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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2107503

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2107503

lundi 6 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2107503
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET BLONDEL AVOCATS (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 avril 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) Trans Prestige International, représentée par Me Dreyer, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015, 2016 et 2017, ainsi que des rappels de taxe sur la valeur qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure est irrégulière faute pour l'administration fiscale d'avoir saisi la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 59 du livre des procédures fiscales ;

- la procédure est irrégulière dès lors que le service n'a pas répondu à ses observations formulées le 20 mars 2019 sur la proposition de rectification du 21 janvier 2019, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- M. A ne peut être regardé comme maître de l'affaire ;

- les dépenses à caractère personnel, les charges non justifiées, les apports non justifiés et la dette de TVA ne pouvaient être assujetties à l'imposition ;

- l'amende de 5% qui lui a été appliquée au titre des dispositions du 4 du A de l'article 1788 du code général des impôts est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2021, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au non-lieu à statuer à hauteur de la somme de 5 600 euros, dégrevée par une décision du 17 juin 2021, et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la SARL Trans Prestige International ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de M. Lahary, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Trans Prestige International exerce une activité de transports de voyageurs. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période allant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017. Par des propositions de rectification du 14 décembre 2018 et du 21 janvier 2019, l'administration fiscale lui a notifié plusieurs rectifications en matière de taxe sur la valeur ajoutée et d'impôt sur les sociétés. Par un courrier du 30 novembre 2020, la SARL Trans Prestige International a contesté ces impositions. Par une décision du 9 février 2021, l'administration fiscale a accordé plusieurs dégrèvements mais a maintenu des rectifications à hauteur de 11 843 euros. Par la présente requête, la SARL Trans Prestige International demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations, en droits et pénalités, d'impôts sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée mises à sa charge au titre, respectivement, des années 2015, 2016 et 2017 et de la période allant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017.

Sur les cotisations d'impôt sur les sociétés :

2. Il résulte de l'instruction que par une décision du 17 juin 2021, l'administration fiscale a accordé un dégrèvement correspondant aux cotisations, en droits et en pénalités, d'impôt sur les sociétés mises à la charge de la société à responsabilité limitée Trans Prestige International au titre des années d'imposition 2015, 2016 et 2017, soit un montant de 5 600 euros. Il n'y a donc plus lieu à statuer sur les conclusions aux fins de décharge des cotisations d'impôt sur les sociétés mises à la charge de la SARL requérante.

Sur les cotisations de taxe sur la valeur ajoutée :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 59 du livre des procédures fiscales : " Lorsque le désaccord persiste sur les redressements notifiés, l'administration, si le contribuable le demande, soumet le litige à l'avis () de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 du code général des impôts. " Aux termes de l'article L. 59 A du même livre : " La commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires intervient :1° Sur le montant du résultat industriel et commercial, non commercial, agricole ou du chiffre d'affaires, déterminé selon un mode réel d'imposition ; 2° Sur les conditions d'application des régimes d'exonération ou d'allégements fiscaux en faveur des entreprises nouvelles, à l'exception de la qualification des dépenses de recherche mentionnées au II de l'article 244 quater B du code général des impôts ; 3° Sur l'application du 1° du 1 de l'article 39 et du d de l'article 111 du même code relatifs aux rémunérations non déductibles pour la détermination du résultat des entreprises industrielles ou commerciales, ou du 5 de l'article 39 du même code relatif aux dépenses que ces mêmes entreprises doivent mentionner sur le relevé prévu à l'article 54 quater du même code. () II.- Dans les domaines mentionnés au I, la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires peut, sans trancher une question de droit, se prononcer sur les faits susceptibles d'être pris en compte pour l'examen de cette question de droit. Par dérogation aux dispositions du premier alinéa, la commission peut se prononcer sur le caractère anormal d'un acte de gestion, sur le principe et le montant des amortissements et des provisions ainsi que sur le caractère de charges déductibles des travaux immobiliers. " ; Aux termes de l'article R. 59-1 du même code : " Le contribuable dispose d'un délai de trente jours à compter de la réception de la réponse de l'administration à ses observations pour présenter la demande prévue au premier alinéa de l'article L. 59 (). "

4. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 59 et L. 59 A du livre des procédures fiscales que la commission départementale des impôts n'est pas compétente pour se prononcer sur un litige concernant le droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée. Par suite, la société à responsabilité limitée Trans Prestige International n'est pas fondée à soutenir que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie ont été mis à sa charge à la suite d'une procédure irrégulière.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " () Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée() ".

6. La SARL Trans Prestige International soutient que la procédure d'imposition est irrégulière au motif que l'administration, en méconnaissance des dispositions précitées, a mis en recouvrement les impositions litigieuses le 15 octobre 2020 sans avoir répondu aux observations qu'elle avait formulées le 20 mars 2019 à l'encontre de la proposition de rectification qui lui a été adressée le 21 janvier 2019. Il résulte toutefois de l'instruction que l'administration a répondu aux observations formulées par la SARL requérante par un courrier du 23 avril 2019 notifié le 25 avril 2019. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la qualification de M. A comme maître de l'affaire :

7. Si la SARL Trans Prestige International conteste la qualification de M. A comme maître de l'affaire, le tribunal ne peut, en application du principe d'indépendance des poursuites et de l'absence de litige, dans cette instance, concernant M. A, se prononcer sur la qualification de ce dernier comme maître de l'affaire.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

8. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. () ". L'article 289 du même code dispose que : " I. - 1. Tout assujetti est tenu de s'assurer qu'une facture est émise, par lui-même, ou en son nom et pour son compte, par son client ou par un tiers () ". L'article 271 de ce code précise : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. () II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures ; () / 2. La déduction ne peut pas être opérée si les redevables ne sont pas en possession () desdites factures () ". Aux termes de l'article 177 du livre des procédures fiscales, dans sa version applicable au litige : " En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée déductible dans les conditions fixées par l'article 271 du code général des impôts, les redevables doivent justifier du montant de la taxe déductible et du crédit de taxe dont ils demandent à bénéficier, par la présentation de documents même établis antérieurement à l'ouverture de la période soumise au droit de reprise de l'administration. / Le premier alinéa s'applique aux assujettis membres du groupe mentionné à l'article 1693 ter du code général des impôts pour la justification de la taxe déductible et du crédit de taxe dont le redevable mentionné au 1 du même article a demandé à bénéficier. " Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, d'une part, le redevable qui désire procéder à la déduction de la taxe ayant grevé des biens ou des services doit être en mesure d'en justifier, et que, d'autre part, l'administration est en droit, en vue de se prononcer sur le caractère déductible de cette taxe, d'exiger des contribuables soit la production de leurs factures d'achat, soit à tout le moins un relevé de ces factures comportant les noms et adresses des fournisseurs ainsi que toutes précisions utiles pour déterminer le montant des sommes en cause.

9. Aux termes de l'article 205 de l'annexe II au code général des impôts : " La taxe sur la valeur ajoutée grevant un bien ou un service qu'un assujetti à cette taxe acquiert, importe ou se livre à lui-même est déductible à proportion de son coefficient de déduction " et aux termes du IV de l'article 206 de la même annexe au code : " 1. Le coefficient d'admission d'un bien ou d'un service est égal à l'unité, sauf dans les cas décrits aux 2 à 4. / 2. Le coefficient d'admission est nul dans les cas suivants :/ 1° Lorsque le bien ou le service est utilisé par l'assujetti à plus de 90 % à des fins étrangères à son entreprise ; () ". Il ressort de ces dispositions que la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les biens et services que les assujettis à cette taxe acquièrent ou qu'ils se livrent à eux-mêmes n'est déductible que si ces biens et services sont nécessaires à l'exploitation de l'entreprise. Il appartient ainsi à l'entreprise d'établir que le montant de la taxe sur la valeur ajoutée qu'elle prétend déduire correspond à des prestations de services réellement effectuées à son profit et dont elle peut justifier.

10. L'administration fiscale a reconstitué le chiffre d'affaires de la SARL Trans Prestige International, dans le cadre d'une vérification de comptabilité, à partir des encaissements figurant dans les relevés bancaires, obtenus dans l'exercice de son droit de communication, et a, sur ce fondement, prononcé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée. Elle s'est également fondée sur l'absence de production de justificatifs et l'absence de lien avec l'intérêt de l'exploitation pour rejeter la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée grevant une partie des dépenses comptabilisées par la société.

11. La SARL Trans Prestige International soutient que les dépenses de matériel de photographie, de parfums, de tablettes et autres bagageries, l'achat d'un " iPod Nano " de la marque Apple et de paires de chaussures pouvaient être éligibles à la déduction de taxe sur la valeur ajoutée dès lors qu'elles ont été contractées pour des motifs liés à son activité. S'agissant du matériel de photographie, elle fait valoir qu'il a été acquis pour prendre gracieusement des photographies de mannequins pour leur album de presse et pour valoriser l'entreprise en la distinguant auprès de la clientèle ; s'agissant des parfums, tablettes et autres bagageries, elle fait valoir qu'ils constituent des cadeaux commerciaux destinés à la clientèle ; s'agissant de l'" iPod Nano ", elle fait valoir qu'il a été acheté à destination d'un client ayant oublié le sien dans un véhicule de la société qui le transportait dans le cadre d'une activité professionnelle ; s'agissant des paires de chaussures, elle fait valoir qu'elles ont été offertes à ses propres chauffeurs salariés. Toutefois, en se bornant à se référer aux factures adressées à l'administration dans le cadre de la procédure préalable et au demeurant produites par cette dernière en défense, peu circonstanciées, et dès lors qu'elle ne produit, par exemple, pas de preuve de la délivrance à des clients de ces biens ou, à tout le moins, des attestations de clients supposément bénéficiaires de ces achats, elle n'établit pas le lien entre l'achat de ces biens et son activité professionnelle. Dans ces conditions, la SARL Trans Prestige International n'est pas fondée à soutenir que ces dépenses ne constitueraient pas des dépenses personnelles et qu'elle aurait dû bénéficier de la déduction de taxe sur la valeur ajoutée pour ces achats. Le moyen soulevé doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne l'amende de 5% :

12. Aux termes de l'article 1788 A du code général des impôts : " () 4. Lorsqu'au titre d'une opération donnée, le redevable de la taxe sur la valeur ajoutée est autorisé à la déduire, le défaut de mention de la taxe exigible sur la déclaration prévue au 1 de l'article 287, qui doit être déposée au titre de la période concernée, entraîne l'application d'une amende égale à 5 % de la somme déductible () ".

13. Si la SARL Trans Prestige International soutient que l'amende de 5% que le service lui a appliquée est disproportionnée dès lors que l'absence de déclaration de taxe sur la valeur ajoutée n'a fait subir au service aucun préjudice, elle n'assortit son moyen d'aucune précision ni d'aucun élément permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société Trans Prestige International doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de décharge portant sur les cotisations, en droits et en pénalités, d'impôt sur les sociétés mises à la charge de la société à responsabilité limitée Trans Prestige International au titre des années d'imposition 2015, 2016 et 2017.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Trans Prestige International et à la direction régionale des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Errera, premier conseiller,

M. Huin-Morales, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2023.

Le rapporteur,

B. B

Le président,

J. SORINLa greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2107503/2-

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