mercredi 16 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2103912 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | FALALA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 février 2021, Mme A E, représentée par Me de Froment, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 décembre 2020 par laquelle le Groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences (GHU) a rejeté sa demande préalable indemnitaire ;
2°) de condamner le GHU à lui verser la somme de 44 375,02 euros en indemnisation des préjudices subis ;
3°) de mettre à la charge du GHU la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 24 décembre 2020 est entachée d'incompétence dès lors qu'il n'est pas justifié que son signataire, M. B C, bénéficiait d'une délégation de signature le rendant compétent à prendre cette décision ;
- le GHU a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
- il s'est rendu coupable de harcèlement moral et d'une mobilité forcée dont le préjudice moral, le trouble dans ses conditions d'existence, le préjudice de carrière et le préjudice économique qui en sont résulté s'élèvent, respectivement à 15 000 euros, 14 000 euros, 15 000 euros et 375,02 euros, soit un montant total de 44 375,02 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2022, le Groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences, représenté par Me Falala, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme E la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 17 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 17 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F,
- les conclusions de M. Lahary, rapporteur public,
- et les observations de Me Gorse, représentant le groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E est infirmière titulaire au sein du groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences (GHU) depuis 2010 et affectée au sein du pôle somatique de médecine générale de l'unité de médecine somatique du site d'Avron depuis le mois de janvier 2016. A la suite de son refus d'accéder à une demande de sa cheffe de service, le docteur D, et de son comportement discourtois envers son encadrement supérieur, elle a fait l'objet d'un blâme par une décision du 21 novembre 2018. Par un jugement n°1905869 du 19 mars 2021 devenu définitif, le tribunal a rejeté le recours contentieux dirigé contre cette décision de sanction. Au mois de mai 2019, en raison des relations conflictuelles persistantes avec le docteur D, Mme E a demandé un changement d'affectation. Elle a été informée à la fin du mois de mai de sa nouvelle affectation, sur le site de la Tour d'Auvergne à compter du 1er septembre 2019. Après avoir appris le départ du docteur D, elle a, au mois de juillet 2019, renoncé à sa demande de nouvelle affectation. Le GHU ayant refusé de prendre acte de ce renoncement, le poste qu'elle occupait ayant notamment déjà été pourvu, Mme E s'est rendue le 5 septembre 2019 sur les lieux de sa nouvelle affectation en refusant cependant de reprendre ses fonctions sur ce site. Après une discussion avec le GHU, Mme E a été affectée au sein d'un nouvel établissement, le foyer postcure de La Chapelle. Toutefois, le 9 septembre, elle a refusé de se rendre à son nouveau poste et s'est rendue sur son ancien poste, sur le site d'Avron. Le même jour, elle s'est vue remettre en mains propres la décision d'affectation sur le site de La Chapelle. Les conditions dans lesquelles cette remise en mains propres de sa nouvelle affectation ont eu lieu l'ont conduite à déclarer le 24 septembre 2019 un accident de service. Elle a été placée en arrêt de travail le 18 septembre 2019, prolongé le 13 novembre 2019. Par une décision du 12 mai 2020 dont la légalité a été reconnue par un jugement n° 2013002 du 29 novembre 2021 du tribunal devenu définitif, le GHU a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident ainsi déclaré. Par un courrier du 19 octobre 2020, Mme E a saisi le GHU d'une demande indemnitaire d'un montant de 44 375,02 euros correspondant aux préjudices moral, de carrière et économique et du trouble dans les conditions d'existence qu'elle estime avoir subis. Par une décision du 24 décembre 2020, le GHU a rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme E demande l'annulation de cette décision et la condamnation du GHU à lui verser la somme de 44 375,02 euros en indemnisation des préjudices subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision du directeur des ressources humaines adjoint du groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences du 24 décembre 2020 a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de Mme E qui ne revêt qu'un caractère indemnitaire. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir la somme qu'elle réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 24 décembre 2020 est inopérant.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors applicable : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la formation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus. (). "
4. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui, le préjudice résultant de ces agissements devant alors être intégralement réparé.
5. Mme E soutient qu'elle a été victime de harcèlement moral. D'une part, elle se prévaut d'agressions verbales, d'insultes, d'intimidation et d'une surcharge de travail de la part de sa cheffe de service, le docteur D. Elle fait également valoir qu'elle a déposé plainte contre l'intéressée le 3 mai 2019 pour ces mêmes faits. Toutefois, en se bornant à produire un dépôt de plainte et un témoignage peu circonstancié, elle n'apporte pas d'éléments de faits susceptibles de faire présumer que le comportement de son administration serait constitutif d'un fait de harcèlement moral. En outre, si elle soutient que le blâme qu'elle a reçu le 21 novembre 2018 était injustifié et participait des actions caractérisant le harcèlement moral dont elle s'estime victime, le recours dirigé contre cette décision de blâme a été rejeté par le jugement n° 1905869 du tribunal en date du 19 mars 2021 devenu définitif. D'autre part, Mme E fait valoir que la remise en mains propres, par l'administration, de la décision l'affectant au secteur 75G23 - Foyer de postcure La Chapelle le 9 septembre 2019, ainsi que les propos humiliants que la cadre de santé lui aurait adressés, sont constitutifs de harcèlement moral. Toutefois, d'une part, il ne résulte pas de l'instruction que la remise en mains propres de la décision répondait à un autre objectif que de lui notifier formellement sa nouvelle affectation, qu'elle a refusé de rejoindre et, d'autre part, en se bornant à produire un témoignage d'un agent qui n'a pas assisté aux événements décrits mais qui relate uniquement l'état psychologique de l'intéressée le soir des événements, elle n'établit pas le bien-fondé de ses allégations. Par suite, le GHU n'a commis aucune faute, en particulier aucun harcèlement moral, à l'encontre de Mme E.
6. En deuxième lieu, Mme E soutient que ses affectations respectives au sein de l'hôpital de jour Tour d'Auvergne à compter du 5 septembre 2019 puis, à la suite de son refus de rejoindre cette affectation, le 9 septembre 2019 au foyer postcure de La Chapelle doivent être regardées comme des mobilités forcées constitutives d'une faute du GHU. Toutefois il est constant que Mme E avait elle-même demandé à être affectée dans un autre service du GHU que celui du site d'Avron. En outre, au regard de ses relations difficiles avec le docteur D, il était dans l'intérêt du service de l'affecter sur un autre poste dont il n'est ni établi ni même allégué qu'il n'aurait pas correspondu à son grade ou qu'il n'aurait pas présenté les mêmes niveaux de responsabilité et de rémunération. Le courriel du 5 juillet 2019 par lequel le GHU l'informant qu'elle serait, à la suite du départ du docteur D, " très fréquemment " affectée sur le site d'Avron, pour regrettable qu'il soit, ne saurait, à cet égard, être regardé comme une décision formelle d'affectation permanente de l'intéressée sur ce site, alors, au demeurant, qu'il est constant que le poste qu'elle y occupait avait été, à la suite de sa demande de nouvelle affectation formulée au début du mois de mai 2019, pourvu par un autre agent. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que les décisions affectant Mme E aux sites de la Tour d'Auvergne et de La Chapelle doivent être regardées comme des mobilités forcées ne peut être qu'écarté.
7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 et 6 que les faits de harcèlement moral allégués ne sont pas établis et que le groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences n'a commis aucune faute en infligeant un blâme à l'encontre de Mme E, en lui remettant en mains propres la décision d'affectation le 9 septembre 2019 ou en l'affectant à des postes en interne. Mme E n'est donc pas fondée à demander l'indemnisation des préjudices que ces décisions lui auraient causés.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme E doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du GHU présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E et au groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences.
Délibéré après l'audience du 31 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Errera, premier conseiller,
M. Huin-Morales, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2022.
Le rapporteur,
B. F
Le président,
J. SORINLa greffière,
B. CHAHINE
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026