mardi 7 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2105534 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET REINHART, MARVILLE, TORRE (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire en réplique, un mémoire récapitulatif et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 16 mars, 1er octobre, 22 octobre 2021 et 23 janvier 2023, la société Groupama Paris Val de Loire, représentée par Me Levain, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 454 244,41 euros correspondant à l'indemnité d'assurance qu'elle a versée à son assurée, la CCPMA Prévoyance, dans les droits de laquelle elle est subrogée, en réparation des préjudices provoqués par une fusée parachute lancée depuis un cortège de manifestants le 14 juin 2016 et la somme de 65 276,54 euros correspondant aux frais exposés à l'occasion d'opérations d'expertise ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité de l'Etat est engagée sur le fondement de l'article L.211-10 du code de la sécurité intérieure ;
- la responsabilité de l'Etat est engagée pour faute ;
- la responsabilité de l'Etat est engagée pour rupture d'égalité devant les charges publiques ;
- elle a subi des préjudices financiers correspondant au coût de la remise en état, évalué à un montant final de 383 880,29 euros TTC et à des pertes de loyers et charges de l'appartement situé aux cinquième et sixième étages de l'immeuble pour sa réfection, pour un montant total de 70 364,12 euros.
Par deux mémoires en défense enregistrés respectivement les 23 juillet et 13 octobre 2021, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience. Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le décret n° 2020-1406 du 18 novembre 2020,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Loire.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B ;
- les conclusions de M. Dubois, rapporteur public ;
- et les observations de Me Gilavert, représentant la société Groupama Paris Val de
Considérant ce qui suit :
1. Lors d'une manifestation contre la loi dite " travail ", qui s'est tenue, le 14 juin 2016, autour du boulevard du Montparnasse, une fusée parachute a été lancée et a provoqué un incendie sur la toiture de l'immeuble sis 17, rue Littré (75006), qui a endommagé l'immeuble, bâtiment locatif géré par la société Groupama Immobilier, pour le compte de son propriétaire, CCMA Prévoyance. Par la présente requête, la société Groupama Paris Val de Loire, subrogée dans les droits de son assurée, la société CCPMA Prévoyance, demande au tribunal, sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure, de mettre à la charge de l'Etat les sommes de 454 244,41 euros en réparation des dommages subis par la société CCPMA Prévoyance en raison de cet incendie et la somme de 65 276,54 euros correspondant aux frais exposés à l'occasion d'opérations d'expertise qu'elle a elle-même réglés.
Sur la responsabilité de l'Etat sans faute :
2. Aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens. () ". L'application de ces dispositions est subordonnée à la condition que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés commis par des rassemblements ou des attroupements précisément identifiés.
3. Si, aux termes de cet article, l'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens, le préfet de police rappelle à juste titre que l'application de ces dispositions est subordonnée à la condition que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou délits commis par des rassemblements ou attroupements précisément identifiés. Mais il résulte de l'ensemble des pièces du dossier, et notamment des témoignages et des conclusions du rapport d'expertise, que l'incendie, qui s'est déclaré le 14 juin 2016 sur la toiture de l'immeuble sis 17, rue Littré, trouve son origine dans le lancement d'une fusée de type parachute au cours de la manifestation qui se tenait, à cette date et au même moment, notamment à l'angle du boulevard du Montparnasse et de la rue de Rennes. Le rapport d'expertise retient qu'il ne fait pas de doute que la fusée lancée à partir de la manifestation est à l'origine de l'incendie. Si le représentant de l'Etat soutient que ce lancer de fusée serait le fait de groupuscules, voire d'un commando, sans lien avec la manifestation, il résulte de plusieurs témoignages concordants, et notamment de celui d'un salarié qui regardait la manifestation depuis son bureau au 52ème étage de la tour Montparnasse, et d'une passante, que la fusée est partie de la manifestation avant d'atterrir sur la toiture de l'immeuble en cause. De surcroît, si le procès-verbal d'ambiance produit par l'Etat mentionne la présence ce jour-là d'individus ayant, à plusieurs reprises au cours de l'après-midi, tenté de perturber la manifestation et de se livrer à des actes de violence en divers points, et que le préfet de police évoque la présence d'un black bloc, il ne ressort pas des pièces du dossier que le lancer de la fusée à l'origine des dommages leur serait imputable, quand bien même l'heure du lancer serait intervenue entre 16h25 et 17h. De même, la circonstance que le procès-verbal de visionnage de trois caméras de vidéosurveillance de la zone, situées sur la place du 18 juin 1940, mais qui n'étaient, au demeurant, pas orientées vers la rue de Rennes, dressé le 28 juin 2016, indique que les images enregistrées par ces caméras lors de la manifestation ne font pas apparaître de départ de fusée, ne permet ni de remettre en cause ce lancement d'une fusée depuis le cortège constaté par plusieurs témoins, ni d'établir que celui-ci serait imputable à un individu ou groupuscule violent plutôt qu'aux participants à la manifestation. Aucune pièce versée au dossier ne permet ainsi de remettre en cause les conclusions rendues par l'expert. Par suite, le préfet de police n'est pas fondé à contester que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine d'infractions commises à l'occasion de ce rassemblement.
4. En outre, l'individu, qui a lancé la fusée, en pleine manifestation, a exposé directement autrui à un risque immédiat de mort ou de blessures de nature à entraîner une mutilation ou une infirmité permanente par la violation manifestement délibérée d'une obligation particulière de prudence ou de sécurité, et a également provoqué la dégradation involontaire d'un bien appartenant à autrui par l'effet d'un incendie provoqué par manquement à une obligation de prudence ou de sécurité imposée par la loi ou le règlement. Ainsi, cet acte a constitué les délits prévus et réprimés par les articles 223-1 et 322-5 précités du code pénal. Par suite, l'Etat est civilement responsable des dommages causés par ces agissements, sans que son représentant puisse faire utilement état de ce que les désordres n'auraient pas été causés de manière intentionnelle, cet élément intentionnel n'étant requis qu'en ce qui concerne la violation d'une obligation particulière de sécurité. Or, la méconnaissance délibérée de cette obligation de sécurité est établie en l'espèce, compte tenu du risque impliqué par le lancer de fusées en pleine rue au milieu de la foule, un jour de manifestation. Ainsi, le préfet de police n'est pas fondé à soutenir qu'en l'absence d'élément intentionnel des dommages subis, qui serait au demeurant davantage établi si, comme il le fait valoir par ailleurs, ces dégradations étaient le fait de groupuscules violents plutôt que de manifestants, la responsabilité de l'Etat ne pourrait être mise en cause sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.
Sur la réparation des préjudices :
5. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur ". Il appartient à l'assureur qui demande à bénéficier de la subrogation prévue par ces dispositions législatives de justifier par tout moyen du paiement d'une indemnité à son assuré. Il résulte en outre de ces dispositions que l'assureur n'est fondé à se prévaloir de la subrogation légale dans les droits de son assuré que si l'indemnité a été versée en exécution d'un contrat d'assurance. En revanche, l'application de ces dispositions n'implique pas que le paiement ait été fait entre les mains de l'assuré lui-même.
6. Il ressort des pièces du dossier que la société Groupama Val de Loire, assureur, a versé la somme de 100 000 euros à la société Groupama Immobilier gestionnaire de l'immeuble, son assurée et la somme totale de 354 244,61 euros à CCPMA Prévoyance propriétaire de l'immeuble, gérée par la société Groupama Immobilier, également assurée à ce titre de propriétaire, de la société Groupama Val de Loire. Ainsi, la somme totale versée et non contestée correspond au montant total demandé au titre de la réparation des préjudices causés par l'incendie à l'immeuble sis, 17, rue de Littré à Paris (75006).
En ce qui concerne les frais matériels :
7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'expertise, que les dommages subis dans l'immeuble sinistré, ont été provoqués à la fois par l'incendie lui-même et par l'eau d'extinction, l'incendie endommageant principalement la toiture et la charpente et l'eau d'extinction provoquant des dégâts très importants dans l'appartement situé aux 5ème et 6ème étage et des dégâts moindres dans la cage d'escalier et dans des appartements situés aux 6ème, 4ème et 2ème étages.
8. Le tableau d'état provisoire des factures et devis à venir, actualisé le 29 mars 2017 établi par le rapport d'expertise final du 3 avril 2017, faisant suite à l'ordonnance de référé rendue par le tribunal de grande instance de Paris le 9 septembre 2016, a été complété par un tableau actualisé définitif du chiffrage des dommages figurant en annexe du rapport d'expertise du 20 janvier 2020 effectué à la demande de la requérante. Il ressort de ces pièces, non contestées, que le montant total des mesures conservatoires s'élève à la somme de 81 879,39 TTC. Le montant des travaux de réfection de la charpente a été arrêté par l'expert judiciaire à la somme de 178 590,54 TTC euros, et à la somme de 206 588,04 TTC euros par l'expert de la compagnie d'assurance, qui n'a pas retenu une somme de 6 000 euros de location d'échafaudage comptabilisée par l'expert, mais a pris en compte le paiement d'un maître d'œuvre et la protection en tôle de l'échafaudage du premier étage. Il y a lieu de retenir ce dernier montant. Les travaux dans les parties communes, portant principalement sur l'électricité et la peinture, s'élèvent à la somme de 42 146,76 euros TTC. Les travaux de réfection des appartements ont été arrêtés à la somme de 51 541,74 euros par l'expert judiciaire, l'expert de la compagnie d'assurance les fixant à la somme de 53 266,10 euros TTC, qui comprend en sus, la remise en jeu de la porte d'un appartement, la remise en place d'un vitrage dans les parties communes et l'extension de sinistre de l'un des appartements. Il y a donc lieu de retenir ce dernier montant. Enfin, les loyers et charges non perçus des époux A, locataires du logement des 5ème et 6ème étages, qui ont dû quitter leur appartement sinistré, s'élève à la somme totale de 70 364,12 euros
TTC, pour la période du 14 juin 2016 au 17 décembre 2017. Le montant du préjudice dont la requérante est fondée à demander réparation s'élève donc à la somme de 454 244,61 euros.
En ce qui concerne les frais relatifs à des opérations d'expertise :
9. Les frais de l'expertise diligentée par la compagnie d'assurance en faisant appel au cabinet Texa Global, n'ont pas été utiles à l'établissement du préjudice, dès lors que l'expertise ordonnée par le juge judiciaire a permis de les établir. S'agissant des autres sommes demandées, de 1 572,40 €, au titre des frais des significations de l'assignation adressée aux autres parties en vue du référé expertise, de 33 447,69 euros au titre des frais d'avocat devant le juge judiciaire des référés, de 5 000 euros, au titre des frais de consignation de l'expert judiciaire, le lien de causalité avec le sinistre n'est pas établi, dès lors qu'ils ont été exposés dans le cadre d'une procédure engagée devant le juge judiciaire, incompétent.
10. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat doit être condamné à indemniser la société Groupama Paris Val de Loire, subrogée dans les droits de CCPMA Prévoyance, à hauteur d'une somme totale de 454 244,61 euros à raison des préjudices causés par l'incendie de l'immeuble sis 17, rue Littré..
Sur les frais d'instance :
11. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la société Groupama Val de Loire, subrogée dans les droits de CCPMA Prévoyance, la somme de 454 244,61 euros (quatre cent cinquante-quatre mille deux cent quarante-quatre euros et soixante et-un centimes).
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Groupama Val de Loire est rejeté.
Article 3 : L'Etat versera à la société Groupama Val de Loire la somme de 1 500 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Groupama Paris Val de Loire, au préfet de police et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Hermann Jager, présidente ;
- Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère ;
- et Mme Renvoise, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.
La rapporteure,
N. B
La présidente,
V. Hermann-Jager
La greffière,
C. Yahiaoui
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026