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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2106674

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2106674

mercredi 21 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2106674
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3e Section - 2e Chambre - R.222-13
Avocat requérantBROCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 mars 2021 et 2 septembre 2022, Mme B E, agissant en son nom personnel et au nom de ses deux enfants mineurs, représentée D, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'État à lui verser une somme de 76 000 euros, augmentée des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, en réparation des préjudices résultant de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de

1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'État est engagée sur le fondement de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dès lors qu'elle n'a reçu aucune offre de relogement alors qu'elle a été reconnue prioritaire par une décision de la commission de médiation ;

- elle subit des troubles dans ses conditions d'existence et un préjudice moral du fait de la carence fautive de l'État à le reloger.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2022, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris conclut à ce que l'indemnisation allouée soit réduite.

Il soutient que Mme E a été relogée le 15 mars 2022 et la responsabilité de l'État ne saurait être engagée au-delà de cette date.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 février 2021.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de Me Nagy substituant Me Brochard, avocat de Mme A-augustin.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la responsabilité :

1. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. () ".

2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une décision d'une commission de médiation en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, alors même que l'intéressé n'a pas fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation . Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.

3. Il résulte de l'instruction la décision de la commission de médiation du 13 décembre 2018 reconnaissant le caractère prioritaire de la demande de logement de Mme E n'a pas été exécutée dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l'habitation à compter de l'édiction de la décision de la commission. Cette carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à compter du 13 juin 2019 à l'égard de Mme E.

4. En revanche, il résulte également de l'instruction que Mme E a été relogée le 15 mars 2022. Elle se prévaut de désordres dans son nouveau logement et de désagréments liés à l'absence d'entretien des parties communes. Toutefois, ceux-ci ne sont pas établis, par les seules photographies produites en l'espèce, la requérante affirme par ailleurs que la superficie et le loyer du logement correspondent à ses besoins et capacités. Dans ces conditions, la responsabilité de l'Etat a pris fin à cette date.

Sur le préjudice :

5. Il résulte de l'instruction que le motif retenu par la commission de médiation dans sa décision du 13 juin 2019 pour reconnaître le caractère prioritaire et urgent de la demande de logement social de Mme E, a persisté jusqu'au 15 mars 2022, date à laquelle elle a été relogée. Elle a, dans un premier temps, été hébergée au sein d'une résidence sociale avec ses deux enfants mineurs. A partir du 30 août 2021, elle a été locataire d'un logement de type T3 de 66 m² pour un loyer mensuel de 1035, 62 euros, tandis que le total de ses ressources, constituées, pour l'essentiel, de prestations sociales, s'élevait à 1 550,42 euros. Dans ces conditions, l'intéressée est fondée à soutenir que le loyer de ce logement était disproportionné par rapport à ses moyens financiers. En revanche, la menace d'expulsion dudit logement dont se prévaut Mme E n'est pas établit dès lors qu'elle n'établit, ni même n'allègue qu'un jugement d'expulsion la concernant serait intervenu. Enfin, ainsi qu'il a été dit au précédent point, il résulte de l'instruction que Mme E a été relogée le 15 mars 2022, sans que les pièces versées au débat permettent d'établir les désordres dont elle se prévaut. Il suit de là que Mme E a subi nécessairement des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation dans les conditions indiquées au point 2. Compte tenu de ces conditions de logement, qui ont perduré du fait de la carence de l'État et de la durée de cette carence, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature subis par Mme E dans ses conditions d'existence en lui allouant une somme de

2 500 euros tous intérêts compris à la date de son relogement.

Sur les frais liés au litige :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme E une somme de 2 500 euros tous intérêts compris à la date de son relogement.

Article 2 : Les conclusions de la requête de Mme E sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 202Le magistrat désigné,

A. CLa greffière,

C. Latour

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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