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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2105089

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2105089

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2105089
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET LEXCASE (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mars 2021, la société Karavel, représentée par Me Apelbaum, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception n° 980000 007 008 075 250512 2020 0026692 émis à son encontre le 27 juillet 2020 ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer les titres correspondants ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre contesté n'est pas signé ;

- il est entaché d'un vice de forme dès lors qu'il ne mentionne pas les nom, prénom et qualité de son émetteur ;

- il n'indique pas suffisamment les bases de liquidation en méconnaissance de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 ;

- le montant de la créance est injustifié dès lors qu'un plafond de 15 000 euros aurait dû être appliqué.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par la société Karavel ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 12 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 octobre 2022.

Vu :

- le jugement n° 1701621/2-3 du 4 octobre 2018 du tribunal administratif de Paris ;

- l'arrêt n°18PA03782 du 9 juin 2020 de la cour administrative d'appel de Paris ;

- le jugement n° 1912276/2-1 du 16 mars 2021 du tribunal administratif de Paris ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de M. Mazeau, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Au terme d'un contrôle réalisé en février 2016, le directeur départemental de la protection des populations de Paris a dressé, le 17 juin 2016, à l'encontre de la société Karavel qui exerce une activité d'agence de voyages, un procès-verbal de manquements pour défaut de recueil du consentement auprès du consommateur pour le paiement d'une option supplémentaire, la case correspondant à l'assurance la plus chère étant précochée lors de la phase de paiement. Par une décision du 14 décembre 2016, le directeur départemental de la protection des populations de Paris lui a infligé une amende de 50 000 euros. La société Karavel a contesté cette décision devant le tribunal administratif de Paris, qui a rejeté son recours par un jugement du 4 octobre 2018 n° 1701621/2-3, confirmé par un arrêt du 9 juin 2020 n°18PA03782 de la cour administrative d'appel de Paris. Par un jugement du 4 octobre 2018 n° 1719337/2-3, le tribunal a annulé le titre de perception du 9 mars 2017 émis pour le recouvrement de l'amende de 50 000 euros. Un nouveau titre de perception, émis le 13 février 2019, a été annulé par le jugement du 16 mars 2021 n° 1912276/2-1 du tribunal administratif de Paris. Par la présente requête la société Karavel demande l'annulation du nouveau titre de perception émis le 27 juillet 2020 pour le recouvrement de cette amende de 50 000 euros et de la décharger du paiement de cette somme.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Les dispositions du V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 prévoient que pour l'application de ces dispositions " aux titres de perception délivrés par l'Etat en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'Etat ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ".

3. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'Etat doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur.

4. En l'espèce, le titre de perception adressé à la société requérante mentionne bien les nom, prénom et qualité de l'ordonnateur, Mme C A, qui est l'auteur de cette décision et l'administration produit en défense l'état récapitulatif des créances pour mise en recouvrement qui comporte la formule exécutoire et la signature de celle-ci. Dès lors, le moyen tiré du défaut de signature du titre litigieux doit être écarté, sans que puisse être utilement invoquée une ambiguïté résultant de la mention figurant dans l'objet de ce titre qui indique qu'il convient de contacter Mme D M., pour toute question relative à cette somme à payer.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation ". En vertu de ces dispositions, l'Etat ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par une référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge de ce débiteur.

6. En l'espèce, le titre de perception contesté indique avec précision qu'il a été émis pour le recouvrement de l'amende administrative infligée à la société Karavel par la décision n° DDPP75 2016 26417 du 14 décembre 2016. Il résulte de l'instruction que cette décision avait été précédemment adressée à la requérante, qui l'a d'ailleurs contestée en justice. Par suite, la société Karavel n'est pas fondée à soutenir que le titre de perception contesté n'indiquait pas suffisamment les bases de la liquidation.

7. En troisième lieu, si la société Karavel conteste le montant de l'amende qui lui a été infligée, elle n'est pas recevable à exciper de l'illégalité de la décision du 14 décembre 2016, qui est devenue définitive, après que le recours qu'elle a formé contre cette décision ait été rejeté par le jugement du tribunal administratif de Paris n° 1701621/2-3 du 4 octobre 2018, confirmé par un arrêt définitif de la cour administrative d'appel de Paris n°18PA03782 du 9 juin 2020.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par la société Karavel tendant à l'annulation du titre de perception n° 980000 007 008 075 250512 2020 0026692 émis le 27 juillet 2020 doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

9. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société Karavel doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Karavel est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Karavel, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, au directeur départemental de la protection des populations et au directeur des créances spéciales du Trésor.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Evgénas, présidente,

Mme Laforêt, première conseillère,

M. Halard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

La rapporteure,

L. B

La présidente,

J. EVGÉNAS

La greffière,

M-C. POCHOT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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