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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2106948

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2106948

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2106948
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantTANON-LOPES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 avril 2021 et le 21 octobre 2021, Mme B A, représentée par Me Tanon-Lopes, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 10 987,52 euros pour le paiement de laquelle le comptable de la Ville de Paris a émis la saisie administrative à tiers détenteur en date du 2 février 2021 ;

2°) d'annuler les titres de recettes pour un montant total de 10 987,52 euros émis de 2014 à 2018 par la Ville de Paris à son encontre pour des prestations de petite enfance et par voie de conséquence, la saisie administrative à un tiers détenteur en date du 2 février 2021 ;

3°) d'annuler les six titres de recettes émis pour un montant total de 280,31 euros par la Ville de Paris de janvier à juin 2021 ;

4°) d'enjoindre à la Ville de Paris de procéder au remboursement de l'intégralité de la somme de 10 987,52 euros versée par son assureur en exécution de la saisie administrative à tiers détenteur ;

5°) de condamner la Ville de Paris à lui verser la somme de 3 000 euros au titre du préjudice subi en raison de l'illégalité fautive des titres de recettes et de la saisie administrative à tiers détenteur ;

6°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'action en recouvrement était prescrite pour la presque totalité des titres de recettes à la date à laquelle la saisie à tiers détenteur a été adressée à son assureur ;

- les ampliations des titres de recettes fondant la saisie ne lui ont pas été notifiées, en méconnaissance des dispositions du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;

- l'auteur des titres de recettes contestés est incompétent ;

- ces titres ne comportent pas la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de leur auteur, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les bordereaux de titres de recettes concernés ne sont pas signés ;

- les titres contestés ne font pas mention des bases de liquidation, en méconnaissance des dispositions de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- la saisie administrative à tiers détenteur devra, en conséquence de l'illégalité des titres de recettes, être annulée ;

- une main levée totale lui avait été annoncée ;

- elle n'a pas reçu le remboursement de la somme versée à la DRFIP par son assureur ;

- la régularisation opérée par la Ville de Paris est de nature à révéler une erreur sur le montant de la dette et une absence d'obligation de paiement ;

- l'illégalité des titres de recettes et de la saisie administrative à tiers détenteur constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la Ville de Paris ;

- cette illégalité fautive lui a causé un préjudice moral qu'elle évalue à 3 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 septembre 2021 et le 8 novembre 2021, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés le 3 août 2021, le 23 septembre 2021 et le 8 novembre 2021, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les titres émis par la Ville de Paris ne sont pas prescrits et que la saisie administrative à tiers détenteur était justifiée en l'absence de tout paiement et ne saurait être annulée.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 juillet 2021.

Par un courrier en date du 6 septembre 2022, le greffe du tribunal a invité Mme A à régulariser sa requête, en produisant la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle, en application de l'article R.421-1 du code de justice administrative.

Par un courrier du 8 mars 2023, le greffe du tribunal a invité Mme A à régulariser sa requête, en produisant l'ensemble des titres exécutoires contestés, en application de l'article R.412-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du fait qu'il y a lieu de prononcer un non-lieu à statuer compte tenu de la réduction de la dette de la requérante par la Ville de Paris de 10 987,52 euros à 2 239,22 euros.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de M. Mazeau, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, parent isolé d'un enfant handicapé et elle-même en situation de handicap, n'a pas communiqué les justificatifs qui lui étaient réclamés par la Ville de Paris pour calculer le tarif de crèche correspondant à sa situation. La Ville de Paris lui a donc fait application de la tranche tarifaire la plus élevée. Mme A n'ayant pas réglé les factures émises, le comptable public a recouvré la créance, d'un montant total de 10 987,52 euros, auprès de son assureur par une saisie administrative à tiers détenteur. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de la décharger de l'obligation de payer cette somme, d'annuler les titres de recettes correspondants, d'enjoindre à la Ville de Paris de lui rembourser les sommes saisies et de condamner la Ville de Paris à lui verser la somme de 3 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi du fait de l'illégalité fautive des titres de recettes et de la saisie administrative à tiers détenteur.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'introduction de la requête, la requérante a fourni à la Ville de Paris les pièces nécessaires à l'identification de la tranche tarifaire correspondant à sa situation et qu'en conséquence, celle-ci a modifié les titres exécutoires émis à son encontre, réduisant la somme due au titre de la période d'avril 2014 au 27 janvier 2015 de 10 987,52 euros à 1 958,91 euros. Il résulte également de l'instruction, et notamment de l'ordre de versement produit en défense, que la somme de 8 748,30 euros a été reversée le 20 août 2021 par la direction régionale des finances publiques d'Ile de France et du département de Paris, sur le compte dont Mme A est titulaire à la banque postale, cette somme correspondant à la différence entre la somme de 10 987,52 initialement saisie auprès de son assureur en exécution de la saisie administrative à tiers détenteur et la somme de 1 958,91 finalement due par la requérante, à laquelle s'est ajoutée la somme de 280,31 euros, correspondant à des titres de recettes impayés émis de janvier à juin 2021. Si la requérante soutient qu'elle n'a jamais perçu ce remboursement et qu'elle ne détient aucun compte bancaire à la banque postale, ses seules allégations ne suffisent pas à l'établir alors que l'administration produit l'avis de virement sur ce compte et précise qu'il n'a pas fait l'objet d'un rejet. Dès lors, les conclusions de Mme A tendant à la décharge de l'obligation de payer sont devenues sans objet, à concurrence de cette réduction d'un montant total de 8 748,30 euros. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation des titres exécutoires :

3. Aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation ".

4. La requérante demande l'annulation des titres exécutoires émis par la Ville de Paris à son encontre pour la période d'avril 2014 au 27 janvier 2015, correspondant, après modification, à la somme de 1 958,91 euros et pour la période de janvier et juin 2021, correspondant à la somme de 280,31 euros. En dépit de la demande de régularisation qui lui a été adressée par le greffe du présent tribunal, Mme A n'a pas produit, dans le délai qui lui était imparti, les actes dont elle demande l'annulation et n'a pas justifié être dans l'impossibilité de les produire. Par suite, ses conclusions tendant à l'annulation de ces titres sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la recevabilité des conclusions indemnitaires :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de la décision attaquée ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation ". L'article R. 421-1 du même code dispose : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

6. Si Mme A demande au tribunal de condamner l'administration à lui verser la somme de 3 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi, elle n'a pas produit la réclamation indemnitaire préalable adressée à la Ville de Paris. En application des dispositions précitées, Mme A a été invitée, par un courrier du greffe du 6 septembre 2022, à produire la décision attaquée dans le délai de quinze jours, et a été avisée des conséquences de son éventuelle carence. En l'absence de régularisation dans ce délai, ses conclusions indemnitaires sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la décharge de l'obligation de payer :

7. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " 1o En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre. / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite ; / 2o La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. La revendication par une tierce personne d'objets saisis s'effectue selon les modalités prévues à l'article L. 283 du même livre ; / 3o L'action des comptables publics chargés de recouvrer les créances des régions, des départements, des communes et des établissements publics locaux se prescrit par quatre ans à compter de la prise en charge du titre de recettes. / Le délai de quatre ans mentionné à l'alinéa précédent est interrompu par tous actes comportant reconnaissance de la part des débiteurs et par tous actes interruptifs de la prescription () / 7° Le recouvrement par les comptables publics compétents des titres rendus exécutoires dans les conditions prévues au présent article peut être assuré par voie de saisie administrative à tiers détenteur dans les conditions prévues à l'article L. 262 du livre des procédures fiscales. () ".

8. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés: / () c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ".

9. Il résulte de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

10. Mme A demande au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 10 987,52 euros pour le paiement de laquelle le comptable de la Ville de Paris a émis la saisie administrative à tiers détenteur en date du 2 février 2021 et conteste l'exigibilité de la somme qui lui est réclamée. Or, il résulte de ce qui est dit aux point 7 à 9 qu'il n'appartient qu'à la juridiction judiciaire de connaître de telles conclusions. Dès, lors, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions présentées par Mme A, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme A présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme A portant sur la décharge de l'obligation de payer la somme de 10 987,52 euros à concurrence du remboursement, d'un montant total de 8 748,30 euros, dont elle a bénéficié.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la Ville de Paris et au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et du département de Paris.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Evgénas, présidente,

Mme Laforêt, première conseillère,

M. Halard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.

La rapporteure,

L. C

La présidente,

J. EVGÉNAS

La greffière,

M-C. POCHOT

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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