics.

En ce qui concerne la carence du maire dans l'exercice de ses pouvoirs de police :

6. Aux termes des dispositions de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : /1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, () ".

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 3 et 4 du présent jugement, le dallage et l'interstice n'avaient pas à faire l'objet d'une signalisation particulière. Par suite, la requérante n'est pas fondée à invoquer une carence du maire dans l'exercice de ses pouvoirs de police de nature à engager la responsabilité de la Ville de Paris.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation de Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris tendant au remboursement de ses débours et au versement de l'indemnité forfaitaire de gestion par la Ville de Paris.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de la Ville de Paris, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens ainsi que celle exposée par la caisse primaire d'assurance maladie de Paris au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de Paris sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la Ville de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

M. Blusseau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

Le rapporteur,

A. BLUSSEAU

La présidente,

S. AUBERT

La greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne au préfet d'Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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