mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2105053 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | POUILHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11 mars 2021, 17 janvier, 27 février et 10 mars 2023, la société civile immobilière Les Guys, représentée par Me Rotkopf, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 avril 2018 par laquelle la directrice générale de l'Agence nationale de l'habitat (ANAH) a retiré la subvention qu'elle lui avait accordée le 1er août 2013 pour un montant de 67 488 euros et lui a demandé le reversement de cette la somme ;
2°) de mettre à la charge de l'ANAH une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner l'ANAH au paiement des dépens.
La société requérante soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les dispositions du premier alinéa de l'article 15-A et le dernier alinéa de l'article 16 du règlement général de l'Agence nationale de l'habitat dans sa version approuvée le 17 octobre 2006, dès lors que la date à compter de laquelle l'ANAH devait calculer l'engagement de neuf ans était la date d'achèvement des travaux, à laquelle correspond également la date de déclaration d'achèvement des travaux, soit mai 2008 ;
- la circonstance que le logement situé au 4e étage de l'immeuble a été occupé, à compter de 2012, par un descendant des administrateurs de la société n'est pas un motif de rupture de l'engagement conclut avec l'ANAH, dès lors qu'il est démontré que l'appartement constituait la résidence principale de l'occupant ;
- le logement du 5e étage ne pouvait être remis en location au départ de son locataire, en 2016, en raison de son mauvais état.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 décembre 2022, 15 février, 7 mars et 10 mars 2023, le directeur de l'ANAH, représenté par Me Pouilhe, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la SCI Les Guys à lui verser la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens invoqués par la SCI Les Guys ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitat,
- l'arrêté du 17 octobre 2006 portant approbation du règlement général de l'Agence nationale de l'habitat,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de M. Guérin-Lebacq, rapporteur public,
- et les observations de Me Rotkopf, représentant la SCI Les Guys.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 11 juillet 2007, l'Agence nationale de l'habitat (ANAH) a attribué à la société civile immobilière Les Guys, une subvention pour travaux d'amélioration pour trois logements situés au 2 rue des Gravilliers à Paris. Après révision de l'engagement, la subvention versée à la société, le 26 novembre 2013 et portant finalement sur deux logements situés au 4e et 5e étages de l'immeuble, s'élevait à la somme de 66 166 euros. Par une décision du 30 avril 2018, la directrice générale de l'ANAH a retiré la subvention et demandé le reversement d'une somme de 67 488 euros, au motif que la société n'avait pas respecté les engagements de soumission aux contrôles de l'agence. Par la présente requête, la société demande l'annulation de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 321-3 du code de la construction et de l'habitat : " L'aide que l'Agence nationale de l'habitat accorde au propriétaire d'un logement à usage locatif pour y réaliser des travaux d'amélioration est subordonnée à la condition que le logement soit donné en location pendant une durée fixée par le règlement général de l'agence. ". Aux termes de l'article L. 321-4 du même code, dans sa version issue de la loi de finances n° 2021-1900 du 30 décembre 2021 : " Une aide particulière peut être accordée au propriétaire qui s'engage à respecter des obligations définies par voie de convention. La convention, conforme à des conventions types prévues par décret, détermine notamment : / a) Le cas échéant, les travaux d'amélioration qui incombent au bailleur ; / b) Le montant maximum des loyers ; / c) Les conditions d'occupation du logement et, le cas échéant, ses modalités d'attribution ; / d) Sa durée, qui ne peut être inférieure à six ans ; / e) Les conditions de sa révision et de sa résiliation ; / f) Les pénalités encourues en cas de méconnaissance des engagements conventionnels. / Le contrôle du respect de la convention est assuré par l'Agence nationale de l'habitat. () ". Aux termes du cinquième alinéa de l'article R. 321-21 du même code : " Le retrait et le reversement total ou partiel peuvent également être prononcés en cas de non-respect des prescriptions de la présente section ou des conventions conclues en application des articles L. 321-4 et L. 321-8, ou de toute autre convention liée au bénéfice des aides de l'agence, selon les modalités fixées par le règlement général de l'agence. Ce règlement prévoit une procédure de communication préalable et des éléments de calcul sur le montant du reversement et son actualisation indexée sur l'évolution de l'indice de référence des loyers mentionné à l'article 17-1 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs. ". Aux termes de l'article 15-A du règlement général de l'Agence nationale de l'habitat dans sa version approuvée par l'arrêté du 17 octobre 2006 applicable à la date d'octroi de la subvention : " Les logements pour lesquels la subvention est accordée doivent être loués pendant une période d'au moins neuf ans à compter de la date de déclaration d'achèvement des travaux. / La durée de neuf ans de mise en location peut être ramenée à six ans si l'immeuble ou le logement est repris, pour une occupation personnelle à titre de résidence principale, par le bénéficiaire de l'aide, son conjoint, son concubin ou son partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou par ses ascendants ou ses descendants. / Cette possibilité ne s'applique pas lorsque le bailleur, bénéficiaire de la subvention, a signé avec l'ANAH, une convention prévue à l'article L. 321-4 du CCH ou L. 321-8. () / La durée de neuf ans de mise en location n'est pas exigée également en cas de vacance du logement subventionné supérieure à un an lorsque le propriétaire apporte la preuve qu'il a mis en œuvre tous les moyens nécessaires à la recherche d'un nouveau locataire. / Pendant la durée de neuf ou six ans précitée, les logements donnés à bail ne peuvent être loués ou occupés à quelque titre que ce soit par les membres de l'indivision, les gérants, associés ou administrateurs des personnes morales, bénéficiaires de la subvention, ainsi que leurs conjoints, concubins ou partenaires liés par un pacte civil de solidarité. ". Aux termes de l'article 16 du même règlement dans sa version applicable au litige : " Pendant la période d'occupation des locaux subventionnés, le bénéficiaire de la subvention doit pouvoir justifier que le logement ayant fait l'objet de la subvention est régulièrement occupé et que les engagements souscrits sont respectés. / Le délégué local ou le délégataire peut demander communication des baux en cours, quittances ou tout élément de preuve qui justifient une occupation effective du logement. / Conformément aux dispositions de l'article R. 321-20 du CCH, le bénéficiaire de la subvention ou, le cas échéant, ses ayants droit doivent déclarer, dans un délai de deux mois suivant l'événement, au délégué local ou au délégataire, tout changement d'occupation, d'utilisation des logements ou toute mutation de propriété intervenant pendant la période mentionnée à l'article 15 du présent règlement. ".
3. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions pertinentes du code de la construction et de l'habitat, le règlement de l'Agence nationale de l'habitat, ainsi que les décisions d'octroi et de versement de la subvention litigieuse. Elle rappelle l'engagement souscrit par le bénéficiaire de louer le bien subventionné pour une durée de neuf ans à compter de la déclaration d'achèvement des travaux, et précise que la société requérante n'a pas respecté les engagements de soumission aux contrôles de l'Agence, dans les délais impartis, mentionnés à l'article 17 du règlement et repris dans le formulaire de demande de subvention signé par le bénéficiaire, de sorte que la subvention pouvait être retirée et son reversement demandé. La décision mentionne, par suite, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, la société requérante soutient que la déclaration d'achèvement des travaux a été communiquée à l'ANAH en mai 2008, de sorte que la date de prise d'effet des engagements retenue par l'agence, le 9 avril 2009, est erronée. Toutefois, d'une part, à supposer même que les engagements aient pris effet à compter du mois de mai 2008, cette circonstance est sans incidence sur la légalité du contrôle, qui a été initié par un courrier du 23 janvier 2017, dont la société requérante a pris connaissance, au plus tard, le 6 avril 2017, soit, à l'intérieur du délai de neuf ans mentionné à l'article 15-A du règlement de l'Agence précité. D'autre part, comme il sera dit au point suivant, la société requérante n'a pas été en mesure de justifier d'une location conforme aux engagements qu'elle avait souscrit pour l'ensemble de la période entre mai 2008 et mai 2017.
5. En troisième lieu, la société requérante soutient qu'elle a communiqué l'ensemble des pièces demandées par l'ANAH dans le cadre de son contrôle, attestant qu'elle remplissait les conditions fixées par les engagements qu'elle avait souscrits. Toutefois, pour ce qui concerne le logement du 4e étage de l'immeuble, si aucune des dispositions du règlement, dans sa version applicable à la date de la souscription des engagements, ne faisait obstacle à ce que le descendant de la présidente de la société occupe le logement, la société était cependant tenue de le louer dans les conditions fixées par le règlement et d'en justifier par les pièces mentionnées à l'article 16, jusqu'à ce que soit écoulé le délai de six ans mentionné au deuxième alinéa de l'article 15-A. En l'espèce, aucune pièce produite à l'instance ne permet de démontrer que ce fût le cas, dès lors que la société ne produit ni contrat de location, ni quittance de loyer, ni attestation d'assurance au nom de l'intéressé. Ni la lettre de la caisse d'allocations familiales datant de 2012, mentionnant que M. B détenait une carte d'allocataire et dont la société requérante soutient qu'elle avait été octroyée à l'intéressé au titre de l'aide pour le logement, sans qu'il soit possible de déterminer si celle-ci a été perçue au cours de l'ensemble de la période litigieuse, ni l'enveloppe d'un courrier envoyé par le département des anciens élèves de l'ESCP le 12 mai 2015, adressé à M. A B, au 2 rue Grainvilliers, ne suffisent à compenser le défaut de production des pièces précitées. Pour ce qui concerne le logement du 5e étage, la société requérante ne produit pas à l'instance les documents demandés par l'ANAH dans le cadre de son contrôle, en l'espèce, l'attestation d'assurance habitation en cours de validité et souscrite par le locataire, ainsi que sa dernière quittance de loyer. Dans ces conditions, la société ne démontre pas que les appartements ayant fait l'objet de la subvention litigieuse ont été loués dans des conditions conformes au règlement précité de l'ANAH. Par suite, pour ce seul motif, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le moyen tiré de l'impossibilité de mettre en location l'appartement du 5e étage en raison de son état dégradé, circonstance qui n'est, au demeurant, pas démontrée au regard du caractère peu probant des pièces et photographies produites par la société requérante, l'Agence pouvait décider de retirer la subvention octroyée et en demander le reversement.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la société civile immobilière Les Guys doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et, la société requérante étant la partie perdante à l'instance, celles présentées sur le fondement l'articles L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu en revanche de mettre à la charge de la SCI Les Guys la somme de 1 000 euros à verser à l'ANAH au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
7. Enfin, il ne résulte pas des pièces du dossier que la SCI Les Guys ait engagé des frais au titre des dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société civile immobilière Les Guys est rejetée.
Article 2 : La société civile immobilière Les Guys versera à l'Agence nationale pour l'amélioration de l'habitat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Les Guys et au directeur de l'Agence nationale pour l'amélioration de l'habitat.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laloye, président,
Mme Roussier, première conseillère,
M. Théoleyre, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.
Le rapporteur,
M. Theoleyre
Le président,
P. Laloye
La greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2105053/6-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026