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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2105092

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2105092

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2105092
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantLACAZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires en réplique, enregistrés les 10 mars, 3 décembre et 20 décembre 2021, M. B D, représenté par Me Lacaze, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 160 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- c'est à tort que l'administration fiscale a regardé comme des revenus distribués les prestations d'intermédiation comptabilisées en charges par la société LR Immo Développement ;

- c'est à tort que l'administration fiscale a imposé ces revenus distribués entre ses mains dès lors qu'il n'était pas le maître de l'affaire dans la société LR Immo Développement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendues, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Mazeau, rapporteur public,

- et les observations de Me Lacaze, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. La société LR Immo Développement, qui exerçait alors une activité de conseil aux entreprises en matière de développement et d'implantation commerciale et de transactions immobilières, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016, à l'issue de laquelle le service lui a notifié le 20 octobre 2017 des rehaussements en matière d'impôt sur les sociétés résultant de la remise en cause de la déduction de charges de sous-traitance. Par une proposition de rectification du 23 avril 2018, les sommes en cause ont été regardées comme des revenus distribués au sens du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts et imposées à l'impôt sur le revenu entre les mains de son dirigeant, M. D, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers au titre des années 2015 et 2016. Par une décision d'admission partielle du 8 janvier 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris a accepté d'admettre en déduction 50 % des charges en cause et a prononcé la réduction des impositions à l'impôt sur le revenu en résultant pour M. D. Par la présente requête, M. D demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux restant à sa charge, pour un montant total, en droits et pénalités, de 33 076 euros.

Sur le bien-fondé des impositions :

2. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés. ". En cas de refus des propositions de rectifications par le contribuable, qu'elle entend imposer comme bénéficiaire des sommes regardées comme distribuées, comme c'est le cas en l'espèce, il incombe à l'administration d'apporter la preuve de l'existence et du montant des revenus distribués et de leur appréhension par le contribuable. Toutefois, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.

En ce qui concerne l'existence et le montant des revenus distribués :

3. A l'issue des opérations de contrôle dont a fait l'objet la société LR Immo Développement, le service a réintégré dans ses résultats imposables des années 2015 et 2016 des honoraires relatifs à des prestations d'assistance et de conseil versés aux sociétés LR Conseils, VR Finances et Rousselot Conseil au motif que ceux-ci n'étaient pas justifiés. Si M. D soutient qu'ils ont rémunéré des prestations " préparatoires " à des transactions immobilières sous-traitées par LR Immo Développement, qui ne disposait d'aucun moyen humain et matériel et que cette stratégie a permis à la société de développer son activité et son chiffre d'affaires, il se borne à produire, pour justifier de la matérialité de ces prestations, quelques courriels échangés avec ces sociétés émanant de lui-même ou de M. C, alors associé de LR Immo développement et de LR Conseil, éléments qui, ainsi que l'a relevé le service, ne permettent pas de déterminer au nom de quelle société agissaient ces dirigeants dès lors que M. D était président de LR Immo Développement et de VR Finances et que M. C était associé de LR Immo Développement et dirigeant de LR Conseils. Dans son avis du 28 janvier 2019, la commission départementale des impôts indirects et des taxes sur le chiffre d'affaires de Paris a d'ailleurs indiqué qu'elle donnait un avis favorable au maintien des rehaussements notifiés à la société LR Immo Développement en soulignant que, si la réalité de l'intermédiation des dirigeants des sociétés LR Conseils, VR Finances et Rousselot Conseil n'était pas contestée en elle-même, les documents produits ne permettaient pas d'identifier la personne morale ayant exécuté chacune des prestations litigieuses, en l'absence d'éléments permettant notamment de faire le lien avec la facturation émise. Si M. D fait également valoir que les prestations litigieuses ont consisté, notamment, dans la confection de dossiers de présentation des biens immobiliers concernés, dans la mise en relation des personnes désireuses d'acheter, dans la transmission des informations permettant la prise de décision de contracter ou encore dans les réponses aux questions des intervenants, il ne produit toutefois aucun élément à l'appui de ses allégations, sans qu'il puisse utilement soutenir que le caractère immatériel des prestations s'opposerait à la production de justifications. Enfin, M. D ne produit pas davantage de documents, par exemples des devis, contrats ou courriers fixant les modalités d'intervention préalable à la facturation qui permettraient d'éclairer la nature des relations commerciales nouées par LR Immo Développement avec ses sous-traitants, la teneur des prestations sous-traitées et d'apprécier le taux des honoraires versés.

4. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration a réintégré au bénéfice imposable des exercices 2015 et 2016 de la société LR Immo Développement les commissions litigieuses et les a considérées comme des revenus distribués conformément aux dispositions précitées des articles 109, 1, 1° et 110 du code général des impôts.

En ce qui concerne l'appréhension des revenus distribués :

5. Il n'est pas contesté qu'au titre des années 2015 et 2016 en litige, M. D détenait 60 % du capital de la société LR Immo Développement, en était le président et dirigeant de droit et avait seul la signature sur les comptes ouverts au nom de la société. Il ressort par ailleurs de l'article 17 des statuts de cette société que son président représente la société dans ses rapports avec les tiers et est investi, à ce titre, des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute circonstance au nom de la société. L'administration relève enfin sans être contredite que M. D s'est comporté comme tel tout au long des opérations de contrôle dont a fait l'objet la société. Si le requérant soutient qu'il n'était pas le maître de l'affaire dès lors qu'il exerçait ses fonctions en étroite relation avec M. C, son associé, lequel participait activement à la vie sociale de la société et exerçait de fait un contrôle sur les actions qu'il entreprenait, il se borne à produire une convention de rémunération passée par LR Immo Développement avec une entreprise tierce, signée par M. C, mais qui n'est ni datée ni signée par le représentant de cette dernière entreprise, une attestation de l'expert-comptable de LR Immo Développement du 6 avril 2021 qui se limite à indiquer que M. C " a toujours joué un rôle actif dans cette société en qualité d'associé ", un courrier signé par M. C au nom de la société LR Immo Développement daté de mars 2018, et des courriels échangés avec son associé, éléments qui révèlent simplement que M. C intervenait ponctuellement dans le suivi de certains projets. Ces éléments ne suffisent toutefois pas à établir que M. D n'était pas seul maitre de l'affaire et n'aurait pas, de ce fait, appréhendé les sommes distribuées par la société LR Immo Développement. C'est donc à bon droit que l'administration a imposé les sommes en cause entre les mains de M. D au titre des années 2015 et 2016.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par M. D doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris, pôle juridictionnel administratif.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Evgénas, présidente,

Mme Laforêt, première conseillère,

M. Halard, premier conseiller.

Lu en audience publique le 13 décembre 2022.

Le rapporteur,

G. A

La présidente,

J. EVGENAS

La greffière,

M.-C. POCHOT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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