vendredi 24 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2107883 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | LE METAYER ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 14 avril 2021 et le 23 septembre 2021, Mme B C, représentée par Me Menouvrier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite rejetant sa demande indemnitaire et de condamner le préfet de police de Paris à lui verser la somme de 194 990 euros assortis des intérêts légaux et de leur capitalisation annuelle ;
2°) de mettre à la charge du préfet de police de Paris une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que :
- elle n'a pas pu bénéficier des pauses prévues par l'instruction générale relative à l'organisation du travail dans la police nationale en date du 18 octobre 2002 entre le 6 juin 2003 et mars 2018 ;
- cette faute lui a occasionné un préjudice financier à hauteur de 179 990 euros et un préjudice moral à hauteur de 15 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 août 2021, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'il n'a pas commis de faute et, à titre subsidiaire, que les créances antérieures au 1er janvier 2016 que Mme C affirme détenir sur l'administration, sont prescrites.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics ;
- le décret n° 2000-815 du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature ;
- l'instruction générale relative à l'organisation du travail dans la police nationale,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de Mme Lambrecq, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lucas, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, fonctionnaire de police depuis le 1er février 1996, au grade de brigadier-chef depuis le 1er juin 2005, a été affectée du 6 juin 2003 au mois de mars 2018 dans une unité de nuit de la division des techniques et de la sécurité en intervention de la sous-direction de la formation de la direction des ressources humaines de la préfecture de police, puis en unité de jour. Par un courrier du 17 décembre 2021, elle a adressé une demande indemnitaire remise le 20 décembre 2021, implicitement rejetée sans que le préfet de police de Paris en ait accusé réception. Elle doit être regardée comme demandant au tribunal de condamner le préfet de police de Paris à lui verser la somme totale de 194 990 euros.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. Aux termes du dernier alinéa du I de l'article 3 du décret n° 2000-815 du 25 août 2000, relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'Etat : " Aucun temps de travail quotidien ne peut atteindre six heures sans que les agents bénéficient d'un temps de pause d'une durée minimale de vingt minutes. "
3. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'un agent public accomplit six heures de travail effectif par jour, son employeur est tenu de lui accorder un temps de pause d'une durée minimale de vingt minutes qui peut, le cas échéant, coïncider avec la pause déjeuner, sous peine de commettre une illégalité fautive engageant sa responsabilité. Alors même qu'il doit être pris par l'intéressé à un moment fixé par l'autorité en fonction des nécessités du service, le temps de pause durant lequel l'agent n'est pas à la disposition de son employeur et peut vaquer librement à ses occupations personnelles ne constitue pas un temps de travail effectif et ne doit, par suite, pas être rémunéré.
4. Ces dispositions ont été reprises et adaptées par l'instruction générale relative à l'organisation du travail dans la police nationale qui précise, page 22, que " sous réserve des nécessités du service, aucun temps de travail quotidien ne peut atteindre six heures sans que les personnels bénéficient d'un temps de pause d'une durée comprise entre vingt et trente minutes ", et aux pages 20-21, que " La journée de travail ne peut faire l'objet que d'un seul fractionnement - pour la prise du déjeuner -, tenant compte des nécessités du service et des impératifs liés à l'accueil du public. L'interruption de service résultant de cette pause ne peut être inférieure à 45 minutes ni supérieure à deux heures " (pages 20-21)
5. Mme C soutient qu'elle n'a pas bénéficié de pause durant les années où elle effectuait son service de nuit et fournit le témoignage circonstancié de deux anciens collègues en ce sens. Si le préfet de police de Paris fait valoir en défense que Mme C a en réalité toujours bénéficié d'une pause, à 0h30 jusqu'en août 2017, puis à 2h30 depuis le 21 août 2017, il n'apporte aucun élément en ce sens alors même que l'organisation d'un cycle horaire implique nécessairement la production d'écrits permettant d'établir l'existence des pauses. Il en résulte que le préfet de police de Paris a méconnu les dispositions précitées et commis une faute susceptible d'engager sa responsabilité.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne l'exception de prescription :
6. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 : " Sont prescrites au profit de l'Etat () toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis () ".
7. Le fait générateur de la créance que Mme C détient sur l'Etat se trouve dans les services accomplis par l'intéressée. Dans ces circonstances, la prescription est acquise à la fin de la quatrième année suivant chacune de celles au titre desquelles ses services auraient dû donner lieu à indemnisation. Mme C ayant transmis sa demande préalable le 21 décembre 2020, les créances antérieures au 1er janvier 2016 sont prescrites.
En ce qui concerne le préjudice financier :
8. Il ne ressort d'aucune disposition légale ou réglementaire que les temps de pause non consentis, qui ne constituaient qu'une seule et unique pause et non deux, comme le soutient Mme C, auraient dû être indemnisés. Par suite, les conclusions de Mme C tendant à l'indemnisation d'un préjudice financier doivent être rejetées.
En ce qui concerne le préjudice moral :
9. Mme C soutient que l'absence de pause a provoqué chez elle une fatigue qui l'a contrainte à reprendre un travail de jour, mais n'apporte aucun élément au soutien de cette affirmation. Cependant, la faute commise par l'administration est de nature à lui causer un préjudice dont il sera fait une juste appréciation en le fixant, pour la période du 1er janvier 2016 à mars 2018, à 2 000 euros.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
10. D'une part, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.
11. D'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.
12. La requérante ayant demandé en premier lieu une indemnisation par la voie de sa réclamation préalable reçue le 21 décembre 2020, la somme mise à la charge de l'Etat portera intérêt à cette date. Les intérêts échus le 21 décembre 2021 sont capitalisés pour porter eux-mêmes intérêts à compter de cette date, puis à chaque échéance annuelle.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme C une somme de 2 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 21 décembre 2020. Les intérêts échus le 21 décembre 2021 seront capitalisés pour porter eux-mêmes intérêts à compter de cette date, puis à chaque échéance annuelle.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.
Délibéré après l'audience du 6 mars 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Riou, présidente,
Mme Kanté, première conseillère,
M. Coz, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2023.
Le rapporteur,
Y. A
La présidente,
C. Riou
La greffière,
V. Lagrède
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026