jeudi 1 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2105195 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | BERTRAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 mars 2021, complétée par un mémoire du
8 novembre 2022, Mme D B, représentée par Me Bertrand, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser les sommes de 180 000 euros, 60 000 euros et 19 168 euros correspondant respectivement au préjudice de carrière, au préjudice moral et au préjudice financier qu'elle estime avoir subis du fait des fautes commises par le ministère de la justice dans la gestion de sa carrière ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
- l'administration a commis de nombreuses fautes dans la gestion de sa carrière depuis son affectation en qualité de substitut général à la Cour d'appel de Paris ;
- ces agissements fautifs sont constitutifs d'un harcèlement moral ;
- elle a également été victime d'une discrimination à raison de son état de santé ;
- l'ensemble des agissements fautifs lui ont causé des préjudices moral et financier ainsi qu'un préjudice de carrière.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2022, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 8 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au
5 décembre 2022.
Deux mémoires, présentés par Mme B, ont été enregistrés les 1er mars et
11 mai 2023, soit après la clôture d'instruction, et n'ont pas été communiqués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance n° 58-1270 du 22 décembre 1958 modifiée portant loi organique relative au statut de la magistrature ;
- le décret n° 93-21 du 7 janvier 1993 pris pour l'application de l'ordonnance n° 58-1270 du 22 décembre 1958 modifiée portant loi organique relative au statut de la magistrature ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Feghouli,
- les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bertrand, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, magistrate de l'ordre judiciaire, a été nommée à la Cour d'appel de Paris le 1er septembre 2014 en qualité de substitute générale à la division de la chambre de l'instruction, affectée dans une chambre en charge du contentieux de la santé publique, de la presse et des accidents collectifs ainsi que du contentieux du Tribunal de grande instance de Bobigny. A compter du mois d'octobre 2017, la requérante est affectée au département des affaires civiles, familiales, des mineurs et des professions. Le 12 novembre 2020, Mme B a formulé une demande indemnitaire préalable auprès du garde des sceaux, ministre de la justice pour obtenir une indemnisation des préjudices résultant, selon elle, de la gestion fautive de sa carrière par son administration, constitutive d'une situation de harcèlement moral et de discrimination à raison de son état de santé. Le garde des sceaux, ministre de la justice a implicitement rejeté sa demande le 13 janvier 2021. Par la présente requête, Mme B demande la condamnation de l'Etat à l'indemniser des différents préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur la responsabilité :
S'agissant des conditions d'exercice des fonctions de Mme B à la Cour d'appel de Paris :
Sur la formation de la requérante
2. En premier lieu, aux termes de l'article 14 de l'ordonnance n° 58-1270 du
22 décembre 1958 portant loi organique relative au statut de la magistrature : " Les magistrats sont soumis à une obligation de formation continue. La formation continue est organisée par l'Ecole nationale de la magistrature dans les conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article 50 du décret n°72-355 du 4 mai 1972 relatif à l'Ecole nationale de la magistrature : " Tout magistrat suit chaque année au moins cinq jours de formation. Tout magistrat nommé à des fonctions qu'il n'a jamais exercées auparavant suit en outre, dans les deux mois qui suivent son installation, la formation à la prise de fonctions correspondante ". Aux termes de l'article 51-1 du même décret : " Les magistrats adressent chaque demande de participation aux actions nationales de formation à l'Ecole nationale de la magistrature ainsi qu'une copie à l'autorité chargée de l'évaluation de l'activité professionnelle, qui peut faire connaître, dans le délai de quinze jours, son avis à l'école sur les besoins de formation du magistrat tels qu'ils ont été éventuellement définis dans le cadre de la procédure d'évaluation dont celui-ci a fait l'objet. Les magistrats sont appelés à participer à ces actions par décision du directeur de l'école. La désignation des participants à chaque action est effectuée en tenant compte des vœux exprimés par les magistrats, des formations antérieurement suivies ainsi que des fonctions exercées. "
3. La requérante soutient, d'une part, qu'elle n'a pas bénéficié de la formation " Parquet général ", lors de sa prise de fonctions à la Cour d'appel de Paris. En défense si le garde des sceaux, ministre de la justice soutient que Mme B s'est désistée de ladite formation à laquelle elle avait pourtant été inscrite, il ne produit toutefois aucun document permettant d'établir, d'une part, que Mme B a bien été convoquée à cette session, d'autre part qu'elle s'en serait désistée. Dans ces conditions, et alors même que la nécessité de cette formation n'est pas contestée du fait des nouvelles fonctions de la requérante au Parquet général de la Cour d'appel de Paris, l'administration doit être regardée comme ayant commis une faute en ne faisant pas bénéficier Mme B de cette formation.
4. S'agissant d'autre part, de la formation continue des magistrats, si la requérante soutient ne pas en avoir bénéficié à compter de sa prise de poste en 2014 à la Cour d'appel de Paris, elle ne produit toutefois aucun document permettant d'établir qu'elle aurait candidaté aux sessions de formations continues dispensées, notamment, par l'Ecole nationale de la magistrature. Par ailleurs, le garde des sceaux, ministre de la justice défense, soutient, sans être sérieusement contesté que Mme B a été retenue à deux sessions de formation, au mois d'octobre 2014 et juin 2019, auxquelles elle ne s'est toutefois pas présentée. Par suite, l'administration n'a pas commis de faute à ce titre.
Sur l'évaluation biennale de la requérante
5. Aux termes de l'article 12-1 de l'ordonnance n° 58-1270 du 22 décembre 1958 portant loi organique relative au statut de la magistrature : " L'activité professionnelle de chaque magistrat fait l'objet d'une évaluation tous les deux ans. Une évaluation est effectuée au cas d'une présentation à l'avancement et à l'occasion d'une candidature au renouvellement des fonctions. Cette évaluation est précédée de la rédaction par le magistrat d'un bilan de son activité et d'un entretien avec le chef de la juridiction où le magistrat est nommé ou rattaché ou avec le chef du service dans lequel il exerce ses fonctions. L'évaluation des magistrats exerçant à titre temporaire est précédée d'un entretien avec le président du tribunal judiciaire auprès duquel ils sont affectés. L'évaluation est intégralement communiquée au magistrat qu'elle concerne. L'autorité qui procède à l'évaluation prend en compte les conditions d'organisation et de fonctionnement du service dans lequel le magistrat exerce ses fonctions. S'agissant des chefs de juridiction, l'évaluation apprécie, outre leurs qualités juridictionnelles, leur capacité à gérer et à animer une juridiction ".
6. Il est constant que Mme B n'a fait l'objet d'aucune évaluation professionnelle entre 2014 et 2019, contrairement à l'obligation édictée par les dispositions citées au point précédent. A cet égard, la circonstance, à la supposer établie, que cette absence d'évaluation n'aurait pas de liens avec les préjudices évoqués par la requérante, n'a, en tout état de cause, pas d'incidence sur l'existence d'une faute pour avoir méconnu l'obligation d'évaluation de
Mme B. Dans ces conditions, l'administration doit donc être regardée comme ayant commis une faute.
Sur les différentes affectations de la requérante au sein de la Cour d'appel de Paris
7. Mme B soutient qu'elle a fait l'objet, depuis sa nomination à la Cour d'appel de Paris en 2014, de nombreux changements d'affectation interne, sans aucune consultation préalable ni adéquation avec ses vœux professionnels, que cette gestion unilatérale, stigmatisante et sans lien avec l'intérêt du service, l'a placée dans une situation d'échec professionnel. Elle allègue par ailleurs avoir été maintenue sans affectation réelle ni dossier pendant plusieurs semaines.
8. Il résulte de l'instruction, que suite à sa nomination à la Cour d'appel de Paris en septembre 2014, Mme B a initialement été affectée à la chambre d'instruction " 7.4 " en charge du contentieux de la santé publique, de la presse et des accidents collectifs ainsi que du contentieux du tribunal judiciaire de Bobigny, fonctions où elle avait notamment en charge la gestion de l'affaire du " Médiator " dont elle a été toutefois déchargée dès le mois de février 2015. En octobre 2017, la requérante est affectée au département des affaires civiles, familiales, des mineurs et des professions, en charge de la rédaction de conclusions sur des questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) et sans présence aux audiences. A compter du mois de juin 2018, Mme B change de nouveau d'affection et est chargée de représenter le ministère public aux audiences de la chambre 3-7 en charge des tutelles et se voit également confier dès le mois de juin 2019 les contentieux des nationalités et des hospitalisations d'office.
9. S'il est constant que tout au long de son affectation au parquet général près la Cour d'appel de Paris entre 2014 et 2020, la requérante a changé a de nombreuses reprises d'affectations et de fonctions, il résulte toutefois de l'instruction et notamment du rapport de l'inspection générale de la justice de janvier 2021 portant " Enquête administrative relativement au comportement de Mme D B ", établi contradictoirement, et faisant état de nombreux témoignages de collègues et de supérieurs hiérarchiques de la requérante, que les changements en cause, résultaient tous des réelles difficultés rencontrées par Mme B dans l'exercice de ses fonctions et répondaient ainsi à un objectif d'adaptation des postes aux capacités professionnelles et personnelles de la requérante. Il ressort également que ces changements de fonctions ont fait l'objet d'échanges préalables avec la requérante et, pour certains, répondaient mêmes aux souhaits de cette dernière, qui avait notamment souhaité quitter la division des chambres de l'instruction, ce qui fut acté dès le mois d'octobre 2017. Aussi, à l'exception de la décision de lui confier la gestion du dossier " Mediator ", dont il est constant qu'elle relevait d'un niveau de difficultés manifestement incompatible avec les capacités d'un magistrat nouvellement affecté à la Cour d'appel, et dont elle fut déchargée rapidement, les décisions d'affectation successives prises par son administration gestionnaire, correspondaient à la fois à l'intérêt du service, aux souhaits et aux difficultés rencontrées par la requérante dans l'exercice de ces missions, et partant ne révèlent aucune faute, ni sanction déguisée.
10. En outre, si la requérante soutient avoir été maintenue sans affectation réelle ni dossier, une première fois en septembre 2017, d'avril à juin 2019, puis enfin en mars 2019, il résulte toutefois de l'instruction, d'une part, qu'elle a été en congés de maladie ordinaire les
14 et 15 septembre 2017, puis de nouveau à compter du 22 septembre jusqu'au 15 octobre 2017, d'autre part qu'elle n'a pas été en capacité de traiter les questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) qui lui avaient confiées au cours de l'année 2018, n'en traitant qu'une dizaine en sept mois, dont une partie avec l'aide directe de son chef de service, et qu'enfin elle n'établit ni son défaut d'affectation réelle ni l'absence de missions au titre du mois de mars 2019.
Sur les différentes demandes de mutations de la requérante entre 2014 et 2019
11. Aux termes de l'article 39 de l'ordonnance n° 58-1270 du 22 décembre 1958de l'ordonnance n° 58-1270 du 22 décembre 1958 précitée: " Les dispositions relatives à l'avancement ne s'appliquent pas aux nominations des magistrats hors hiérarchie. A l'exception des conseillers référendaires et des avocats généraux référendaires à la Cour de cassation, nul magistrat ne peut être nommé à un emploi hors hiérarchie s'il n'a exercé deux fonctions lorsqu'il était au premier grade et satisfait à l'obligation de mobilité prévue à l'article 76-4. Si ces fonctions présentent un caractère juridictionnel, elles doivent avoir été exercées dans deux juridictions différentes. Nul magistrat ne peut être nommé à un emploi hors hiérarchie à la Cour de cassation s'il n'est ou n'a été magistrat hors hiérarchie ou si, après avoir exercé les fonctions de conseiller référendaire ou d'avocat général référendaire à la Cour de cassation, il n'occupe un autre emploi du premier grade. Les emplois vacants de conseiller ou d'avocat général à la Cour de cassation sont pourvus, à raison d'un sur six, par la nomination d'un magistrat du premier grade ayant exercé les fonctions de conseiller référendaire ou d'avocat général référendaire pendant au moins huit ans. Les postes qui ne pourraient être pourvus, faute de candidats, par ces magistrats peuvent être pourvus par les magistrats mentionnés au troisième alinéa du présent article ".
12. Si Mme B soutient que son administration n'a jamais fait droit à ses demandes d'avancement et mutations entre les années 2014 et 2019, il résulte de l'instruction d'une part, que les postes hors-hiérarchie ou HEB bis sollicités étaient fortement concurrentiels et que d'autre part, les très sérieuses difficultés professionnelles et personnelles rencontrées par la requérante, relevées dès l'année 2015, et qui se sont accentuées les années suivantes jusqu'à la décision d'interdiction temporaire d'exercer prise le 24 septembre 2020, justifiaient les refus contestés. Il ressort par ailleurs du dossier, comme précédemment évoqué, que sur la période en cause, l'administration de la Cour d'appel de Paris s'est attachée à faire évoluer très régulièrement les fonctions de la requérante afin de lui permettre de faire face tant à ses difficultés professionnelles qu'aux très nombreux manquements personnels constatés par ses hiérarchies successives. Par suite, en refusant les avancements et mutations sollicités, l'administration n'a commis aucune faute.
Sur la baisse de sa prime modulable depuis l'année 2015 et la réduction de son salaire au mois de septembre 2020
13. Aux termes de l'article 1 du décret n° 2003-1284 du 26 décembre 2003 relatif au régime indemnitaire de certains magistrats de l'ordre judiciaire : " Dans la limite des crédits ouverts à cet effet, il peut être alloué aux magistrats de l'ordre judiciaire exerçant leurs fonctions en juridiction, à l'inspection générale de la justice et à l'Ecole nationale des greffes une indemnité destinée à rémunérer l'importance et la valeur des services rendus et à tenir compte des sujétions afférentes à l'exercice de leurs fonctions. Toutefois, les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux magistrats exerçant à la Cour de cassation, à l'exception de ceux exerçant les fonctions de premier président d'une cour d'appel, de président du tribunal judiciaire de Paris, de procureur de la République près ce tribunal, de procureur de la République financier près ce tribunal et de procureur de la République antiterroriste près ce tribunal. Cette indemnité comprend : a) Une prime forfaitaire ; b) Une prime modulable ". Aux termes de l'article 3 du même texte : " La prime modulable est attribuée en fonction de la contribution du magistrat au bon fonctionnement de l'institution judiciaire, notamment en tenant compte, le cas échéant, des attributions spécifiques qui lui ont été confiées et du surcroît d'activité résultant d'absences prolongées de magistrats ". Il ressort de ces dispositions, du fait du caractère limité du montant des crédits disponibles au titre de la prime modulable, qu'elles ont nécessairement pour effet que la contribution d'un magistrat au bon fonctionnement de l'institution judiciaire doit être appréciée, à l'occasion de la fixation de son taux individuel de prime, relativement à celle des autres magistrats du même ressort.
14. Mme B conteste les taux de prime attribués au titre de la période d'avril 2015 à octobre 2017 et de 2017 à 2019 et fixés respectivement à 11,5 points et 10 points contre une moyenne comprise entre 12 et 12,5 points pour ses collègues affectés aux mêmes missions. Il résulte toutefois de l'instruction, notamment des rapports du 26 septembre 2017 et du
2 octobre 2019 ainsi que du rapport précité de l'inspection générale de la justice de janvier 2021, qu'ont été relevés à l'encontre de la requérante et ce dès l'année de son affectation au parquet général, une incapacité chronique à traiter les missions qui lui étaient confiées, de très nombreux retards lors des audiences, nécessitant, à de nombreuses reprises, d'organiser en urgence son remplacement, des absences non justifiées, des comportements inadaptés aux audiences correctionnelles et civiles et plusieurs manquements à ses obligations déontologiques. L'ensemble de ces faits, dont la matérialité n'est pas sérieusement contestée par la requérante, qui a été entendue par l'inspection générale de la justice dans le cadre de l'élaboration de son rapport, justifie l'attribution des taux de primes contestés.
15. Enfin, si la requérante, allègue que la décision portant interdiction temporaire d'exercice ne lui aurait pas été notifiée, cette circonstance, à la supposer établie, est, en tout état de cause, sans lien avec la réduction de son traitement consécutif au non versement des primes attachées à l'exercice par les magistrats de l'ordre judiciaire de leurs fonctions en juridiction.
Sur l'enregistrement des congés 2018 sur son compte épargne temps
16. Aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 30 décembre 2009 relatif à la mise en œuvre du compte épargne-temps pour les agents du ministère de la justice et des libertés, de la grande chancellerie de la Légion d'honneur et pour les magistrats de l'ordre judiciaire : " L'alimentation du compte relève de la seule décision de l'agent ou du magistrat titulaire du compte. Les jours doivent être obligatoirement portés au cours de l'année au titre de laquelle ils sont octroyés. La quotité minimale de dépôt possible sur le compte épargne-temps est une journée. Le décompte s'effectue par journée entière. L'année de l'ouverture du compte, les jours sont épargnés sur la totalité de l'année civile, quelle que soit la date de l'ouverture du compte. L'agent ou le magistrat alimente une fois par an son compte par une demande expresse au plus tard le 31 décembre de l'année en cours ".
17. Si la requérante soutient que ses congés non pris au titre de l'année 2018 n'ont pas été déposés sur son compte épargne temps, elle n'établit toutefois pas en avoir fait la demande auprès de son administration gestionnaire.
Sur son changement de bureau, l'établissement des tours de permanence Parquet général et les prétendues atteintes à sa vie privée
18. En se bornant à faire état d'un changement de bureau, au demeurant justifié en défense par le déménagement du Tribunal de grande instance de Paris en 2018, de son exclusion injustifiée des tours de permanence mis en place au sein du Parquet général, ou encore de prétendues atteintes à sa vie privée, sans toutefois apporter d'éléments pertinents au soutien de ces allégations, la requérante n'établit pas, par ces seules allégations, la preuve d'une gestion fautive imputable à son administration.
Sur les saisines du comité médical ministériel
19. Aux termes de l'article 34 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Lorsqu'un chef de service estime, au vu d'une attestation médicale ou sur le rapport des supérieurs hiérarchiques, que l'état de santé d'un fonctionnaire pourrait justifier qu'il lui soit fait application des dispositions de l'article 34 (3° ou 4°) de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, il saisit le conseil médical de cette question. Il informe de cette saisine le médecin du travail qui transmet un rapport au conseil médical ".
20. Le comité médical ministériel a été saisi à deux reprises à l'initiative de l'administration, le 26 septembre 2017 et le 25 septembre 2018, aux fins de placement de
Mme B en congés longue maladie. Indépendamment même des avis rendus par ledit comité, sa saisine, contrairement à ce que soutient la requérante, était conforme aux dispositions de l'article 34 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 précité, en ce que l'état de santé de la requérante avait alerté tant ses collègues que sa hiérarchie et ce dès son affectation au parquet général. Il ressort ainsi du rapport de M. A, responsable des chambres correctionnelles, en date du 17 mai 2017, que " l'état de santé précaire de Mme B justifierait qu'elle soit examinée par un médecin de prévention ", d'un courriel de Mme C à la procureure générale, au mois de septembre 2017 disant craindre que " l'état de fragilité de (Mme B) soit un grand danger pour elle-même " et que partant l'état de santé de la requérante n'a cessé de se dégrader au fil des années, tel que le relève de manière peu contestable le rapport de l'inspection général de la justice de septembre 2021. Enfin, la requérante a elle-même saisi le comité médical le 28 février 2019, sans pour autant finaliser la procédure par l'envoi d'un certificat médical réclamé par le comité. Il résulte ainsi de l'instruction, que Mme B, présentait dès l'année 2014 un état de santé très préoccupant, qui compromettait largement l'exercice de ces missions au sein de la Cour d'appel. Partant, en saisissant à deux reprises comité médical ministériel de la situation de la requérante, l'administration a agi conformément aux textes applicables, et partant, n'a commis aucune faute.
Sur l'engagement d'une procédure disciplinaire
21. Aux termes de l'article 45 de l'ordonnance n° 58-1270 du 22 décembre 1958 portant loi organique relative au statut de la magistrature : " Les sanctions disciplinaires applicables aux magistrats sont : 6° La mise à la retraite d'office ou l'admission à cesser ses fonctions lorsque le magistrat n'a pas le droit à une pension de retraite ".
22. La requérante soutient que la procédure disciplinaire ouverte à son encontre est irrégulièrement fondée sur des motifs liés à son état de santé. Il résulte toutefois de l'instruction, que dès son affectation au parquet général de la Cour d'appel de Paris, la requérante a rencontré de très sérieuses difficultés professionnelles dans l'accomplissement des missions qui lui étaient confiées, et qui, pourtant, ont été régulièrement adaptées à ses capacités, que ses difficultés se sont aggravées au cours des années et ont été accentuées par les très nombreuses absences inopinées et retards de la requérante ainsi que par ses attitudes inadaptées en audience mais également à l'extérieur de la juridiction, préjudiciant gravement au fonctionnement et à l'image du parquet général. L'ensemble de ces faits, dont la matérialité et la gravité ne sont pas sérieusement contestée justifiait, contrairement à ce que soutient la requérante, l'engagement d'une procédure disciplinaire.
S'agissant du harcèlement moral :
23. Le fait, pour un magistrat dont la situation administrative est régie par l'ordonnance du 22 décembre 1958, de subir des agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel caractérise une situation de harcèlement moral.
24. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. D'autre part, pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui, le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime devant alors être intégralement réparé.
25. Mme B soutient avoir fait l'objet d'un comportement assimilable à du harcèlement moral de la part de sa hiérarchie et avoir été discriminée à raison de ses problèmes de santé. Il résulte toutefois de l'instruction, conformément aux points précédemment évoqués, qu'alors même que la requérante faisait face à de très sérieuses difficultés professionnelles, sa hiérarchie a continuellement tenté d'adapter les missions qui lui étaient confiées, à la fois dans leur nature et dans leur modalité d'exercice et ce dans une démarche bienveillante. Il ressort clairement du rapport de l'inspection générale de la justice de janvier 2021 portant " Enquête administrative relativement au comportement de Mme D B ", qu'aussi bien les collègues que les supérieurs hiérarchiques de la requérante ont eu à cœur de l'accompagner dans l'accomplissement de ses missions, et ce en dépit notamment, de ses nombreuses absences et retards dont ils subissaient collectivement les conséquences. Dès lors, Mme B n'apporte pas d'éléments suffisamment probants pour permettre de faire présumer l'existence des agissements discriminatoires et du harcèlement dont elle s'estime victime.
Sur les préjudices allégués et le lien de causalité :
26. Mme B se prévaut de préjudices de carrière, financier et moral, dont elle sollicite l'indemnisation.
27. Il résulte de ce qui précède que l'administration a seulement commis deux fautes, la première tirée du défaut de formation liée à la prise de poste de la requérante au parquet général, la seconde tirée de l'absence d'évaluation entre 2014 et 2019 et seuls les préjudices en résultant peuvent être indemnisés.
28. Pour regrettables qu'elles soient, ces fautes de gestion, sont toutefois sans lien direct avec les préjudices de carrière et financier dont se prévaut la requérante, et qui découlent directement de ses propres manquements professionnels et déontologiques et de son déni quant à la nécessité d'une prise en charge adaptée de sa pathologie addictive. Elle n'est ainsi pas fondée à demander sur le fondement de ces illégalités fautives la réparation des préjudices de carrière et financier allégués.
29. Compte tenu des fautes susmentionnées, l'administration a toutefois nécessairement engendré un préjudice moral à la requérante. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par Mme B en condamnant l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros.
30. 3. Il résulte de tout ce qui précède que le préjudice total de Mme B s'établit à la somme de 1 000 euros.
Sur les frais liés au litige :
31. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme B la somme de 1 000 euros en réparation de son préjudice moral.
Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gros, président,
M. Feghouli premier conseiller,
M. Rebellato, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2022.
Le rapporteur, Le président,
M. E
La greffière,
S. PORRINAS
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026