mardi 4 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2106202 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CLYDE & CO (LLP) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 25 mars 2021 et le 24 février 2022, la SCI 115-117 Champs-Elysées et la société Chubb European Group Limited, représentées par Me Le Calvez, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à verser à la SCI 115-117 Champs-Elysées la somme de 496,75 euros, en réparation des dommages occasionnés à un immeuble en marge de la manifestation des " gilets jaunes " du 16 mars 2019 ;
2°) de condamner l'Etat à verser à la société Chubb European Group Limited la somme de 44 405,77 euros, en réparation des dommages occasionnés à un immeuble en marge de la manifestation du 16 mars 2019 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- les trois conditions pour engager la responsabilité sans faute de l'Etat sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure, sont réunies ;
- conformément aux dispositions de l'article L.121-1 du code des assurances et de l'article 1251 du code civil, la société Chubb European Group Limited est subrogée dans les droits de son assurée à concurrence de la somme de 42 533,77 euros qu'elle a réglée à son assurée ; elle sollicite également l'indemnisation des frais d'expertise qu'elle a exposés à hauteur de 1 872 euros ;
- la SCI 115-117 Champs-Elysées sollicite le règlement de la franchise restée à sa charge d'un montant de 496,75 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2021, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par les sociétés requérantes ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 24 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Castéra ;
- les conclusions de Mme Ménéménis, rapporteure publique ;
- et les observations de M. A, représentant le préfet de police.
Considérant ce qui suit :
1.La société Chubb European Group Limited a versé à la SCI 115-117 Champs-Elysées, son assurée, qui est propriétaire d'un immeuble de bureaux situé 115-117 avenue des Champs Elysées dans le 8ème arrondissement de Paris, une somme en réparation de dommages occasionnés à cet immeuble. La société Chubb European Group Limited impute la cause des dégradations à des débordements commis en marge de la manifestation des " gilets jaunes " qui s'est tenue à Paris le 16 mars 2019. Agissant en sa qualité de subrogée dans les droits de son assurée, la société Chubb European Group Limited demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 44 405,77 euros. La SCI 115-117 Champs-Elysées demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 496,75 euros correspondant à la franchise restée à sa charge.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2.Aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens. " L'application de ces dispositions est subordonnée à la condition que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés, commis par des rassemblements ou attroupements précisément identifiés.
3.Il résulte de l'instruction que le représentant de la SCI 115-117 Champs-Elysées a indiqué dans son dépôt de plainte du 27 mars 2019, que le 16 mars 2019, entre 12h et 19h, en marge des manifestations des gilets jaunes, l'entrée de l'immeuble a été détruite, des vitres ont été cassées, deux portes automatiques en verre ont été arrachées et sont tombées à terre et enfin, que l'ensemble de la vitrine côté avenue du magasin Hugo Boss a été cassée. Le rapport d'expertise, établi le 26 juillet 2019 indique que " des malfaiteurs ont brisé les portes automatiques vitrées du bâtiment et ont tenté de s'introduire dans le hall d'entrée. Ils ont été repoussés par le service de gardiennage mis en place spécifiquement pour ces évènements, et en repartant ils ont brisé la vitrine côté 115 et ont tiré sur 2 vitrages du 2ème étage au moyen de flash balls ". Il ressort du procès-verbal d'ambiance et des articles de presse produits, que ce samedi 16 mars, des gilets jaunes se sont rassemblés place Charles de Gaulle, dès 8h30 et des " black blocs " étaient également présents à proximité de l'avenue des Champs-Elysées dès le milieu de la matinée. Les manifestants et les casseurs étaient rassemblés avenue des Champs-Elysées jusqu'en fin d'après-midi et de nombreux magasins situés sur l'avenue ont été cassés et pillés. En particulier, dès midi plusieurs barricades ont été enflammées et entre 12h07 et 12h20, le magasin Hugo Boss, situé à proximité immédiate de l'immeuble dégradé, a fait l'objet de dégradations importantes. En revanche, aucun élément du dossier ne permet d'identifier l'auteur des dégradations commises sur l'immeuble de bureaux. Dans ces conditions, compte tenu de la présence concomitante de manifestants et de casseurs à proximité de l'immeuble dégradé, et de l'absence d'éléments de nature à exclure le rattachement des dégâts commis à la manifestation, il y a lieu de retenir l'engagement de la responsabilité sans faute de l'Etat du fait d'un attroupement ou d'un rassemblement, au sens de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure. Par ailleurs, la dégradation d'un bien d'autrui par violence constitue une infraction pénalement réprimée.
Sur les préjudices :
4.Il résulte du rapport d'expertise que les dommages matériels ont été évalués à 36 832,39 euros hors taxe, incluant 496,75 euros de franchise. Ce montant, validé par l'expert de la préfecture de police, tient compte de la vétusté des équipements endommagés, qu'il convient de prendre en compte, contrairement à ce que soutiennent les sociétés requérantes. La société Chubb European Group Limited justifie par ailleurs avoir exposé des frais d'expertise d'un montant de 1 872 euros. Enfin, il résulte de l'instruction que la somme de 496,75 euros, correspondant à la franchise, est restée à la charge de la SCI 115-117 Champs-Elysées. Par suite, il y a lieu de condamner l'Etat à verser à la société Chubb European Group Limited la somme totale de 38 207,64 euros et à la SCI 115-117 Champs-Elysées la somme de 496,75 euros au titre des préjudices subis lors de la journée de manifestation du 16 mars 2019.
Sur les frais liés au litige :
5.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la société Chubb European Group Limited et à la SCI 115-117 Champs-Elysées d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la société Chubb European Group Limited une somme de 38 207,64 euros.
Article 2 : L'Etat est condamné à verser à la SCI 115-117 Champs-Elysées une somme de 496,75 euros.
Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à la société Chubb European Group Limited et à la SCI 115-117 Champs-Elysées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Chubb European Group Limited, à la SCI 115-117 Champs-Elysées et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Giraudon, présidente,
- Mme Marcus, première conseillère,
- Mme Castéra, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.
La rapporteure,
A. Castéra
La présidente,
M.-C. GiraudonLe greffier,
Y. Fadel
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026