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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2105978

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2105978

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2105978
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantSEBAN ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 22 mars 2021, 17 mai 2021, 31 mai, 30 juin, 18 juillet et 1er septembre 2022, Mme C A, représentée par Me Crusoé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 janvier 2021 par laquelle le président l'établissement public du musée d'Orsay et du musée de l'Orangerie-Valery Giscard d'Estaing a rejeté sa demande tendant d'une part à l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis à la suite d'une situation de harcèlement, et d'autre part de faire cesser la situation de mise à l'écart qu'elle subit ;

2°) d'enjoindre à l'établissement public du musée d'Orsay et du musée de l'Orangerie-Valery Giscard d'Estaing de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'établissement public du musée d'Orsay et du musée de l'Orangerie-Valery Giscard d'Estaing à lui verser une somme de 70 000 euros, sauf à parfaire, assortie des intérêts aux taux légal et de la capitalisation des intérêts ;

4°) de mettre à la charge de l'établissement public du musée d'Orsay et du musée de l'Orangerie-Valery Giscard d'Estaing une somme de 3 000 euros au titre des frais de justice.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée et est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit ;

- elle est victime d'un harcèlement moral se traduisant par une mise à l'écart.

Par trois mémoires en défense enregistrés les 9 mai, 29 juin et 18 juillet 2022, l'établissement public du musée d'Orsay et du musée de l'Orangerie-Valery Giscard d'Estaing, représenté par Me Carrere, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 2 000 euros au titre des frais de justice.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 1er septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au

21 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rebellato, rapporteur,

- les conclusions de M. Romain Hélard, rapporteur public,

- et les observations de Me Crusoe, représentant Mme A et de Me Verger représentant l'établissement public du musée d'Orsay et du musée de l'Orangerie-Valery Giscard d'Estaing.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, titulaire du corps des secrétaires de documentation, exerce les fonctions de régisseur d'œuvres d'art au sein de l'établissement public du musée d'Orsay et du musée de l'Orangerie-Valery Giscard d'Estaing depuis le 1er février 2013. Estimant être victime de harcèlement moral de la part de la cheffe de la régie des œuvres, à la suite du changement de présidence de l'établissement public, elle a sollicité, par un courrier du

16 novembre 2020 de faire cesser la situation de mise à l'écart dont elle estime être victime et de lui verser une indemnité de 35 000 euros en raison des préjudices qu'elle estime avoir subis à la suite de son harcèlement moral. Par une décision expresse du 21 janvier 2021, le président de l'établissement public du musée d'Orsay et du musée de l'Orangerie-Valery Giscard d'Estaing a rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de condamner cet établissement à lui verser la somme de 70 000 euros du fait d'un harcèlement moral dont elle s'estime victime.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, Il ressort des pièces du dossier que le courrier adressé le

16 novembre 2020 au président de l'établissement public du musée d'Orsay et du musée de l'Orangerie-Valery Giscard d'Estaing demande, en plus d'une indemnité au titre d'un harcèlement moral, que soient prises " toutes les mesures nécessaires propres à assurer la pleine insertion de Mme A au sein de l'équipe des régisseurs () ", et ne formule pas de demande de protection fonctionnelle ou ne vise l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983. Par suite, la décision du 21 janvier 2021 n'a pas pour objet de lui refuser la protection fonctionnelle mais a seulement pour objet de rejeter la demande préalable indemnitaire de Mme A.

3. D'autre part, il résulte de ce qui précède que la décision implicite de rejet de la demande indemnitaire de Mme A en date du 16 novembre 2020 a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de cette demande qui, en formulant les conclusions susanalysées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir des indemnités sollicitées au titre d'un harcèlement moral, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux, sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

4. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. "

5. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. Mme A soutient qu'elle est victime de harcèlement moral depuis l'arrivée de la nouvelle cheffe de la régie des œuvres, Mme B. Ce harcèlement se manifeste selon la requérante, par une mise à l'écart dès lors qu'elle ne dispose pas d'un bureau dans les locaux accueillant le service regroupant les personnels remplissant, au sein du musée, les mêmes fonctions, qu'elle n'assiste plus aux différentes réunions liées aux projets et aux réalisations des régisseurs d'arts, n'est plus destinataire des courriels relatifs à son service, n'avait plus de matériel informatique pendant le confinement et était à 100% en télétravail pendant cette période.

7. En premier lieu, il est constant que le bureau de Mme A n'était pas situé à proximité des bureaux dédiés au service de régie des œuvres, mais qu'il fallait traverser une vingtaine de bureaux pour y accéder. Toutefois, le bureau de la requérante se trouve à proximité immédiate de son responsable hiérarchique. Si Mme A soutient qu'elle était la seule à avoir un bureau éloigné, elle ne produit aucun commencement de preuve à l'appui cette allégation. A supposer même, l'établissement public du musée d'Orsay et du musée de l'Orangerie-Valery Giscard d'Estaing soutient sans être sérieusement contesté qu'aucun bureau n'était vacant au sein du service de régie des œuvres et qu'il est courant, compte tenu de la configuration des locaux du musée que des agents de l'établissement soient affectés sur des bureaux en dehors du service auquel ils appartiennent. Enfin, la requérante n'allègue ni n'établit que la distance, relative entre les différents bureaux serait pénible ou serait de nature à altérer ses conditions de travail.

8. En deuxième lieu, Mme A allègue qu'elle est écartée des différentes réunions liées aux projets et aux réalisations des régisseurs d'arts et qu'elle n'est plus destinataire des courriels relatifs à son service. Toutefois, Mme A n'indique pas à quelles réunions elle aurait dû assister alors qu'il ressort des pièces produites par l'établissement public du musée d'Orsay et du musée de l'Orangerie-Valery Giscard d'Estaing que la requérante participait aux réunions hebdomadaires du jeudi relatif au mouvement des œuvres. Par ailleurs la requérante indique dans ses écritures qu'elle assiste aux réunions du lundi matin relatives à la préparation des opérations d'accrochages.

9. En troisième lieu, il est constant que Mme A a été, durant le premier confinement de mars 2020, privée de son ordinateur portable, entraînant son placement en autorisation spéciale d'absence puis en télétravail à 100%. Toutefois, il résulte de l'instruction que pendant cette période, le musée qui était fermé a centré son activité sur des missions essentielles telles que la surveillance et l'entretien des bâtiments et des œuvres, la gestion des paies des personnels ou encore le paiement des factures. Le matériel informatique étant insuffisant, le choix de prendre l'ordinateur portable de Mme A pour le confier à un agent assurant des missions essentielles a été fait par le musée. Par suite, le retrait de son ordinateur portable et son placement dans en premier temps en autorisation spéciale d'absence puis en télétravail sont justifiés par l'intérêt du service. En outre, si elle allègue que son ordinateur portable n'a jamais été utilisé et que d'autres régisseurs n'étaient pas en autorisation spéciale d'absence mais étaient en télétravail avec un ordinateur, elle ne produit aucune pièce à l'appui de ces allégations alors que l'établissement public du musée d'Orsay et du musée de l'Orangerie-Valery Giscard d'Estaing soutient qu'aucun régisseur n'a reçu de matériel informatique.

10. En quatrième lieu, si la requérante allègue sommairement qu'elle a été privée des responsabilités qui sont celles de sa fiche de poste dès lors que des agents effectuent des travaux d'accrochage à sa place, cette circonstance qui n'est par ailleurs pas établie, n'est pas de nature à elle seule à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral ou la volonté de l'isoler.

11. Il résulte de ce qui précède que les faits énoncés par la requérante, pris ensemble ou séparément, et dont il ne résulte pas de l'instruction qu'ils seraient imputables à

Mme B, ne peuvent être regardés comme soumettant au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'agissements constitutifs de harcèlement moral à son encontre au sens des dispositions précitées de l'article 6 quinquiès de la loi du

13 juillet 1983 ou une mise à l'écart. Il en résulte que la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 qui dispose que " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail " aurait été méconnu alors qu'il n'est pas contesté que l'administration a réagi aux alertes de la médecine de prévention donnant lieu à un entretien. Enfin si Mme A se borne à invoquer de manière sommaire les articles L. 133-1 et

L. 411-5 du code général de la fonction publique relatifs au harcèlement sexuel d'une part et à la notion de grade d'autre part, elle n'apporte aucune précision à l'appui de ces moyens. Par suite, en l'absence de faute de nature à engager la responsabilité de l'établissement public du musée d'Orsay et du musée de l'Orangerie-Valery Giscard d'Estaing, les conclusions indemnitaires de Mme A ainsi que ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'établissement public du musée d'Orsay et du musée de l'Orangerie-Valery Giscard d'Estaing, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme A une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par l'établissement public du musée d'Orsay et du musée de l'Orangerie-Valery Giscard d'Estaing et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Mme A versera à l'établissement public du musée d'Orsay et du musée de l'Orangerie-Valery Giscard d'Estaing une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à l'établissement public du musée d'Orsay et du musée de l'Orangerie-Valery Giscard d'Estaing.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Nikolic, présidente,

M. Feghouli, premier conseiller,

M. Rebellato, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 30 mars 2023.

Le rapporteur,

J. REBELLATO

La présidente,

F. NIKOLIC

La greffière,

V. LAGREDE

La République mande et ordonne au ministre de la culture en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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