jeudi 6 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2107581 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | BEGUIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11 avril 2021, 23 avril, 28 juin, 8 août et 23 septembre 2022, Mme B C, représentée par Me Béguin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite du 9 février 2021 par laquelle le président de l'institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) a refusé de faire droit à sa demande de protection fonctionnelle, de l'indemniser des préjudices subis et de prendre en charge ses honoraires d'avocat ;
2°) de condamner l'institut national de la santé et de la recherche médicale à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation des préjudices subis, assortie des intérêts légaux à compter de la date de réception de la demande indemnitaire préalable ;
3°) de condamner l'institut national de la santé et de la recherche médicale à lui rembourser les frais d'avocat déjà exposés dans le cadre de la procédure judiciaire qu'elle a initiée, à concurrence de la somme de 4 000 euros ;
4°) d'enjoindre au président de l'institut national de la santé et de la recherche médicale de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
5°) d'enjoindre au président de l'institut national de la santé et de la recherche médicale de prendre en charge ses frais d'avocat à venir dans le cadre de la plainte pour harcèlement moral qu'elle a déposée ;
6°) de mettre à la charge de l'INSERM une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'INSERM a commis une faute en refusant de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
- elle a été victime d'insultes et de dénigrements de la part de sa supérieure hiérarchique de nature à nuire à sa réputation ;
- elle a été victime de harcèlement moral de la part de sa supérieure hiérarchique, ses agissements excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique et ayant des conséquences délétères sur ses conditions de travail et son état de santé ;
- l'INSERM n'a pas pris de mesures suffisantes pour mettre fin à cette situation de harcèlement moral ;
- ces fautes sont de nature à engager la responsabilité de l'INSERM ;
- elle a subi un préjudice moral évalué à 10 000 euros ;
- elle a subi un préjudice de carrière et un préjudice de santé évalués à la somme de 40 000 euros ;
- elle est également fondée à demander le remboursement de ses frais d'avocat déjà exposés dans le cadre de la procédure judiciaire, à hauteur de 4 000 euros, ainsi que les frais à venir liés à sa plainte avec constitution de partie civile.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 mars, 25 mai, 27 juillet et 8 septembre 2022, le président de l'institut national de la santé et de la recherche médicale conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par Mme C sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la recherche,
- le code du travail,
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983,
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pény,
- les conclusions de M. Cicmen, rapporteur public,
- et les observations de Me Cado, représentant Mme C.
Une note en délibéré, enregistrée le 27 juin 2023, a été présentée pour Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C a été recrutée en tant que chercheuse, dans le cadre d'un contrat d'une durée d'un an, du 15 octobre 2018 au 14 octobre 2019, à l'institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), et intégrée au sein de l'équipe de recherche de l'unité " Plasticité synaptique et réseaux neuronaux ", dépendant de l'institut de psychiatrie et de neurosciences de Paris (IPNP). Par une demande préalable du 9 décembre 2020, Mme C a demandé au président de l'INSERM l'octroi du bénéfice de la protection fonctionnelle ainsi que la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis à raison des insultes et du dénigrement dont elle a été victime de la part de sa supérieure hiérarchique ainsi que d'une situation de harcèlement moral. Cette demande a été implicitement rejetée. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le président de l'INSERM a refusé de lui accorder la protection fonctionnelle et de condamner l'INSERM à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur le refus d'octroi de la protection fonctionnelle à raison de faits constitutifs de harcèlement moral :
En ce qui concerne le cadre juridique applicable :
2. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983, alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la formation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus. () ". Et aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983, alors en vigueur : " IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () ".
3. D'une part, les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
4. D'autre part, il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
5. Enfin, lorsqu'un agent public est mis en cause par un tiers à raison de ses fonctions, il incombe à la collectivité publique dont il dépend de le couvrir des condamnations civiles prononcées contre lui, dans la mesure où une faute personnelle détachable du service ne lui est pas imputable, de lui accorder sa protection dans le cas où il fait l'objet de poursuites pénales, sauf s'il a commis une faute personnelle, et, à moins qu'un motif d'intérêt général ne s'y oppose, de le protéger contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont il est l'objet.
6. Si la protection résultant du principe rappelé au point précédent n'est pas applicable aux différends susceptibles de survenir, dans le cadre du service, entre un agent public et l'un de ses supérieurs hiérarchiques, il en va différemment lorsque les actes du supérieur hiérarchique sont, par leur nature ou leur gravité, insusceptibles de se rattacher à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
En ce qui concerne la responsabilité de l'INSERM :
7. Mme C soutient avoir été victime de harcèlement moral, à raison de messages insultants qui lui ont été adressés notamment sur sa messagerie professionnelle, d'usurpation de son adresse de messagerie professionnelle pour l'inscrire à différentes listes d'adressage à l'origine de nombreux spams, d'une mise à l'écart sur le plan professionnel et de critiques injustifiées à son endroit, du refus de transmission d'une candidature à un poste au sein de l'INSERM et d'une altercation survenue le 5 avril 2019 avec sa supérieure hiérarchique, cheffe de l'unité " Plasticité synaptique et réseaux neuronaux ", au sein de l'institut de psychiatrie et de neurosciences de Paris.
8. Mme C soutient, d'une part, qu'elle aurait fait l'objet de critiques injustifiées, de propos dénigrants, et qu'elle aurait été menacée par sa supérieure hiérarchique, afin de la contraindre à démissionner. Il résulte de l'instruction, notamment du compte rendu du comité de médiation du 14 février 2019, que les relations entre la requérante et ses supérieurs hiérarchiques, ainsi qu'avec certains autres membres de son équipe de recherche, étaient particulièrement dégradées, notamment en raison de l'attitude de Mme C, marquée par son refus de suivre les protocoles de recherche du laboratoire et ses consignes de sécurité, son manque d'investissement dans les tâches qui lui étaient confiées et son incapacité à utiliser certains matériels mis à sa disposition. Ces éléments sont corroborés par quinze témoignages concordants émanant de membres de l'équipe de recherche et attestant de l'attitude non professionnelle de la requérante, de l'absence d'accomplissement des tâches qui lui étaient confiées ainsi que d'un manque d'autonomie et d'un comportement agressif avec ses collègues l'ayant conduit à tenir des propos déplacés ou dénigrants à leur endroit. Ces témoignages concordent également avec une lettre du Pr A de l'institut Max-Planck à Francfort, où la requérante avait effectué son post-doctorat, attestant de nombreuses et vives altercations avec ses collègues. Si l'un des témoignages, recueilli lors de l'enquête judiciaire auprès d'un autre membre de l'unité de recherche, relève des emportements verbaux de la part de ses supérieurs hiérarchiques, il précise que Mme C avait également l'habitude de crier et que ses supérieurs ont tenté d'apaiser les tensions pour préserver l'équipe. L'ensemble de ces éléments, s'il atteste de relations très dégradées entre Mme C et ses supérieurs hiérarchiques ainsi que d'autres membres de son équipe de recherche, ne sont en revanche pas de nature à faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral. Si Mme C estime également qu'elle a fait l'objet d'une mise à l'écart dès lors, notamment, qu'elle ne pouvait plus mener d'expérimentations en laboratoire, il résulte de l'instruction, notamment des témoignages produits, que Mme C n'accomplissait pas les tâches pour lesquelles elle avait été recrutée consistant à développer une méthodologie expérimentale pour les enregistrements in vivo et que son attitude compromettait la sécurité et la sérénité du travail de l'équipe de recherche. En outre, au regard des relations dégradées entre Mme C et sa supérieure hiérarchique, des mesures ont été prises à l'issue du comité de médiation du 14 février 2019, afin qu'il n'y ait plus d'interactions entre les intéressées, notamment en déplaçant le bureau de Mme C et en lui interdisant d'assister aux réunions d'équipes mais, en revanche, en lui permettant de participer aux séminaires scientifiques de l'institut de psychiatrie et de neurosciences de Paris. Par suite, la décision de ne pas autoriser la requérante à procéder à des expérimentations au sein du laboratoire a été prise pour préserver l'intérêt du service et celui de l'intéressée et ne peut être regardée comme constitutive d'une situation de harcèlement moral. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que l'INSERM aurait pu prendre des mesures différentes en vue d'apaiser les fortes tensions qui prévalaient au sein de l'unité où était affectée Mme C, dans l'intérêt du service et de l'intéressée.
9. Mme C indique, d'autre part, qu'elle a été empêchée par sa supérieure hiérarchique de candidater pour une bourse auprès du programme européen placé sous l'égide du conseil européen de la recherche (ERC Consolidator Grant), en novembre 2018. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'enquête administrative, que sa supérieure hiérarchique estimait que Mme C ne réalisait pas les missions pour lesquelles elle avait été recrutée et qu'elle " n'avait le niveau pour présenter sa candidature à ce type de projet ". Ces éléments, qui témoignent de l'appréciation critique de sa supérieure hiérarchique quant aux compétences de Mme C ne permettent pas d'établir qu'elle aurait été empêchée de se présenter pour l'obtention d'une telle bourse mais uniquement qu'elle ne bénéficiait pas du soutien de sa supérieure hiérarchique. Ils ne peuvent, par suite, caractériser une situation de harcèlement moral.
10. En revanche, il résulte de l'instruction que Mme C a été destinataire de plusieurs courriels anonymes, les 14, 15 mars et 21 mai 2019, ainsi que d'un message sur son blog le 23 avril 2019, au contenu particulièrement insultant et dégradant, remettant en cause ses compétences professionnelles et portant gravement atteinte à sa dignité et à sa réputation. Mme C a déposé plainte le 15 mars 2019, puis une main courante le 25 avril 2019, auprès du commissariat du 16ème arrondissement de Paris, afin de dénoncer ces faits. Mme C a également saisi l'INSERM de ces faits à compter du 27 mars 2019. Dans le cadre de l'enquête administrative conduite par l'INSERM, dont les conclusions ont été rendues le 26 janvier 2021, et qui sont corroborées par le procès-verbal d'audition du 8 novembre 2019 par les services de police, la supérieure hiérarchique de Mme C a reconnu avoir au moins envoyé le courriel du 14 mars 2019, sous un pseudonyme, ainsi qu'un message en anglais, le même jour, sur le blog de Mme C, indiquant que l'intéressée était incompétente. Enfin, Mme C produit un courriel adressé le 5 avril 2019 à une responsable des ressources humaines énumérant les insultes qui auraient été proférées à son égard le même jour par sa supérieure hiérarchique à l'occasion d'une altercation dans son bureau. Si le contenu exact de cette conversation ne peut être établi sur la seule foi des déclarations de Mme C, il n'est pas contesté en défense que cette conversation, qui visait à contraindre la requérante à démissionner avant la fin de son contrat, a effectivement eu lieu dans les locaux de l'INSERM. Cette altercation est, en outre, corroborée, par un courriel du 18 avril 2019 adressé par Mme C à une responsable des ressources humaines faisant le compte rendu de la réunion du 17 avril 2019, au cours de laquelle sa supérieure hiérarchique avait reconnu avoir fait une erreur en se rendant dans son bureau. Au regard de cette altercation, du contenu particulièrement injurieux des messages que sa supérieure hiérarchique a reconnu avoir envoyé de manière anonyme à la requérante, et du contenu des autres messages, dont la teneur laisse suspecter qu'ils émanent, sinon de sa supérieure hiérarchique, à tout le moins de l'entourage professionnel de Mme C, il y a lieu de présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral. En défense, si l'INSERM fait valoir, d'une part, que plusieurs mesures ont été prises pour atténuer les tensions existantes au sein du laboratoire, afin qu'il n'y ait plus d'interactions entre Mme C et sa supérieure hiérarchique, et en permettant seulement à la requérante de participer aux séminaires scientifiques de l'institut de psychiatrie et de neurosciences de Paris et, d'autre part, qu'une enquête administrative a été diligentée pour analyser cette situation, il résulte toutefois de l'instruction que les messages anonymes dont a été destinataire Mme C ont eu pour effet de porter atteinte à sa dignité et à sa réputation, de dégrader ses conditions de travail et d'altérer sa santé mentale, ainsi qu'il est notamment établi par les conclusions de l'expertise psychologique ordonnée par le tribunal judiciaire de Paris dans le cadre de la plainte avec constitution de partie civile introduite par la requérante. En outre, la circonstance que la première plainte de Mme C ait été classée sans suite le 30 juin 2020 n'était pas de nature à permettre à l'INSERM de lui opposer un refus d'octroi de la protection fonctionnelle dès lors, d'une part, que les faits décrits faisaient l'objet d'une enquête administrative, laquelle a du reste conduit à la suspension de la supérieure hiérarchique en cause, ainsi qu'au prononcé d'un blâme à son encontre et, d'autre part, que la requérante avait par la suite introduit une nouvelle plainte avec constitution de partie civile auprès du tribunal judiciaire de Paris, laquelle est toujours en cours d'instruction. Dès lors, Mme C est fondée à soutenir qu'elle a été victime d'agissements constitutifs d'un harcèlement moral et à obtenir réparation des préjudices qu'elle a subis à raison de l'envoi de ces messages. Mme C, qui, contrairement à ce qu'affirme l'INSERM, avait sollicité l'octroi de la protection fonctionnelle à ce titre, est également fondée à soutenir que le président de l'INSERM a commis une erreur de droit en refusant de lui accorder la protection fonctionnelle à raison de ces faits. Elle est également fondée à obtenir réparation des préjudices qu'elle a subis à raison de l'envoi des messages anonymes ainsi que de l'altercation du 5 avril 2019, lesquels sont constitutifs d'un harcèlement moral.
Sur la réparation des préjudices :
En ce qui concerne le préjudice moral :
11. Mme C soutient que les insultes dont elle a fait l'objet ont été source d'une très forte angoisse. Elle produit, à l'appui de ses allégations, le compte rendu du 26 août 2022 d'une expertise psychologique ordonnée par le tribunal judiciaire de Paris dans le cadre de la plainte avec constitution de partie civile introduite par la requérante, qualifie " d'assez importante à importante " la situation de stress en lien avec l'ensemble des griefs exposés par la requérante. Si cette expertise porte sur l'ensemble des faits invoqués par Mme C dans le cadre du harcèlement moral dont elle se plaint, il apparaît toutefois suffisamment établi que les messages anonymes du 14 mars 2019 dont l'envoi a été reconnu par sa supérieure hiérarchique, au contenu particulièrement insultant et dégradant, de même que les autres messages anonymes qu'elle a reçus, ont été à l'origine d'un stress significatif. Il y a lieu, en conséquence, de condamner l'INSERM à verser à Mme C la somme de 4 000 euros au titre de son préjudice moral. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 9 décembre 2020.
En ce qui concerne le préjudice de carrière et le préjudice de santé :
12. Mme C soutient que son avenir professionnel s'est trouvé compromis au sein de l'INSERM dès lors qu'elle a été privée d'expérience et de possibilité de publication pendant plusieurs mois. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 8, il résulte de l'instruction que l'attitude de Mme C a été marquée par un manque d'investissement et de professionnalisme dans la conduite des tâches qui lui avaient été confiées, de sorte que la décision de ne pas autoriser la requérante à procéder à des expérimentations au sein du laboratoire a été prise au regard des nécessités du service et ne peut être regardée comme constitutive d'une situation de harcèlement moral. Il va de même du non-renouvellement de son contrat au sein de l'INSERM. S'agissant enfin de son préjudice de santé, si Mme C soutient que la réception de messages anonymes a été la cause d'une très forte angoisse, elle n'établit pas un préjudice distinct de celui déjà réparé au titre de son préjudice moral.
En ce qui concerne les frais de justice exposés dans le cadre de la procédure judiciaire initiée par Mme C :
13. Il ne ressort d'aucun texte ni d'aucun principe que l'administration pourrait limiter a priori le montant des remboursements alloués à l'agent bénéficiaire de la protection fonctionnelle. Ce montant est calculé au regard des pièces et des justificatifs produits et de l'utilité des actes ainsi tarifés dans le cadre de la procédure judiciaire. L'administration peut toutefois décider, sous le contrôle du juge, de ne rembourser à son agent qu'une partie seulement des frais engagés lorsque le montant des honoraires réglés apparaît manifestement excessif au regard, notamment, des pratiques tarifaires généralement observées dans la profession, des prestations effectivement accomplies par le conseil pour le compte de son client ou encore de l'absence de complexité particulière du dossier.
14. Mme C demande la condamnation de l'INSERM à lui rembourser les frais d'avocat déjà exposés dans le cadre de la première procédure judiciaire qu'elle a initiée, à hauteur de 4 000 euros, ainsi que de prendre en charge les frais d'avocat à venir liés à sa plainte avec constitution de partie civile. Si Mme C a produit, à l'issue de l'audience publique, une note en délibéré assortie de factures d'honoraires établis par son conseil dans le cadre des procédures intentées devant le juge judiciaire, elle n'établit pas avoir été dans l'impossibilité de communiquer ces pièces avant la clôture de l'instruction. Par conséquent, en l'état de l'instruction, Mme C n'est pas fondée à obtenir réparation au titre de ce chef de préjudice.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. D'une part, au regard du moyen fondant l'annulation de la décision implicite de refus de protection fonctionnelle, il y a lieu d'enjoindre au président de l'INSERM d'octroyer à Mme C le bénéfice de cette protection, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
16. D'autre part, il y a lieu d'enjoindre au président de l'INSERM de prendre en charge les frais de justice qui pourraient être ultérieurement exposés par Mme C dans le cadre de sa plainte avec constitution de partie civile qu'elle établit avoir déposée auprès du tribunal judiciaire de Paris, sur présentation des justificatifs d'honoraires afférents, et sous réserve qu'ils ne présentent pas un caractère manifestement excessif.
Sur les frais liés au litige :
17. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'INSERM la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle le président de l'institut national de la santé et de la recherche médicale a refusé de faire droit à la demande de protection fonctionnelle de Mme C est annulée.
Article 2 : L'institut national de la santé et de la recherche médicale est condamné à verser à Mme C la somme de 4 000 euros au titre de son préjudice moral, assortie des intérêts au taux légal à compter du 9 décembre 2020.
Article 3 : Il est enjoint au président de l'institut national de la santé et de la recherche médicale d'octroyer à Mme C le bénéfice de la protection fonctionnelle, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de prendre en charge les frais de justice qui pourraient être ultérieurement exposés par Mme C dans le cadre de la plainte avec constitution de partie civile qu'elle a déposée, sur présentation des justificatifs d'honoraires afférents, et sous réserve qu'ils ne présentent pas un caractère manifestement excessif.
Article 4 : L'institut national de la santé et de la recherche médicale versera à Mme C la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au président de l'institut national de la santé et de la recherche médicale.
Délibéré après l'audience 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Versol, présidente,
M. Pény, premier conseiller,
M. Doan, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.
Le rapporteur,
A. Pény
La présidente,
F. Versol La greffière,
A. Cardon
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche et de l'innovation en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
No 2107581/6-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026