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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2106781

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2106781

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2106781
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCABINET WTAP AVOCATS (F.WEYL - E.TAULET - M.AROUI - E.PIRE)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires enregistrés le 1er avril, le 28 juin et le

10 septembre 2021, M. F A, représenté par Me Goldnadel, demande au juge des référés du tribunal :

1°) de prescrire une expertise médicale, au contradictoire de la ville de Paris, l'Union nationale des centres sportifs de plein air (UNCPA), l'Association des naturistes de Paris en vue de déterminer les préjudices subis suite à sa noyade à la piscine Roger Le Gall dans le 12ème arrondissement le 20 mai 2019 ;

2°) de demander à l'expert de déposer un pré rapport avant le dépôt du rapport définitif ;

3°) de mettre à la charge solidaire de la Ville de Paris, l'UCPA et l'ANP la somme de 5 000 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- dans la perspective d'une action en responsabilité, la conduite d'une expertise est utile dès lors qu'il conserve de graves séquelles de son accident ;

- il a été victime d'un accident dans le bassin de la piscine municipale le lundi

20 mai 2019 alors âgé de cinquante-quatre ans, pendant qu'il nageait sur un créneau réservé à l'Association des naturistes de Paris et après s'être acquitté d'un droit d'entrée dès lors qu'il n'était pas membre de l'Association et qu'en l'absence des maitres-nageurs il a dû être secouru par d'autres nageurs dont l'un médecin de profession a débuté un massage cardiaque ;

- l'appel à la cause de la Ville de Paris en qualité de propriétaire de la piscine municipale, l'UCPA en qualité de gestionnaire d'un service public délégué et l'Association des naturistes de Paris qui occupait le créneau horaire par une convention d'occupation temporaire du domaine public lors de son accident est utile.

Par des mémoires, enregistrés le 20 mai, 2 juin et 18 août et le 3 novembre 2021, l'UCPA sport loisirs, et la LSU Roger Legall loisirs sportifs urbains Roger Legall, représentées par Me Taulet, demande la mise hors de cause de l'UCPA au motif qu'elle n'assurait pas la surveillance à l'heure de la baignade de M. A qui a été accidenté alors que la surveillance du bassin et la tenue des activités de la piscine relevait uniquement sur ce créneau de l'Association des naturistes de Paris qui était employeur des maîtres-nageurs présents ce soir-là. Elle conclut au rejet des conclusions présentées au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Par mémoires, enregistrés le 21 mai 2021 et le 21 juillet 2021 la ville de Paris, représentée par Me Falala, conclut à titre principal au rejet de la requête comme étant irrecevable, à titre subsidiaire à la mise hors de cause de la ville de Paris, et en tout état de cause sollicite de mettre à la charge du requérant la somme de 1 000 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par mémoires, enregistrés les 23 juin, 7 juillet, 14 août, 13 septembre et

29 septembre 2021, l'Association des naturistes de Paris, représentée par Me Kling, demande à titre principal, sa mise hors de cause et à titre subsidiaire, de compléter la mission de l'expert selon les termes de son mémoire et d'appeler à la cause l'assureur MAIF SOCIETE ; elle conclut également au rejet des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que l'UCPA est seul exploitant de la piscine et responsable de la sécurité de l'établissement à titre principal ; et qu'elle doit être mise hors de cause dès lors que le requérant ne lui avait fait parvenir aucune réclamation antérieurement à la mesure sollicitée.

Par des mémoires et pièces enregistrés le 15 novembre et 18 novembre 2021, Me Goldanel informe le tribunal du décès de M. A en date du 21 septembre 2021, avant de faire également savoir par mémoires des 26 septembre 2022 et 13 janvier 2023, que M. G A et M. C A reprennent à leur compte l'instance initiée par leur frère, et concluent au maintien des conclusions déjà déposées.

Par courrier en date du 21 mars 2023, Me Marion Gall se constitue en qualité de conseil de l'ANP, en lieu et place de Me Kling et confirme, en accord avec le dernier mémoire de sa consœur en date du 29 septembre 2021 que, à l'exclusion de toute autre compagnie d'assurance, seule la société MAIF ETA doit être appelée à la cause en qualité d'assureur de l'ANP.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R.532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".

2. Les frères de M. A, qui reprennent l'instance suite au décès de M. F A le 21 septembre 2021, font valoir que M. F A s'est rendu à la piscine Roger Le Gall le lundi 20 mai 2019, qui est réservée les lundi, mercredi et vendredi entre 21h00 et 23h00 par l'ANP pour la nage libre, des cours d'entraînement, d'aquagym et de sauvetage aquatique. N'étant pas membre de l'association, M. A a pu avoir un libre accès à la piscine ce même soir vers 21h00, en s'acquittant du montant de l'entrée. Victime d'un problème, il a exposé dans sa requête introductive avoir appelé le maître-nageur qui ne l'a pas vu et avoir été secouru par un autre nageur, tandis qu'il se noyait. Un autre nageur, médecin de profession, a dû commencer un massage cardiaque avant l'arrivée des pompiers. M. A a par suite été pris en charge par l'hôpital La Pitié Salpetrière dans le service de médecine intensive de réanimation puis en cardiologie. Depuis son retour chez lui le 7 juin 2019, son état de santé n'a cessé de se dégrader, et de nombreuses séquelles de l'accident le handicapent, occasionnant des troubles de la marche et de l'équilibre, de mémorisation, de concentration, d'élocution et d'écriture. Un temps de travail partiel pour cause d'ataxie et neuropathie sévère, lui a été prescrit à compter du 19 novembre 2020. La maison départementale des personnes handicapées (MDPH) a reconnu un taux d'incapacité compris entre 50 et 79% le 7 octobre 2020. Dans ces circonstances, les frères du requérant sollicitent la désignation d'un expert aux fins de déterminer les causes et l'évaluation des préjudices qu'ils estiment imputables à la prise en charge de M. F A lors de sa noyade.

3. La demande d'expertise entre dans le champ d'application de l'article R. 532-1 du code précité. La mesure est utile. Il y a lieu, par suite, de l'ordonner et de fixer la mission de l'expert tel que décrit à l'article 1er de l'ordonnance.

4. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. Il suit de là que les conclusions de la requérante, tendant à ce que l'expert communique un pré-rapport aux parties en leur fixant un délai pour formuler leurs dires auxquels il devra répondre dans son rapport définitif, ne peuvent qu'être rejetées.

5. La Ville de Paris sollicite sa mise hors de cause au motif que l'accident de M. A s'est produit lors d'une activité de natation dans un cadre de délégation de service public et dont l'exercice qui ne relève pas d'une prérogative de puissance publique et que le requérant lors de son accident n'était pas usager du service public mais membre d'une association de droit privé dans le cadre d'une activité de loisir ne remettant pas en cause le bon fonctionnement du bâtiment qui l'abritait. Il résulte toutefois de l'instruction que l'accident s'est produit dans le cadre d'une activité se déroulant dans une piscine municipale sur un créneau horaire pour lequel l'Association des naturistes de Paris bénéficiait d'une convention d'occupation temporaire du domaine public conclue avec la Ville de Paris. Il y a donc lieu, pour une bonne administration de la justice, d'appeler à ce stade de l'expertise la Ville de Paris à la cause.

6. Si l'UCPA demande sa mise hors de cause, il est utile qu'elle soit attraite à l'expertise en qualité d'exploitant de la piscine Roger Le Gall.

7. Enfin, la présence de l'Association des naturistes de Paris, présente lors de l'accident en cause, ainsi que celle de son assureur la société MAIF ETA, est utile à l'expertise.

8. Il n'y a pas lieu de mettre une somme à la charge des requérants au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative, ni, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions des requérants formulées sur ce même fondement.

ORDONNE :

Article 1er : M. C D (spécialisation - cardiologie), exerçant 28 rue Cardinet à Paris (75017) et M. E B (spécialisation - neurologie) exerçant dans le service de neurologie de la Fondation De Rothschild à Paris (75019), sont désignés en qualité d'experts. Ils auront pour mission, en présence de M. G A, M. C A, de la Ville de Paris, de l'Union nationale des centres sportifs de plein air, de l'Association des naturistes de Paris, de la société MAIF ETA, de :

1°) prendre connaissance de l'intégralité du dossier médical de M. A relatif à l'accident survenu à la piscine Roger Le Gall, le 20 mai 2019 ; entendre tout sachant ; rappeler les conditions dans lesquelles l'accident est intervenu, les gestes pratiqués par les différents intervenants qui déclineront leurs titres et qualité ;

2°) décrire l'état de santé de M. A et les soins et prescriptions antérieurs à son accident ;

3°) déterminer l'origine du dommage en appréciant, le cas échéant, la part respective prise par les différents facteurs qui y auraient concouru en recherchant, à cet égard, quelle incidence sur la survenance du dommage ont pu avoir la présence d'autres pathologies, l'âge de M. A ou la prise d'un traitement antérieur particulier ;

4°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance des préjudices subis tant par M. A notamment à raison des souffrances endurées, que par ses proches, ainsi que toute information utile à la solution du litige ; déterminer si un retard dans les secours est à déplorer et en évaluer les conséquences sur la détérioration de l'état de santé de M. A ;

a) proposer, si possible, une date de consolidation de l'état de l'intéressé en fixant notamment la période d'incapacité temporaire et le taux de celle-ci, ainsi que le taux d'incapacité permanente partielle ;

b) donner son avis sur les dépenses de santé rendues nécessaires par l'état de M. A en lien avec les faits en litige ; préciser, dans le cas où certaines hospitalisations ou certains achats de produits pharmaceutiques ne seraient pas tout entiers imputables au dommage litigieux, dans quelle proportion ils peuvent être rattachés à ce dernier ;

c) indiquer si et dans quelle mesure l'assistance, constante ou occasionnelle, d'une tierce personne a été nécessaire à M. A en raison du dommage litigieux, pour accomplir les actes de la vie quotidienne ; quantifier le volume horaire, la fréquence et le type d'aide nécessaire (médicalisée / non médicalisée), et dire jusqu'à quelle échéance cette aide éventuelle est requise ; préciser les autres frais liés au handicap dont la nécessité résulterait du dommage ;

d) déterminer les pertes de revenus, l'incidence professionnelle ainsi que les autres dépenses liées au dommage corporel ;

e) décrire et évaluer les souffrances physiques, psychiques ou morales subies en lien avec les faits en litige ;

f) évaluer le préjudice esthétique, le préjudice d'agrément, le préjudice sexuel ;

g) donner au tribunal tous autres éléments d'information nécessaires à la réparation de l'intégralité du préjudice subi par M. A à raison des faits en litige ;

Article 2 : Les experts rempliront leur mission dans les conditions prévues par les articles

R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Ils ne pourront recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Les experts, à la demande du juge des référés ou à son initiative, pourront tenter une médiation entre les parties dans les conditions de l'article R. 621-1 modifié du code de justice administrative.

Article 4 : Les experts déposeront leur rapport au greffe du tribunal en 2 exemplaires au plus tard le 29 septembre 2023. Ils notifieront les copies de leur rapport aux parties intéressées telles que précisées à l'article n° 6 de la présente ordonnance, le cas échéant, avec leur accord, sous forme électronique.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. G A, à M. C A, à la ville de Paris, à l'union nationale des centres sportifs de plein air, à l'association des naturistes de Paris, à la société MAIF ETA, à M. C D et à M. E B, experts.

Fait à Paris, le 4 avril 2023.

Le juge des référés,

J.-C. DUCHON-DORIS

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2106781/11-5

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