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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2104004

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2104004

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2104004
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET BORNHAUSER (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 25 février 2021, 29 novembre 2021 et 13 décembre 2021, M. B A, représenté par la SELARL Cabinet Bornhauser, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels il a été assujetti au titre des années 2006 à 2011 pour un montant de 141 261 euros, en droits et pénalités ;

2°) de prononcer la décharge de la majoration de 80 % à laquelle il a été assujetti au titre de la taxe sur la valeur ajoutée due pour les années 2012 à 2014 pour un montant de 13 853 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'activité de régisseur qu'il a exercée ne peut être qualifiée d'activité occulte au sens de l'article L. 176 du livre des procédures fiscales, car elle ne relève pas de l'économie souterraine et elle est indissociable de son activité déclarée d'achat-revente de matériel hi-fi, de sorte que l'administration ne pouvait pas faire usage du délai de reprise de dix ans ;

- pour les mêmes raisons, cette activité ne peut être qualifiée d'activité occulte au sens des dispositions du c) de l'article 1728 du code général des impôts, de sorte que l'administration ne pouvait pas lui infliger la majoration de 80 % prévue par ces dispositions ;

- la doctrine administrative BOI-CF-PGR-10-70 précise que le fait de ne pas déclarer un établissement secondaire se livrant à la même activité n'autorise pas l'administration à faire usage du délai de reprise de dix ans pour la partie de l'activité qui n'a pas été déclarée ;

- la doctrine administrative BOI-CF-INF-10-20-10 précise que les activités annexes ou connexes à une activité régulièrement déclarée, découvertes lors d'un examen de situation fiscale personnelle, ne peuvent donner lieu, le cas échéant, qu'à une majoration pour manquement délibéré ou manœuvres frauduleuses telle que prévue à l'article 1729 du code général des impôts et non à une majoration de 80 % telle que prévue au c) de l'article 1728 du code général des impôts.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 30 août 2021 et le 6 décembre 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 7 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 décembre 2021.

II. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 25 février 2021, 29 novembre 2021 et 13 décembre 2021, M. B A, représenté par la SELARL Cabinet Bornhauser, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquels il a été assujetti au titre des années 2006 à 2011 pour un montant de 218 255 euros, en droits et pénalités ;

2°) de prononcer la décharge de la majoration de 80 % à laquelle il a été assujetti au titre de l'impôt sur le revenu dû pour les années 2012 à 2014 pour un montant de 13 939 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'activité de régisseur qu'il a exercée ne peut être qualifiée d'activité occulte au sens de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, car elle ne relève pas de l'économie souterraine et elle est indissociable de son activité déclarée d'achat-revente de matériel hi-fi, de sorte que l'administration ne pouvait pas faire usage du délai de reprise de dix ans ;

- pour les mêmes raisons, cette activité ne peut être qualifiée d'activité occulte au sens des dispositions du c) de l'article 1728 du code général des impôts, de sorte que l'administration ne pouvait pas lui infliger la majoration de 80 % prévue par ces dispositions ;

- la doctrine administrative BOI-CF-PGR-10-70 précise que le fait de ne pas déclarer un établissement secondaire se livrant à la même activité n'autorise pas l'administration à faire usage du délai de reprise de dix ans pour la partie de l'activité qui n'a pas été déclarée ;

- la doctrine administrative BOI-CF-INF-10-20-10 précise que les activités annexes ou connexes à une activité régulièrement déclarée, découvertes lors d'un examen de situation fiscale personnelle ne peuvent donner lieu, le cas échéant, qu'à une majoration pour manquement délibéré ou manœuvres frauduleuses telle que prévue à l'article 1729 du code général des impôts et non à une majoration de 80 % telle que prévue au c) de l'article 1728 du code général des impôts.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 30 août 2021 et le 6 décembre 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 7 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme Mauclair, rapporteure publique ;

- et les observations de Me de Cools, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, qui exerce une activité d'achat et de vente de matériel hi-fi sous l'enseigne " Audio Select ", a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle pour les années 2012, 2013 et 2014, au cours de laquelle il a indiqué avoir, en outre, exercé, au cours de la période vérifiée, une activité de régisseur, que l'administration a regardée comme une activité occulte, pour laquelle une vérification de comptabilité a été entreprise pour les années 2006 à 2011, au regard du délai de reprise prolongé prévu, en cas d'activité occulte, par les articles L. 169 et L. 176 du livre des procédures fiscales. Si M. A n'a pas contesté les rectifications au titre de l'impôt sur le revenu et de la taxe sur la valeur ajoutée qui en ont résulté au titre des années 2012 à 2014 pour son activité de régisseur, ainsi que les intérêts de retard et la majoration de 10 % dont ces impositions supplémentaires ont été assorties, il a contesté, en revanche, la qualification d'activité occulte retenue par l'administration pour cette activité de régisseur, sur laquelle l'administration s'est fondée pour faire usage du délai de reprise prolongé et lui infliger la majoration de 80 % prévue au c) de l'article 1728 du code général des impôts. Il demande, en conséquence, par deux requêtes distinctes qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un même jugement dès lors qu'elles présentent à juger les mêmes questions et qu'elles ont fait l'objet d'une instruction commune, la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquels il a été assujetti au titre des années 2006 à 2011, en droits et pénalités, et de la majoration de 80 % pour activité occulte dont ont été assortis les rappels de taxe sur la valeur ajoutée et les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour les années 2012 à 2014.

Sur la qualification d'activité occulte et sur le délai de prescription :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 176 du livre des procédures fiscales : " Pour les taxes sur le chiffre d'affaires, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année suivant celle au cours de laquelle la taxe est devenue exigible conformément aux dispositions du 2 de l'article 269 du code général des impôts. / Par exception aux dispositions du premier alinéa, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle la taxe est devenue exigible conformément aux dispositions du 2 de l'article 269 du code général des impôts () lorsque le contribuable exerce une activité occulte. L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite ". Aux termes des dispositions de l'article L. 169 du même livre, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. () / Par exception aux dispositions du premier alinéa, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due, lorsque le contribuable exerce une activité occulte. L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite ". Dans le cas où un contribuable n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire, ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, son activité est réputée occulte s'il n'est pas en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ses obligations déclaratives.

3. En l'espèce, M. A ne conteste pas avoir exercé, outre son activité déclarée d'achat et de vente de matériel hi-fi sous l'enseigne " Audio Select ", pour laquelle il a déposé les déclarations qu'il était tenu de souscrire, une activité de régisseur, qui n'a, quant à elle, donné lieu à aucune information auprès d'un centre de formalités des entreprises ou auprès du greffe du tribunal de commerce. Il est, en outre, constant qu'il n'a relaté cette activité ni sur ses déclarations de résultats, ni sur ses déclarations de taxe sur la valeur ajoutée, et il indique, dans ses écritures, qu'il " aurait dû déclarer les revenus tirés de ces prestations et qu'il aurait dû acquitter l'impôt sur le revenu et la taxe sur la valeur ajoutée y afférents ", reconnaissant ainsi la méconnaissance de ses obligations déclaratives s'agissant de cette activité. Si M. A soutient que cette activité de régisseur était indissociable de son activité de négoce en matériel hi-fi, il se prévaut, pour expliciter cette activité, de la définition du dictionnaire selon laquelle le régisseur supervise l'organisation matérielle et logistique d'un spectacle, sans être plus précis quant à la teneur exacte de ses propres prestations. Au regard de cette définition, il ne peut sérieusement soutenir qu'une telle activité s'apparenterait au négoce de matériel hi-fi. S'il fait état de ce que ces prestations lui permettraient de faire la promotion du matériel hi-fi qu'il vend sous l'enseigne " Audio Select ", il n'apporte à cet égard aucune précision sur les modalités concrète de cette promotion et sur ses résultats, pas plus qu'il n'apporte d'éclairage sur le fait qu'un tel cumul d'activités serait ou non usuel au sein de la profession. Par ailleurs, ni le fait que l'activité de régisseur ne soit pas illicite et ne relèverait pas de l'économie souterraine, ni le fait que certaines factures, qu'il produit, aient été établies à l'entête d' " Audio Select ", ni le fait que certains revenus issus de cette activité auraient été inclus dans ses déclarations de résultat, ni le fait que les déclarations établies par les sociétés clientes étaient susceptibles de rendre ces prestations décelables par l'administration fiscale, ne font, par eux-mêmes, obstacle à ce que l'activité en litige soit qualifiée d'occulte. Il en est de même de la circonstance que certaines sommes liées à cette activité auraient été versées sur un compte bancaire et non en espèces, alors, au demeurant, que l'administration soutient, sans être utilement contredite, que la détection de l'activité est liée à la découverte de sommes importantes retracées sur le compte bancaire personnel de M. A et non sur son compte professionnel. Enfin, M. A n'établit pas, par ses allégations, qu'il aurait commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ses obligations déclaratives pour cette activité. Il ne saurait, à cet égard, soutenir qu'il aurait entendu régulariser sa situation avant même de faire l'objet d'un contrôle du seul fait qu'il aurait encaissé des honoraires versés pour des prestations de régisseur sur son compte professionnel et non sur son compte personnel en juillet 2015, une semaine avant la date d'émission de l'avis d'examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle. Dans ces conditions, l'administration était fondée à retenir l'existence d'une activité occulte de régisseur exercée par M. A au titre des années en litige.

4. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le requérant entrait dans le champ d'application des dispositions précitées des articles L. 176 et L. 169 du livre des procédures fiscales. Par suite, l'administration disposait d'un droit de reprise élargi et le moyen tiré de la prescription des années en litige doit être écarté.

En ce qui concerne l'application de la doctrine fiscale :

5. Le requérant n'est pas fondé à se prévaloir du point 30 de l'instruction ministérielle codifiée au bulletin officiel des finances publiques sous la référence BOI-CF-PGR-10-70, qui précise que le fait de ne pas déclarer un établissement secondaire se livrant à la même activité n'autorise pas l'administration à faire usage du délai de reprise de dix ans pour la partie de l'activité qui n'a pas été déclarée, dès lors qu'il ne se trouve pas dans une telle situation.

Sur la majoration de 80 % pour activité occulte :

6. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : (..) ; c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte ".

7. Eu égard à ce qui a été dit au point 3, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, du caractère occulte de l'activité. M. A n'est dès lors pas fondé à contester la majoration de 80 % qui lui a été appliquée sur le fondement des dispositions précitées.

8. Le requérant ne saurait, enfin, se prévaloir du point 50 de l'instruction ministérielle codifiée au bulletin officiel des finances publiques sous la référence BOI-CF-INF-10-20-10, qui précise qu'à la différence des activités occultes, les activités annexes ou connexes à une activité régulièrement déclarée, découvertes lors d'un examen contradictoire de situation fiscale personnelle ne peuvent donner lieu, le cas échéant, qu'à une majoration pour manquement délibéré ou manœuvres frauduleuses telle que prévue à l'article 1729 du code général des impôts, dès lors qu'il ressort de ce qui a été dit précédemment que son activité de régisseur devait être regardée comme une activité occulte.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. A doivent être rejetées, y compris les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

Mme Belkacem, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

Le président,

C. C

L'assesseure la plus ancienne,

N. BELKACEM

La greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/2-3 et 2104005/2-3

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