lundi 31 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2104219 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | WEICHELDINGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 1er mars 2021 et le 26 janvier 2022, M. et Mme C et A B, agissant au nom de leur fils mineur D B, et représentés par Me Weicheldinger, puis par Me Potin, demandent au tribunal :
1°) de condamner la Ville de Paris à indemniser les préjudices subis par leur fils et par eux-mêmes, à la suite de sa chute d'une structure de jeux le 30 janvier 2020, à concurrence de la somme globale de 13 878,10 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 13 octobre 2020 et de leur capitalisation ;
2°) de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le caractère dangereux de l'ouvrage public constitué par la structure de jeux sur laquelle s'est blessé leur fils est de nature à engager la responsabilité de la Ville de Paris pour défaut d'aménagement ou d'entretien normal ;
- le préjudice résultant directement de la faute s'élève à la somme totale de 13 878,10 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2021, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en tant qu'elle est dirigée contre la Ville de Paris alors que, lors de la survenance de l'accident, la surveillance de l'enfant incombait à son enseignante exclusivement, l'Etat étant par suite seul responsable ;
- à titre subsidiaire, aucune faute ne lui est imputable.
Par une ordonnance du 27 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 28 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n°96-1136 du 18 décembre 1996 fixant les prescriptions de sécurité relatives aux aires collectives de jeux ;
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Saint Chamas,
- les conclusions de M. Lahary, rapporteur public,
- et les observations de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Le 30 janvier 2020, l'enfant D B, alors âgé de quatre ans, s'est blessé au visage sur la partie saillante en métal d'une structure de jeux située dans la cour de l'école maternelle Louis Vierne (Paris 17ème) où il était scolarisé. Transporté aux urgences de l'hôpital Necker, il a subi la pose de cinq points de suture, qui lui ont laissé une cicatrice au visage. Estimant que la Ville de Paris avait commis un manquement en raison de la dangerosité de la structure de jeux, M. et Mme C et A B, agissant au nom de leur fils D B, ont sollicité le 13 octobre 2020 le versement d'une indemnité de 13 878,10 euros. Leur recours indemnitaire a été rejeté par une décision du 8 janvier 2021. Par leur requête, M. et Mme B demandent au tribunal de condamner la Ville de Paris à leur verser la somme totale de 13 878,10 euros en indemnisation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait du défaut d'aménagement et d'entretien normal de l'ouvrage public en cause.
Sur la responsabilité de la Ville de Paris :
2. Aux termes de l'article L. 212-4 du code de l'éducation : " La commune a la charge des écoles publiques. Elle est propriétaire des locaux et en assure la construction, la reconstruction, l'extension, les grosses réparations, l'équipement et le fonctionnement, à l'exception des droits dus en contrepartie de la reproduction par reprographie à usage pédagogique d'œuvres protégées () ".
3. En premier lieu, la Ville de Paris, à qui incombe l'entretien des bâtiments scolaires et de leurs dépendances, n'est pas fondée à soutenir que l'action en responsabilité que M. et Mme B ont intenté contre elle en se prévalant d'un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public est mal dirigée et comme telle irrecevable. En supposant même que, le jour de l'accident, le personnel enseignant ait manqué à son obligation de surveillance des enfants, ces circonstances sont sans influence sur la responsabilité de la Ville de Paris envers la victime, et seraient seulement de nature à permettre à cette collectivité d'exercer, si elle s'y croit fondée, une action récursoire contre l'Etat. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée par la Ville de Paris doit être écartée.
4. En second lieu, il appartient à l'usager d'un ouvrage public qui demande réparation d'un préjudice qu'il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre le préjudice invoqué et l'ouvrage. Le maître de l'ouvrage ne peut être exonéré de l'obligation d'indemniser la victime qu'en rapportant, à son tour, la preuve soit de l'entretien normal de l'ouvrage, soit que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure.
5. Il résulte de l'instruction, notamment de la déclaration d'accident rédigée le 7 février 2020 par la directrice de l'école où était scolarisé D B et des photographies produites au dossier, et il n'est pas sérieusement contesté, d'une part, que l'enfant a chuté du haut de la structure de jeux installée dans la cour de récréation, se blessant au front contre une partie en métal rigide et saillante située au bas de la structure et, d'autre part, que cette chute est à l'origine de la cicatrice permanente et visible qu'il présente au-dessus du sourcil gauche. La Ville de Paris ne soutient ni que D aurait fait une utilisation inappropriée de la structure ludique en cause, ni qu'un événement de force majeure serait à l'origine de l'accident. Par ailleurs, la circonstance qu'un rapport d'inspection de la société ayant installé la structure, en date du 11 septembre 2019, ait considéré l'équipement en cause comme " satisfaisant " est sans incidence dès lors que ce rapport ne se prononçait pas spécifiquement sur la partie saillante métallique litigieuse. Il en va de même de la circonstance, à la supposer établie, selon laquelle aucun accident préalable impliquant cette partie n'ait été à déplorer avant l'accident litigieux. Dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard au très jeune âge des enfants scolarisés dans l'établissement et alors qu'il est constant que la partie sur laquelle D a chuté présente un aspect métallique rigide et coupant et n'était pas protégée par un matériel d'amortissement approprié, en méconnaissance de l'exigence de sécurité fixée au II de l'annexe du décret n°96-1136 du 18 décembre 1996 fixant les prescriptions de sécurité relatives aux aires collectives de jeux, les requérants sont fondés à soutenir que le défaut d'entretien normal de l'ouvrage public en cause est à l'origine du dommage subi par leur fils et de nature à engager la responsabilité de la Ville de Paris à leur égard.
Sur les préjudices :
6. Il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire subi par D, totalement le 30 janvier 2020 puis à hauteur de 25% du 31 janvier au 30 avril 2020, et à hauteur de 10% du 1er mai au 16 septembre 2020, date de la consolidation, en lui allouant à ce titre une somme de 365 euros.
7. Les souffrances endurées par D ont été évaluées dans le rapport d'expertise, établi le 23 septembre 2020 et soumis au débat contradictoire, à 2 sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi à ce titre en le fixant à 1 500 euros.
8. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'indemniser le préjudice esthétique temporaire subi par D, dès lors que les points de suture, par ailleurs posés sur une courte période seulement, ne constituent pas une altération majeure de l'apparence physique de l'enfant. Toutefois, le préjudice esthétique permanent, qui vise à réparer l'altération permanente de l'apparence physique résultant de l'accident et évalué à 1,5/7 au titre de la cicatrice sur le front de l'enfant, sera indemnisé à hauteur de 1 300 euros.
9. Les requérants sollicitent une indemnisation de 500 euros au titre du préjudice d'assistance par tierce personne subi, résultant du temps passé à l'apposition biquotidienne d'une pommade sur la cicatrice de leur enfant. Toutefois, dans les circonstances de l'espèce, la simple apposition d'une pommade sur le visage de leur enfant, qui ne saurait au demeurant être évaluée à plus de cinq minutes par jour, ne saurait être regardée comme un préjudice de nature à ouvrir droit à une indemnisation au titre de l'assistance par tierce personne.
10. De même, les requérants ne peuvent prétendre être indemnisés à hauteur de 97,20 euros au titre des frais de crème et sticks solaires achetés, dès lors qu'un tel traitement, quand bien même prescrit par ordonnance médicale, ne constitue pas un soin supplémentaire par rapport à ceux dispensés à tout enfant en période estivale indépendamment de tout accident.
11. Enfin, les requérants établissent la réalité des frais de transport et d'expertise qu'ils ont supportés à hauteur, respectivement, de 42,20 euros et 250 euros. Il y a lieu de leur allouer ces sommes en indemnisation des préjudices qu'ils ont personnellement subis. En revanche, ils n'établissent pas la réalité du préjudice professionnel invoqué par Mme A B en se bornant à produire une attestation non circonstanciée évaluant de manière abstraite ledit préjudice à partir du taux de facturation horaire pratiqué par le cabinet d'avocats où elle exerce sa profession.
12. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la Ville de Paris à verser aux requérants, en leur qualité de représentants légaux de leur fils, une somme de 3 165 euros, et en leur nom propre, une somme de 292,20 euros. Ces sommes porteront intérêt au taux légal à compter du 13 octobre 2020, date de la demande préalable. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 1er mars 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 13 octobre 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
13. Il y enfin lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La Ville de Paris versera à M. et Mme B, en leur qualité de représentants légaux de leur fils mineur D, la somme de 3 165 euros, ainsi que la somme de 292,20 euros, au titre de leurs préjudices propres. Ces sommes porteront intérêts au taux légal à compter du 13 octobre 2020. Les intérêts échus à la date du 13 octobre 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : La Ville de Paris versera à M. et Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 741-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C et A B et à la Ville de Paris.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Huin-Morales, conseiller,
Mme de Saint Chamas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 202La rapporteure,
M. de SAINT CHAMAS
Le président,
J. SORIN
La greffière,
B. CHAHINE
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026