lundi 13 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2106245 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET SULTAN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 24 mars 2021, le tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Paris, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête, enregistrée le 11 janvier 2021, présentée par la société civile Kalamar.
Par cette requête, la société civile Kalamar, représentée par la société d'ingénierie de construction durable, puis par Me Sultan, demande au tribunal de la décharger des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités y afférentes qui lui ont été notifiés au titre de la période allant du 1er avril au 31 décembre 2017.
Elle soutient que :
- son appartenance à un groupe informel de sociétés est légale et a pour but de mutualiser les moyens ; l'activité économique exercée est réelle ;
- l'absence de bureaux et de personnel s'explique par le recours à l'externalisation ;
- les factures des fournisseurs ont été payées par le biais de la compensation.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 septembre 2021, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société civile Kalamar ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 25 octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 25 novembre 2021.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de M. Lahary, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Kalamar a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er avril au 31 décembre 2017 en matière de taxe sur la valeur ajoutée, à l'issue de laquelle le service lui a notifié des rappels de taxe sur la valeur ajoutée déduite à tort, pour un montant total de 20 444 euros. Elle demande au tribunal de la décharger de ces rappels.
2. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération (). II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : () a. Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures. " Aux termes de l'article 283 du même code : " 4. Lorsque la facture ne correspond pas à la livraison d'une marchandise ou à l'exécution d'une prestation de services, ou fait état d'un prix qui ne doit pas être acquitté effectivement par l'acheteur, la taxe est due par la personne qui l'a facturée. " Aux termes de l'article 272 du même code : " 2. La taxe sur la valeur ajoutée facturée dans les conditions définies au 4 de l'article 283 ne peut faire l'objet d'aucune déduction par celui qui a reçu la facture. "
3. En vertu des dispositions combinées des articles 271, 272 et 283 du code général des impôts, un contribuable n'est pas en droit de déduire de la taxe sur la valeur ajoutée dont il est redevable à raison de ses propres opérations, la taxe mentionnée sur une facture établie à son nom par une personne qui ne lui a fourni aucun bien ou aucune prestation de services. Dans le cas où l'auteur de la facture était régulièrement inscrit au registre du commerce et des sociétés et assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée, il appartient à l'administration, si elle entend refuser à celui qui a reçu la facture le droit de déduire la taxe qui y était mentionnée, d'établir qu'il s'agissait d'une facture fictive ou d'une facture de complaisance. Si l'administration apporte des éléments suffisants permettant de penser que la facture ne correspond pas à une opération réelle, il appartient au contribuable d'apporter toutes justifications utiles sur la réalité de cette opération.
4. Il résulte de l'instruction, et notamment des termes de la proposition de rectification du 12 juillet 2019 faisant suite à la vérification de comptabilité de la société Kalamar intervenue entre le 20 octobre 2018 et le 12 février 2019 et portant sur la période allant du 1er avril au 31 décembre 2017, que la société requérante n'a jamais exercé aucune activité économique et qu'elle faisait partie d'un groupe informel de sociétés ayant pour objet d'obtenir de manière frauduleuse des remboursements de crédit de taxe sur la valeur ajoutée indus.
5. Pour contester les constatations effectuées par le service dans le cadre de la proposition de rectification précitée, la société requérante se borne à soutenir qu'elle exerce une activité économique réelle, que l'absence de bureaux et de personnel s'explique par le recours à l'externalisation et que les factures des fournisseurs ont été payées par le biais de la compensation. Toutefois, elle n'apporte, à l'appui de son argumentation, aucun élément de nature à corroborer la réalité de ces affirmations. Concernant l'absence d'activité économique, il résulte de l'instruction que la société, qui indique exercer une activité de bureau d'étude portant sur la conception de systèmes de construction de maisons en bois, ne dispose pas de locaux affectés à cette activité. Elle ne dispose d'ailleurs pas de personnel qualifié à ce titre et n'a versé aucun salaire en 2017. Il résulte également de l'instruction qu'aucune activité n'a été observée sur le compte bancaire de la société entre le 9 octobre et le 31 décembre 2017. Dans ces conditions, les éléments apportés par l'administration étant de nature à regarder comme établie l'absence de toute activité économique réelle, la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités y afférentes qui lui ont été notifiés au titre de la période allant du 1er avril au 31 décembre 2017.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société civile Kalamar doit être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société civile Kalamar est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile Kalamar et à la direction régionale des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 20 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Errera, premier conseiller,
M. Huin-Morales, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2023.
Le rapporteur,
A. ALe président,
J. SORINLa greffière,
B. CHAHINE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-
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01/06/2026