vendredi 4 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2107395 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | ARVIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 avril 2021, complétée par un mémoire enregistré le
7 octobre 2022, Mme A C, représentée par Me Arvis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle l'université de Paris, désormais dénommée Paris Cité, lui a refusé le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
2°) d'enjoindre à ladite université de lui attribuer la protection fonctionnelle dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir ;
3°) de condamner l'université Paris Cité à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation du préjudice subi qu'elle estime avoir subi, assortie des intérêts capitalisés annuellement;
4°) de mettre à la charge de l'université Paris Cité la somme de 2 500 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a subi, dans l'exercice de ses fonctions des agissements répétés de harcèlement moral de la part du directeur de son Unité de formation et de recherches (UFR) ;
- ses conditions de travail se sont dégradées et sa progression de carrière a été obérée par les faits dénoncés ;
- que ces agissements lui ont causé un dommage qu'il convient de réparer ;
- la décision lui refusant l'octroi de la protection fonctionnelle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 16 février 2022, la présidente de l'université Paris Cité conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Feghouli, rapporteur,
- les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique,
- les observations de Me Arvis, représentant Mme C,
- la présidente de l'Université Paris Cité n'était pas présente, ni représentée.
Une note en délibéré, présentée pour Mme C a été enregistrée le
13 octobre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C est maître de conférence en psychologie à l'université Paris Cité depuis le 1er septembre 1999 et exerce ses fonctions au sein du département d'Etudes psychanalytiques de l'UFR " Institut Humanité, Sciences et Sociétés (I.H.S.S) ". Par un courrier en date du 8 décembre 2020, Mme C a saisi la présidente de l'université d'une demande d'indemnisation à hauteur de 50 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estimait avoir subi en raison du harcèlement moral dont elle se disait victime dans le cadre de son travail ainsi que l'octroi du bénéfice de la protection fonctionnelle. Par une décision en date du 8 février 2021, la présidente de l'université a rejeté ses demandes. Par la présente requête, Mme C sollicite l'annulation de la décision lui refusant le bénéfice de la protection fonctionnelle, ainsi que la condamnation de l'université Paris Cité à lui verser la somme de
50 000 euros en indemnisation des préjudices subis du fait du harcèlement moral qu'elle invoque.
Sur les conclusions tendant à la réparation du préjudice lié au harcèlement moral :
2.Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 susvisée : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel./ Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la formation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé aux agissements définis ci-dessus. / Les dispositions du présent article sont applicables aux agents non titulaires de droit public ".
3.Il résulte de ces dispositions que le harcèlement moral est constitué, indépendamment de l'intention de son auteur, dès lors que sont caractérisés des agissements répétés ayant pour effet une dégradation des conditions de travail susceptibles de porter atteinte aux droits et à la dignité de l'agent, d'altérer sa santé ou de compromettre son avenir professionnel.
4.Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
5. Mme C soutient qu'elle a été victime de harcèlement moral de la part de M. B, maître de conférences au sein de l'UFR Sciences humaines cliniques et nommé, à partir de l'année 2011, directeur de cette même unité. La requérante dénonce de la part de son directeur des comportements délibérément vexatoires, une mise à l'écart systématique de toutes responsabilités administratives, pédagogiques ou syndicales au sein de l'UFR et enfin des agissements ayant eu vocation à obérer ses perspectives d'évolutions professionnelles.
Mme C fait tout d'abord valoir que M. B l'aurait empêchée d'exercer ses fonctions au sein du jury d'examen des masters professionnels au titre de l'année universitaire 2002-2002. Toutefois, alors même que l'université Paris Cité soutient, sans être sérieusement contredite, ne jamais avoir été informée d'un tel agissement, aucun des documents versés au dossier n'est de nature à établir la réalité des faits en cause. La requérante soutient, par ailleurs, avoir été systématiquement écartée de toute responsabilité administratives et pédagogiques au sein de l'UFR. A ce titre, s'il ressort des pièces du dossier que par un message électronique en date du 20 mai 2016 Mme C a exprimé son souhait de prendre en charge la responsabilité des relations internationales au sein de l'UFR, le choix de confier ces missions à l'un de ses collègues, ne permet pas à lui seul, en l'absence d'autres éléments, de caractériser le harcèlement dont la requérante se dit victime. Il en va de même s'agissant de la volonté de la requérante de prendre part aux activités syndicales au sein de l'UFR ou encore de créer un diplôme universitaire (DU), dès lors d'une part, comme le soutient l'université, que ces projets ne relèvent pas de la décision du directeur de l'UFR, d'autre part, que la requérante ne rapporte pas la preuve de ses propres diligences auprès des services administratifs de l'université compétents en ces domaines. Mme C dénonce, en outre, plusieurs agissements de
M. B, dont la remise tardive de son rapport de soutenance de thèse ou la non transmission d'appels à projets destinés à pourvoir des emplois dans des disciplines rares relevant de ses compétences. Pour regrettables qu'ils soient, il n'est toutefois pas établi que ces comportements soient seulement imputables à M. B, et en tout état de cause, de nature à établir les intentions de nuire qu'ils révèleraient. La requérante soutient enfin, que M. B, puis après le départ de celui-ci, certains collègues proches de ce professeur, dans un contexte au sein de l'UFR objectivé par un rapport de l'inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche (IGAENR) ont nui à son déroulé de carrière et délibérément obéré ses chances d'être nommée professeure des universités. Il résulte de l'instruction que le rapport de l'IGAENR sur le fonctionnement de l'UFR, remis en octobre 2019, relève au sein de cette unité de très sérieuses défaillances structurelles liées notamment à un taux anormalement élevé d'endo-recrutement, à la mise en place d'un système clanique avec une concentration du pouvoir entre un nombre restreint de personnes, et des situations personnelles de souffrances physique et psychique dans un climat de tension et de sexisme ambiant. Si, à l'instar de l'ensemble des personnels de l'UFR, la requérante a nécessairement dû pâtir des graves dysfonctionnements relevés par le rapport précité, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que les situations personnelles qu'elle dénonce liées à ses candidatures à des postes de directrice ou de professeure des universités puissent, en l'état des pièces versées au dossiers, être constitutifs de harcèlement moral. S'agissant d'une part de sa candidature à un poste de directrice au sein de l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), il ressort des pièces du dossier que le rapport établi par M. B, en qualité de rapporteur externe de l'EHESS, pour défavorable qu'il soit, est argumenté et relève de ses attributions dans le cadre de cette candidature, dont l'issue finale appartient, en tout état de cause, à une commission composée notamment des directeurs d'études de l'EHESS. S'agissant, enfin, de ses candidatures à des postes de professeure des universités, il ne ressort pas des pièces du dossier que le seul fait que la requérante n'ait pas été classée lors des concours ouverts au titre des années 2019 et 2020 soit de nature à établir la réalité des faits qu'elle dénonce et ce sans qu'elle puisse utilement se prévaloir d'un précédant classement en 2ème position dans le cadre d'un concours ouvert au titre de l'année 2017.
6.Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'apporte pas à l'appui de ses allégations un faisceau d'indices suffisamment probants pour faire présumer l'existence du harcèlement moral dont elle se prétend victime.
Sur les conclusions dirigées contre le refus de la protection fonctionnelle :
7.Aux termes de l'article 11 de de la loi du 13 juillet 1983 susvisée : " Les fonctionnaires bénéficient, à l'occasion de leurs fonctions, d'une protection organisée par la collectivité publique dont ils dépendent, conformément aux règles fixées par le code pénal et les lois spéciales. () / La collectivité publique est tenue de protéger les fonctionnaires contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont ils pourraient être victimes à l'occasion de leurs fonctions, et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () / La collectivité publique est subrogée aux droits de la victime pour obtenir des auteurs des menaces ou attaques la restitution des sommes versées au fonctionnaire intéressé. Elle dispose, en outre, aux mêmes fins, d'une action directe qu'elle peut exercer au besoin par voie de constitution de partie civile devant la juridiction pénale. Les dispositions du présent article sont applicables aux agents publics non titulaires ".
8.D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'université Paris Cité dispose d'une cellule d'accueil et d'accompagnement pour lutter, notamment, contre les violences et toute forme de discrimination. Par suite, le moyen tiré du défaut de mise en œuvre du dispositif prévu par le décret n° 2020-256 du 13 mars 2020 manque en fait et doit, en tout état de cause, être écarté.
9.D'autre part, l'existence d'un harcèlement moral, sur lequel était exclusivement fondée la demande de protection fonctionnelle, n'étant pas caractérisée, ainsi qu'il a été dit au point 5, l'université Paris Cité n'était pas tenue d'accorder à Mme C la protection fonctionnelle prévue par les dispositions précitées de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que par décision attaquée l'université Paris Cité lui a refusé le bénéfice de la protection fonctionnelle.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et indemnitaires doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.
Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Université Paris Cité, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à l'Université Paris Cité.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gros, président,
M. Feghouli, premier conseiller,
M. Rebellato, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.
Le rapporteur, Le président,
M. D
La greffière,
S. PORRINAS
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 /5-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026