jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2104458 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | JORION |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 5 et 25 mars 2021 et le 20 mai 2022, Mme C E H, représentée par Me Jorion, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser la somme globale de 30 429,19 euros en réparation de ses préjudices ;
2°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'AP-HP a commis une faute dans le cadre de sa prise en charge à l'hôpital Bichat-Claude-Bernard à la suite d'une chute survenue le 8 mars 2017. A cet égard, l'absence de réalisation d'examens d'imagerie alors qu'elle présentait une plaie par fragments de verre constitue un manquement aux bonnes pratiques médicales, ainsi que l'a retenu l'expert dans son rapport du 12 octobre 2020. Si une exploration conforme de la plaie avait été effectuée, elle aurait pu éviter les douleurs et les complications qu'elle a endurées ;
- les préjudices subis résultant de ce retard de diagnostic doivent être évalués à la somme totale de 30 429,19 euros, se décomposant comme suit : 2 586,19 euros au titre des frais médicaux qu'elle a avancés, 3 700 euros au titre des frais d'expertise judiciaire, 1 800 euros au titre des frais de médecin-conseil, 1 500 euros au titre des honoraires d'avocat, 51 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire total, 150 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel, 2 732 euros au titre de l'assistance temporaire par tierce personne non spécialisée, 955 euros au titre des souffrances endurées, 955 euros au titre du préjudice esthétique, 2 000 euros au titre du préjudice d'agrément, 2 000 euros au titre du préjudice moral, 2 000 euros au titre du préjudice sexuel, 10 000 euros au titre du préjudice professionnel.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2022, le directeur général de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris conclut à ce que les sommes demandées par Mme E H soient ramenées à de plus justes proportions.
Il soutient que :
- l'établissement n'entend pas contester les fautes commises par l'équipe médicale de Bichat dans le cadre de la prise en charge de la requérante à la suite d'une chute survenue le 8 mars 2017 ;
- les demandes indemnitaires de Mme E H seront ramenées à de plus justes proportions.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pény,
- et les conclusions de M. Abrahami, rapporteur public.
Une note en délibéré, présentée pour Mme E H, a été enregistrée le 21 octobre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C E H, née le 3 octobre 1992, a été victime d'une chute à son domicile, le 8 mars 2017, et s'est blessée du côté gauche du cou en retombant sur un vase. L'intéressée a été conduite au service des urgences de l'hôpital Bichat-Claude Bernard où l'équipe médicale a posé des points de suture. Le 22 mars 2017, Mme E H est revenue à l'hôpital pour le retrait des points de suture. Compte tenu de l'état de son œil gauche, des examens d'imagerie ont été effectués, révélant la présence de trois éclats de verre dans le cou en contact avec la veine jugulaire gauche. Une exploration pour l'extraction des corps étrangers et la suture d'éventuelles plaies vasculaires a été réalisée le même jour. Mme E H a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Paris, qui a désigné, par ordonnances des 23 octobre 2018 et 2 mai 2019, le Dr B, neuropsychiatre, en qualité d'expert, et le Dr G, anesthésiste-réanimateur, en qualité de sapiteur. Leur rapport a été remis le 12 octobre 2020. Par un courrier du 23 novembre 2020, Mme E H a formé une demande préalable auprès de l'AP-HP, qui a été rejetée par une décision implicite du 23 janvier 2021. Par la présente requête, Mme E H demande au tribunal de condamner l'AP-HP à lui verser la somme globale de 30 857,19 euros en réparation de ses préjudices.
Sur la responsabilité de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris :
En ce qui concerne la prise en charge de Mme E H :
2. Aux termes des dispositions l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ".
3. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que la plaie par fragments de verre que présentait Mme E H lors de son arrivée aux urgences de l'hôpital Bichat, le 8 mars 2017, n'a fait l'objet d'aucun examen d'imagerie alors qu'une telle blessure nécessitait la réalisation d'une radiographie de l'épaule gauche et du cou puis une exploration chirurgicale des plaies, et non leur simple suture, afin de vérifier la présence de fragments de verre. Cette exploration n'a été réalisée que le 22 mars 2017, alors qu'un ptosis gauche, partie intégrante d'un syndrome dit de Claude Bernard-Horner, était apparu et que les fragments de verre étaient, pour deux d'entre eux, inclus dans une gangue inflammatoire. Le rapport conclut à cet égard que l'exploration de la plaie et l'exérèse immédiates des fragments de verre auraient sans doute permis d'éviter la survenue du ptosis. Au regard de l'ensemble de ces éléments, la prise en charge médicale de Mme E H n'a pas été conforme aux règles de l'art et aux données acquises de la science, l'AP-HP n'entendant pas, au demeurant, contester les manquements qui lui sont reprochés. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que l'équipe médicale de l'hôpital Bichat a commis une faute dans le cadre de sa prise en charge le 8 mars 2017 et à engager la responsabilité de l'AP-HP pour ce motif.
Sur les préjudices :
4. En application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale dans sa rédaction résultant de la loi du 21 décembre 2006 relative au financement de la sécurité sociale, le juge saisi d'un recours de la victime d'un dommage corporel et du recours subrogatoire d'un organisme de sécurité sociale doit, pour chacun des postes de préjudices, déterminer le montant du préjudice en précisant la part qui a été réparée par des prestations de sécurité sociale et celle qui est demeurée à la charge de la victime. Il lui appartient ensuite de fixer l'indemnité mise à la charge de l'auteur du dommage au titre du poste de préjudice en tenant compte, s'il a été décidé, du partage de responsabilité avec la victime ou, le cas échéant, de ce que cette responsabilité n'est engagée que dans la limite d'une perte de chance pour la victime d'obtenir une amélioration ou d'éviter une aggravation de son état. Le juge doit allouer cette indemnité à la victime dans la limite de la part du poste de préjudice qui n'a pas été réparée par des prestations, le solde, s'il existe, étant alloué à l'organisme de sécurité sociale.
5. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise établi le 12 octobre 2020, que l'état de santé de Mme E H était consolidé au 8 mars 2018. L'intéressée a droit à la réparation de ses préjudices.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
S'agissant des dépenses de santé à la charge de Mme E H :
6. Mme E H établit, par la production de plusieurs quittances de sa mutuelle ainsi que de notes d'honoraires, avoir engagé des frais médicaux, qui n'ont pas tous fait l'objet d'un remboursement par la sécurité sociale et par sa mutuelle. Ces frais présentent un lien direct et certain avec l'intervention initiale, à l'exception des frais de biologie du 22 avril 2017 d'un montant de 67,89 euros, dont il n'est pas établi qu'ils soient en lien avec le défaut de prise en charge dont elle a été victime. Il s'ensuit qu'il y a lieu de condamner l'AP-HP à verser une somme de 2 518 euros à Mme E H à ce titre.
S'agissant des frais d'assistance à tierce personne :
7. Il résulte de l'instruction que Mme E H a eu besoin de l'assistance d'une tierce personne pour les besoins de la vie quotidienne, pendant une heure par jour du 23 avril au 23 mai 2017, puis 30 minutes par jour jusqu'à la date de consolidation, le 8 mars 2018. En tenant compte d'un taux horaire de 14,87 euros pour 2017 et 15,06 euros pour 2018, le besoin d'assistance par tierce personne de Mme E H s'est élevé pour cette période à 2 691,60 euros.
S'agissant de l'incidence professionnelle :
8. Mme E H soutient que la gêne occasionnée à son œil gauche par l'absence de prise en charge adéquate de sa blessure au cou lui a fait perdre une chance de signer des contrats de prestation de service en tant que maquilleuse professionnelle. Toutefois, la requérante ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations permettant de caractériser en particulier une baisse de revenus sur la période considérée. Il s'ensuit que ce préjudice ne présente qu'un caractère éventuel et ne peut faire l'objet d'une indemnisation.
S'agissant des frais de médecin-conseil :
9. Mme E H établit, par la production d'une note d'honoraires du Dr D du 23 janvier 2020, avoir engagé des frais au titre des honoraires du médecin-conseil qui l'a assistée pour l'expertise, après l'avoir examinée. Par suite, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 1 500 euros à ce titre. En revanche, les frais d'avocat, présentés dans une facture du 12 février 2018 comme une " provision sur frais et honoraires ", d'un montant de 1 800 euros, correspondent à des frais non compris dans les dépens, qui doivent être réputés intégralement réparés, s'il y a lieu, par la décision que prend le juge dans l'instance en cause sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et ne justifie dès lors l'allocation d'aucune autre indemnité.
En ce qui concerne les préjudices extra patrimoniaux :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
10. Il résulte de l'instruction que Mme E H a souffert d'un déficit fonctionnel temporaire total pendant trois jours, les 22 mars, 23 mars et 22 septembre 2017, et d'un déficit fonctionnel temporaire partiel de 15 % entre le 8 et le 23 mars 2007. Il sera fait une exacte appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à une somme totale de 105 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
11. Compte tenu des souffrances physiques endurées par Mme E H, évaluées à 2 sur une échelle de 1 à 7 par l'expert, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en mettant à la charge de l'AP-HP la somme de 2 000 euros.
S'agissant du préjudice esthétique :
12. Il résulte de l'instruction que le préjudice esthétique de Mme E H a été évalué par l'expert à 2/7. Au regard de ces éléments, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à 1 000 euros.
S'agissant du préjudice d'agrément :
13. Mme E H soutient que la blessure dont elle a été victime l'empêche de pratiquer certaines activités sportives, notamment en raison de la mobilisation de son épaule gauche. Toutefois, elle n'assortit ses allégations d'aucun élément précis quant à la nature et la fréquence des activités sportives auxquelles elle s'adonnait antérieurement à l'accident dont elle a été victime. Il s'ensuit qu'elle ne peut prétendre à une indemnisation au titre de ce chef de préjudice.
S'agissant du préjudice sexuel :
14. Si la requérante allègue avoir subi un préjudice sexuel en raison de la faute commise par l'AP-HP, il ne résulte pas de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, qu'un tel préjudice serait constitué. Il s'ensuit qu'elle ne peut prétendre à une indemnisation au titre de ce chef de préjudice.
S'agissant du préjudice moral :
15. Si Mme E H soutient qu'elle a subi un préjudice moral du fait de sa perte de confiance dans le personnel médical, cette seule allégation ne permet pas de caractériser un préjudice certain, en l'absence notamment de toute précision, de témoignages ou d'attestations de nature à établir les conséquences concrètes du défaut de prise en charge de l'intéressée dans ses relations ultérieures avec le corps médical.
Sur les frais d'expertise :
16. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'État. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'État peut être condamné aux dépens. ".
17. Par une ordonnance du 17 mars 2021, les frais et honoraires de l'expertise ont été liquidés et taxés à la somme de 2 928 euros s'agissant du Dr B, expert désigné, et à 1 200 euros s'agissant du Dr F, sapiteur. Ces frais doivent être mis à la charge définitive de l'AP-HP.
Sur les frais liés au litige :
18. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP, partie perdante, la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme E H la somme de 9 814,60 euros en réparation de ses préjudices. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter de la date du présent jugement.
Article 2 : Les frais d'expertise, d'un montant total de 4 128 euros, sont mis à la charge définitive de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris.
Article 3 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera à Mme E H une somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme E H est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E H, à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Versol, présidente,
M. Pény, premier conseiller,
M. Doan, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
Le rapporteur,
A. Pény
La présidente,
F. VersolLa greffière,
A Cardon
La République mande et ordonne au ministre de la santé de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026