lundi 27 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2105851 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET SPHERANCE (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 19 mars 2021 et 14 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Visscher, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 24 688,70 euros avec intérêts au taux légal à compter du 23 novembre 2020 au titre du préjudice matériel qu'il a subi du fait du refus illégal, par le préfet de police, de renouveler son titre de séjour du 28 mars 2018 ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 5 000 euros avec intérêts au taux légal à compter du 23 novembre 2020 du fait du préjudice moral qu'il a subi du fait du refus illégal, par le préfet de police, de renouveler son titre de séjour le 28 mars 2018 ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 5 000 euros avec intérêts au taux légal à compter du 23 novembre 2020 au titre du préjudice moral qu'il a subi du fait du maintien illégal sous récépissé et d'une carte de séjour temporaire d'une durée de validité utile tronquée entre le 18 novembre 2015 et le 14 mai 2018 ;
4°) d'ordonner la capitalisation des intérêts jusqu'au parfait paiement ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- la responsabilité de l'Etat doit être engagée du fait de l'illégalité de l'arrêté du 28 mars 2018 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français ;
- il a subi, du fait de cette décision, un préjudice matériel estimé à 24 688,70 euros ainsi qu'un trouble moral également estimé à 5 000 euros ;
- la responsabilité de l'Etat doit être engagée du fait de son maintien sous récépissé ou carte de séjour temporaire entre le 18 novembre 2015 et le 14 mai 2018 ;
- la décision attaquée méconnaît les énonciations de la circulaire du 25 juin 2013 ;
- il a subi, du fait de cette décision, un préjudice moral estimé à 5 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2021, le préfet de police admet la responsabilité de l'Etat à hauteur de 25 658,70 euros et conclut au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que la responsabilité de l'Etat ne saurait être évaluée à une somme supérieure à 25 658,70 euros.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la demande de versement par l'Etat d'une somme de 5 000 euros avec intérêts au taux légal à compter du 14 juin 2017 au titre du préjudice moral que M. A soutient avoir subi du fait de son maintien illégal par le préfet de police sous récépissé et carte de séjour temporaire d'une durée de validité utile tronquée entre le 18 novembre 2015 et le 14 mai 2018, à défaut de demande indemnitaire préalable.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Huin-Morales,
- les conclusions de M. Lahary, rapporteur public,
- et les observations de Me Visscher, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant malien né en 1981, est entré en France le 17 décembre 2010 selon ses déclarations. M. A était titulaire d'un titre de séjour portant la mention " étranger malade ", qui lui a été délivré le 18 novembre 2015 sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions ont été reprises à l'article L. 425-9 du même code, valable jusqu'au 17 novembre 2016. Par un arrêté du 28 mars 2018, le préfet de police a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement. Par un jugement n° 1815420 du 27 novembre 2018, le tribunal administratif a rejeté la requête de M. A contre cet arrêté. Par un arrêt n°19PA01742 du 16 juillet 2020, la cour administrative d'appel de Paris a annulé ce jugement et a enjoint au préfet de police de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " étranger malade ". Par un courrier du 26 novembre 2020. M. A a demandé au préfet de police de réparer le préjudice résultant du refus illégal de renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par une décision du 23 janvier 2021, le préfet de police a implicitement rejeté cette demande. Par la présente requête, M. A demande au tribunal le versement d'indemnités au titre des préjudices matériel et moral qu'il a subis du fait de l'illégalité de l'arrêté du 28 mars 2018.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne l'arrêté du 28 mars 2018 :
S'agissant de la responsabilité de l'Etat :
2. Par l'arrêt n° 19PA01742 du 16 juillet 2020, la cour administrative d'appel de Paris a jugé que l'arrêté préfectoral du 28 mars 2018 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement était illégal et a enjoint au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour. Cette décision de justice est devenue définitive. L'illégalité fautive ainsi constatée est de nature à engager la responsabilité de l'Etat à raison des préjudices directs et certains qu'elle a causés à M. A.
S'agissant du préjudice indemnisable :
3. En premier lieu, M. A invoque un préjudice matériel, évalué à hauteur de 24 688,70 euros lié à l'interruption du versement de l'allocation adulte handicapé (AAH) entre le 1er avril 2018 et le 1er octobre 2020 fondé sur le refus de renouvellement de son titre de séjour. D'une part, il résulte de l'instruction, en particulier des différents récépissés de demande de renouvellement de titre de séjour, que M. A n'a subi une rupture d'indemnisation qu'entre le 14 avril 2018 et le 1er octobre 2020 et que, par suite, il n'est fondé à solliciter le versement d'une indemnité que pour cette période. D'autre part, il résulte également de l'instruction, en particulier des notifications et attestations de paiement établies par la caisse d'allocations familiales et produits par M. A lui-même, que la somme à percevoir pour la période du 1er avril au 31 septembre 2020 s'élevait à 902,70 euros, et non 907,70 euros, contrairement à ce qu'il soutient. Dans ces conditions, le montant du préjudice matériel subi par M. A s'élève à la somme de 24 658,70 euros.
4. En second lieu, M. A invoque un préjudice moral, évalué à hauteur de 5 000 euros. Il fait valoir que l'arrêté du 28 mars 2018 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour ne lui a pas permis de poursuivre ses formations en français, informatique et d'employé administratif d'accueil et qu'il a été privé de ressources. Toutefois, il n'établit pas la réalité de la perte de chances de réussir ni même de terminer ses formations. Dans ces conditions, et dès lors qu'il n'établit que la perte de versement de l'AAH et l'effet moral du refus de renouvellement, il sera fait une juste évaluation du préjudice moral invoqué en accordant à M. A la somme de 1 000 euros.
En ce qui concerne le maintien sous récépissé ou titre de séjour à durée de validité tronquée :
5. M. A soutient que le maintien sous récépissé ou titre de séjour à durée de validité tronquée du 18 novembre 2015 au 28 mars 2018 était fautive. Il se prévaut des énonciations de la circulaire du 25 juin 2013 relative aux conditions de renouvellement des titres de séjour. Toutefois, cette circulaire ne régissant que les dates de validité des titres de séjour dont le renouvellement est décidé par le préfet, M. A ne saurait l'invoquer ni s'agissant de la première délivrance de son titre de séjour valable du 18 novembre 2015 au 17 novembre 2016, ni s'agissant du renouvellement de ce titre, refusé par le préfet. En tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que les délais invoqués par le requérant révèleraient une faute de l'administration et alors au demeurant que M. A n'établit pas la réalité des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de ces délais. Par suite, la responsabilité de l'Etat ne saurait être engagée à son égard.
6. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de police doit être condamné à verser à M. A la somme de 25 658,70 euros, en indemnisation de ses préjudices matériels et moraux nés de la décision fautive du 28 mars 2018.
Sur les intérêts légaux et leur capitalisation :
7. En premier lieu, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. En l'espèce, M. A a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 25 658,70 euros, calculés à compter du 23 novembre 2020, date à laquelle sa demande indemnitaire préalable a été reçue par les services préfectoraux.
8. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 19 mars 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 23 novembre 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
Sur les conclusions relatives aux dépens :
10. Dès lors que l'instance ne comporte aucun dépens, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la requête tendant à la mise à la charge de l'Etat des entiers dépens.
D É C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme de 25 658,70 euros. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 novembre 2020. Les intérêts échus à la date du 23 novembre 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 13 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Errera, premier conseiller,
M. Huin-Morales, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2023.
Le rapporteur,
B. Huin-MoralesLe président,
J. SORINLa greffière,
B. CHAHINE
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026