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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2107928

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2107928

vendredi 14 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2107928
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre - R.222-13
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés sous le no 2116206 les 28 juillet 2021 et 29 juillet 2022, M. A B représenté par Me Tulle, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet par laquelle la ville de Paris a rejeté son recours préalable obligatoire formé le 14 janvier 2021 contre la décision du directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris en date du 22 décembre 2020 lui notifiant un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 10 290,18 euros portant sur la période janvier 2019 à novembre 2020 ;

2°) de condamner la CAF de Paris à le rétablir dans ses droits à compter de décembre 2020 sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

3°) de condamner la CAF de Paris aux entiers dépens, notamment les frais d'huissier de justice.

Il soutient que :

- son recours est recevable ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la CAF de Paris ne l'a pas informé de l'exercice de son droit à communication ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 262-2 et R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2022, la présidente du conseil de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la décision d'indu ne résulte pas d'un traitement algorithmique mais du constat fait par un contrôleur assermenté de la CAF de Paris ;

- s'agissant d'une décision implicite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte ne peut qu'être écarté ;

- le requérant ne peut pas se prévaloir de l'absence de motivation de la décision initiale du 22 décembre 2020 par laquelle la CAF de Paris lui a notifié l'indu de RSA litigieux dès lors que la décision implicite de rejet par laquelle la ville de Paris a rejeté son recours administratif formé à l'encontre de cette décision s'est substituée à celle-ci ;

- les droits de la défense n'ont pas été méconnus dès lors que le requérant a pu faire valoir ses observations dans le cadre du recours préalable obligatoire prévu par les dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles ;

- l'indu de RSA en litige est fondé dès lors qu'il a été démontré que le requérant n'avait pas résidé sur le territoire français un seul mois complet au cours des années 2018 et 2019.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juin 2021.

II. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés sous le no 2126668 les 11 décembre 2021 et 29 juillet 2022, M. A B représenté par Me Tulle, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet par laquelle la ville de Paris a rejeté son recours préalable obligatoire formé le 17 février 2021 contre la décision du directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris en date du 8 février 2021 lui notifiant un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 6 587,91 euros portant sur la période de janvier 2018 à mars 2019 ;

2°) de condamner la CAF de Paris à le rétablir dans ses droits à compter du mois de décembre 2020 sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

3°) de condamner la CAF de Paris aux entiers dépens, notamment les frais d'huissier de justice.

Il soutient que :

- son recours est recevable ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les droits de la défense ;

- la CAF de Paris ne l'a pas informé de l'exercice de son droit à communication ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;

- les sommes réclamées par la CAF de Paris étaient prescrites pour la période du 1er janvier 2018 au 7 février 2019.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2022, la présidente du conseil de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la décision d'indu ne résulte pas d'un traitement algorithmique mais du constat fait par un contrôleur assermenté de la CAF de Paris ;

- s'agissant d'une décision implicite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte ne peut qu'être écarté ;

- le requérant ne peut pas se prévaloir de l'absence de motivation de la décision initiale du 8 février 2021 par laquelle la CAF de Paris lui a notifié l'indu de RSA litigieux dès lors que la décision implicite de rejet par laquelle la ville de Paris a rejeté son recours administratif formé à l'encontre de cette décision s'est substituée à celle-ci ;

- les droits de la défense n'ont pas été méconnus dès lors que le requérant a pu faire valoir ses observations dans le cadre du recours préalable obligatoire prévu par les dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles ;

- l'indu de RSA en litige est fondé dès lors qu'il a été démontré que le requérant n'avait pas résidé sur le territoire français un seul mois complet au cours des années 2018 et 2019.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 octobre 2021.

III. Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés sous le no 2107928 le 14 avril 2021 et les 22 juillet et 22 août 2022, M. A B, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 décembre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris lui a demandé le remboursement de la prime exceptionnelle de fin d'année (PEFA) 2019 et de le décharger de l'obligation de payer cette somme ;

2°) de mettre à la charge de la CAF de Paris une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son recours est recevable ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les droits de la défense ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 novembre 2021 et 9 août 2022, le directeur de la CAF de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la décision d'indu ne résulte pas d'un traitement algorithmique mais du constat fait par un contrôleur assermenté de la CAF de Paris ;

- la décision attaquée est motivée ;

- la décision attaquée comporte la signature de l'autorité compétente conformément aux dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il n'y pas eu méconnaissance du droit à communication dès lors que le requérant avait connaissance des informations collectées ;

- les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration qui prévoient une procédure contradictoire n'étaient pas applicables ;

- l'indu de PEFA 2019 est fondé dès lors que l'intéressé a séjourné plus de trois mois à l'étranger au cours de l'année 2019 ;

- contrairement à ce que soutient le requérant la CAF de Paris n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles dès lors qu'elle n'a procédé à aucune retenue pour solder la créance de PEFA 2019 ;

- la créance n'est pas prescrite.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mars 2021.

IV. Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés sous le n° 2202722 les 5 février, 29 juillet et 22 août 2022, M. A B, représenté par Me Tulle, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 octobre 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris lui a notifié le rejet de son recours gracieux formé contre les décisions lui notifiant un indu de prime exceptionnelle de fin d'année (PEFA) au titre des années 2018, 2019 et 2020 ;

2°) enjoindre à la CAF de Paris de lui verser la PEFA au titre des années 2018, 2019 et 2020 ;

3°) de condamner la CAF de Paris aux entiers dépens, notamment les frais d'huissier de justice.

Il soutient que :

- son recours est recevable ;

- il est opposé à la jonction des requêtes ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les droits de la défense ;

- la CAF de Paris ne l'a pas informé de l'exercice de son droit à communication ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;

- les sommes réclamées par la CAF de Paris étaient en partie prescrites, en l'absence de manœuvres frauduleuses dûment établies.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 juin et 9 août 2022, le directeur de la CAF de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur l'indu de PEFA 2020 ;

- la décision attaquée comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement ;

- les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration qui prévoient une procédure contradictoire n'étaient pas applicables ;

- la décision attaquée comporte la signature de l'autorité compétente conformément aux dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il n'y pas eu méconnaissance du droit à communication dès lors que le requérant avait connaissance des informations collectées ;

- les indu de PEFA 2018 et 2019 sont fondés dès lors que l'intéressé a séjourné plus de trois mois à l'étranger au cours de chacune de ces années ;

- la créance n'est pas prescrite.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 décembre 2021.

V. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés sous le no 2116203 le 28 juillet 2021 et le 29 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Tulle, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet par laquelle la ville de Paris a rejeté son recours préalable obligatoire formé le 14 janvier 2021 contre la décision du directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris en date du 29 décembre 2020 lui indiquant que ses droits au RSA étaient suspendus à compter du mois de décembre 2020 ;

2°) de condamner la CAF de Paris à le rétablir dans ses droits sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

3°) de condamner la CAF de Paris aux entiers dépens, notamment les frais d'huissier de justice.

Elle soutient que :

- son recours est recevable ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les droits de la défense ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2022, la présidente du conseil de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la décision d'indu ne résulte pas d'un traitement algorithmique mais du constat fait par un contrôleur assermenté de la CAF de Paris ;

- s'agissant d'une décision implicite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte ne peut qu'être écarté ;

- le requérant ne peut pas se prévaloir de l'absence de motivation de la décision initiale du 29 décembre 2020 par laquelle la CAF de Paris l'a informé de la suspension de ses droits au RSA dès lors que la décision implicite de rejet par laquelle la ville de Paris a rejeté son recours administratif formé à l'encontre de cette décision s'est substituée à celle-ci ;

- les droits de la défense n'ont pas été méconnus dès lors que le requérant a pu faire valoir ses observations dans le cadre du recours préalable obligatoire prévu par les dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles. L'intéressé a en outre pu faire valoir ses observations dans le cadre de la procédure de suspension de ses droits au RSA engagée à son encontre par la ville de Paris en l'absence de respect du contrats d'engagement réciproques signé avec les autorités compétentes ;

- le requérant fait valoir à juste titre qu'il ne pouvait pas être mis fin à ses droits au RSA au motif qu'il n'avait pas transmis ses déclarations mensuelles de ressources. Toutefois, les droits de l'intéressé ont été suspendus à bon droit par la ville de Paris dès lors que le requérant n'a pas respecté son contrat d'engagements réciproques.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juin 2021.

Les parties ont été informées par un courrier en date du 29 juillet 2022 qu'en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative qu'en ce qui concerne les requêtes nos 2116206 et 2202722, le tribunal était susceptible de fonder son jugement sur un moyen d'ordre public tiré de ce que les conclusions dirigées contre la décision implicite de la ville de Paris en tant qu'elle lui demande le remboursement d'un indu de RSA pour la période de janvier 2020 à novembre 2020 ainsi que les conclusions tendant à l'annulation de la décision de la CAF de Paris notifiant à M. B un indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2020 étaient irrecevables, l'administration ayant prononcé l'annulation de ces indus avant l'introduction des requêtes.

En réponse à ce moyen d'ordre public par un mémoire, enregistrée le 4 août 2022, M. B, représenté par Me Tulle fait valoir qu'il a été contraint d'introduire des recours contentieux afin de solliciter l'annulation de la décision implicite de rejet de la ville de Paris en tant que les décisions attaquées portent sur un indu de RSA pour la période d'avril 2019 à décembre 2019 et sur un indu de PEFA au titre de l'année 2019.

Vu les pièces du dossier.

Vu

- le code de l'action sociale et des familles,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de la sécurité sociale,

- le décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018,

- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Par une ordonnance du 19 septembre 2022 la clôture de l'instruction a été fixée au 30 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a bénéficié de l'allocation de revenu de solidarité active (RSA) pour une personne seule et sans enfant à compter du 1er juin 2009. Un rapport établi le 6 novembre 2020, à l'occasion d'un contrôle diligenté par les services de la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris, a relevé que M. B avait effectué de nombreux séjours à l'étranger entre juin 2017 et juin 2020 sans en informer les services de la CAF. Sur la base de ce rapport de contrôle, les droits de M. B ont été recalculés et la CAF de Paris a notifié à M. B, les 22 décembre 2020 et 8 février 2021 des indus de RSA d'un montant respectif de 10 290,18 euros pour la période de janvier 2019 à novembre 2020 et de 6 587, 91 euros pour la période de janvier 2018 à mars 2019. M. B a exercé un recours préalable à l'encontre de chacune de ces décisions qui ont été implicitement rejetées par la présidente du conseil de la ville de Paris. Le 10 juin 2021, la CAF de Paris a informé la ville de Paris de l'annulation de la créance de RSA portant sur la période de janvier à novembre 2020 dans la mesure où aucun élément ne permettait d'établir que M. B aurait été absent du territoire français plus de 90 jours au cours de l'année civile 2020. Compte tenu de l'annulation de cette créance, l'indu de RSA a été ramené à la somme de 6 587,91 euros pour la période de janvier 2018 à mars 2019 et à 4 397,70 euros pour la période d'avril 2019 à décembre 2019. M. B s'est également vu notifier par des décisions du directeur de la CAF de Paris en date du 26 décembre 2020 et du 8 février 2021 des indus de prime exceptionnelle de fin d'année (PEFA) 2018 et 2019 d'un montant respectif de 152,45 euros. Par une décision du 5 octobre 2021, le directeur de la CAF de Paris, après examen du dossier par une commission dédiée réunie le 18 juin 2021, a confirmé les indus de PEFA au titre des années 2018, 2019 et 2020. Par ailleurs, la CAF de Paris a notifié à M. B, le 29 décembre 2020, une décision de suspension des droits à l'allocation RSA. Le 14 janvier 2021, M. B a formé un recours préalable contre cette décision qui a été implicitement rejeté par la ville de Paris. Par les présentes requêtes, qu'il convient de joindre afin de statuer par un seul jugement, M. B demande au tribunal d'annuler les décisions implicites de rejet par lesquelles la ville de Paris a confirmé les indus de RSA ainsi que la décision mettant fin à ses droits à cette allocation à compter de décembre 2020, d'annuler la décision du 26 décembre 2020 lui notifiant un indu de PEFA 2019 ainsi que la décision du 5 octobre 2021 par laquelle le directeur de la CAF de Paris a confirmé les indus de PEFA au titre des années 2018, 2019 et 2020. M. B, qui doit en outre être regardé comme demandant l'annulation des décisions initiales procédant au rappel de ces indus de PEFA, demande également de le décharger de l'obligation de payer les sommes qui lui sont réclamées et de le rétablir dans ses droits.

Sur la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation de l'indu de RSA portant sur la période de janvier 2020 à novembre 2020 et de l'indu de PEFA 2020 :

2. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 10 juin 2021, la CAF de Paris a informé M. B, qu'un réexamen de son dossier avait permis au service de constater qu'aucune absence excédant 90 jours ne pouvait lui être reprochée au titre de l'année civile 2020, et que l'indu de RSA pour la période de janvier 2020 à novembre 2020 et l'indu de PEFA 2020 étaient en conséquence annulés. Les requêtes nos 2116206 et 2202722 ont été enregistrées respectivement les 28 juillet 2021 et 5 février 2022, soit postérieurement à la date à laquelle la CAF de Paris a procédé à l'annulation des indus précités et a rapporté, dans cette mesure, la décision implicite rejetant le recours préalable de M. B contre la décision du 22 décembre 2020 procédant au rappel de RSA au titre de la période de janvier 2019 à novembre 2020, et la décision se rapportant au rappel de la PEFA de 2020. Par suite, les conclusions de ces requêtes étaient irrecevables, dans cette même mesure, lorsqu'elles ont été présentées devant le tribunal administratif de Paris et doivent être rejetées pour ce motif.

Sur l'office du juge :

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de RSA, à l'aide exceptionnelle de fin d'année ou à la prime d'activité, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation, à cette aide ou à cette prime, qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

4. Lorsque, en revanche, le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de RSA, d'aide exceptionnelle de fin d'année ou de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

5. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Lorsque tout ou partie de l'indu d'allocation de RSA, d'aide exceptionnelle de fin d'année ou de prime d'activité a été recouvré avant que le caractère suspensif du recours n'y fasse obstacle, il appartient au juge, s'il est saisi de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de rembourser la somme déjà recouvrée, de déterminer le délai dans lequel l'administration, en exécution de sa décision, doit procéder à ce remboursement, sauf à régulariser sa décision de récupération si celle-ci n'a été annulée que pour un vice de forme ou de procédure.

Sur l'indu de RSA :

En ce qui concerne l'indu de RSA de 4 397,70 euros portant sur la période d'avril 2019 à décembre 2019 :

6. Il résulte de l'instruction que la ville de Paris a implicitement confirmé la décision initiale de la CAF de Paris en date du 22 décembre 2020 fondée, à tort, sur la circonstance que le requérant avait la qualité de travailleur indépendant alors que celui-ci n'a perçu aucune ressource tirée de cette activité. Si la ville de Paris soutient, en défense, que M. B a effectué des séjours répétés à l'étranger excédant 90 jours au cours de chaque année civile sur la période de janvier 2018 à décembre 2019, la présidente du conseil de Paris n'a pas expressément demandé au tribunal de procéder à une substitution de motifs, à laquelle la juridiction ne peut procéder d'office. Dès lors, M. B est fondé à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'une erreur de fait et à demander pour ce motif son annulation.

En ce qui concerne l'indu de RSA de 6 587,91 euros portant sur la période de janvier 2018 à mars 2019 :

7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la décision attaquée a été prise au vu des résultats du contrôle réalisé par un agent assermenté et non sur le fondement d'un traitement algorithmique. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision ne comporterait aucune des mentions exigées par les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui prévoient seulement, au demeurant, leur communication à tout intéressé qui en ferait la demande ne peut qu'être écarté comme inopérant.

8. En deuxième lieu, si M. B fait valoir d'une part que la décision de notification d'indu de RSA en date du 8 février 2021 serait insuffisamment motivée, et d'autre part, qu'elle ne préciserait pas les mentions requises du nom, du prénom et de la qualité de son auteur et ne comprendrait pas sa signature, , une décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire s'y est intégralement substituée. Une telle décision ne méconnaît pas en elle-même les exigences de motivation et d'indications relatives à son auteur dont se prévaut le requérant. Dès lors que celui-ci n'a pas adressé de demande de communication des motifs de cette décision implicite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation des décisions de récupération d'indu et de méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doivent être rejetés.

9. En troisième lieu, si, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ", l'article L. 121-2 du même code précise que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 4° Aux décisions prises par les organismes de sécurité sociale () sauf lorsqu'ils prennent des mesures à caractère de sanction () ". La décision litigieuse de récupération d'un indu de RSA ne constitue pas une sanction. Dès lors, son édiction n'est pas soumise au respect des dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.

10. En quatrième lieu, il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 262-16 et L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles et L. 114-19 et L. 114-21 du code de la sécurité sociale que les caisses d'allocations familiales et les caisses de mutualité sociale agricole, chargées du service du RSA, réalisent les contrôles relatifs à cette prestation d'aide sociale selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale, au nombre desquels figurent le droit de communication instauré par l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale au bénéfice des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations qu'ils servent, ainsi que les garanties procédurales qui s'attachent, en vertu de l'article L. 114-21 du même code, à l'exercice de ce droit par un organisme de sécurité sociale. Il incombe ainsi à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit au RSA ou de récupérer un indu de RSA, tant de la teneur que de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l'allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l'indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale instituent ainsi une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.

11. Les énonciations portées par l'agent de contrôle sur le rapport d'enquête établi le 6 novembre 2020 mentionnent le nom des consultations des organismes contactés par l'agent de contrôle de la CAF de Paris, notamment le fichier des comptes bancaires (FICOBA) et indiquent que le requérant sera informé par écrit de la faculté pour la CAF de mettre en œuvre le droit de communication prévu aux articles L. 114-19 et suivants du code de la sécurité sociale, et de son droit d'obtenir la communication des documents obtenus des tiers si le contrôle aboutit à un recouvrement ou à la suppression de la prestation. M. B, qui a eu communication du rapport d'enquête du 6 novembre 2020, doit dès lors être regardé comme ayant été informé de la teneur et de l'origine des informations retenues par la caisse d'allocations familiales pour estimer qu'il ne remplissait pas les conditions de résidence pour bénéficier du RSA au cours de la période litigieuse. Par ailleurs, M. B ne peut utilement se prévaloir des termes de la circulaire n° DSS/2011/323 du 21 juillet 2011 relative aux conditions d'application par les organismes de sécurité sociale du droit de communication institué aux articles L. 114-19 et suivants du code de la sécurité sociale, qui est dépourvue de caractère réglementaire. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait demandé la communication de documents obtenus par l'exercice du droit de communication. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées ci-dessus de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale doit être écarté.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active, le département ou l'Etat en recouvrement des sommes indûment payées. ".

13. Compte tenu de l'importance des omissions reprochées à M. B et de leur durée, la bonne foi de celui-ci ne peut être retenue et ce dernier doit être regardé comme ayant commis des fausses déclarations. Dans ces conditions, conformément aux dispositions de l'article L. 262-45 précité du code de l'action sociale et des familles, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le délai de prescription de deux ans faisait obstacle à l'action en recouvrement de l'indu de RSA engagée à son encontre.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ".

15. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de RSA, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elle mentionne et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de RSA a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le RSA ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du RSA est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

16. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le requérant, ainsi qu'il le reconnaît lui-même, a séjourné à l'étranger du 27 janvier 2018 au 28 janvier 2018, du 3 février 2018 au 4 février 2018, et du 23 février 2018 au 25 février 2018. Il résulte en outre de l'instruction que l'intéressé a effectué des opérations financières régulières en Asie, au Luxembourg et en Belgique entre le 30 avril 2018 et le 31 août 2018, qu'il a séjourné plusieurs jours à l'étranger au cours des mois de septembre, octobre, novembre et décembre 2018 indiquant une présence à l'étranger supérieure à 90 jours en 2018. Il résulte en outre de l'instruction, et en particulier de la consultation des relevés bancaires de M. B que ce dernier a effectué des déplacements de 48 jours au Luxembourg, en Grande Bretagne, en Asie et en Allemagne entre le 1er janvier et le 18 février 2019, des déplacements de 19 jours en Allemagne, au Luxembourg et en Belgique entre le 27 février et le 18 mars 2019, un déplacement de deux jours entre le 6 et 7 avril 2019 à l'étranger, des déplacements de 67 jours en Suisse, en Belgique, au Luxembourg et en Allemagne entre le 10 mai et le 16 juillet 2019, des déplacements de 35 jours au Luxembourg et en Belgique entre le 6 août et le 10 septembre 2019 et des déplacements de 35 jours entre le 29 septembre et le 28 octobre 2019 ainsi que des séjours à l'étranger en novembre et décembre 2019 indiquant une présence à l'étranger de plus de 90 jours au cours de l'année 2019. Si ainsi que le fait valoir le requérant les paiements effectués en ligne ne peuvent pas être pris comme point de départ pour comptabiliser les séjours à l'étranger, en revanche ils ne permettent pas davantage de retenir que l'intéressé se trouvait en France au moment où ils ont été effectués. Ainsi, en estimant que le requérant ne remplissait pas la condition de résidence stable et effective en France et que, par conséquent, eu égard à la durée totale de ses séjours à l'étranger et de son absence de présence sur le territoire français un seul mois complet, il n'était en droit de percevoir aucune somme au titre du RSA pour la période en litige, la maire de Paris n'a ni commis d'erreur de droit, ni commis d'erreur d'appréciation.

17. Il résulte de ce qui précède que la requête no 2126668 doit être rejetée dans toutes ses conclusions. Il y a lieu en revanche d'annuler la décision implicite de rejet par laquelle la ville de Paris a confirmé la décision de la CAF de Paris en date du 8 février 2021 en tant qu'elle porte sur un indu de RSA de 4 397,70 euros pour la période d'avril 2019 à décembre 2019.

Sur les indus de PEFA 2018 et 2019 :

18. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. () ". Cette obligation s'applique aux décisions prises par le président du conseil départemental, ou par délégation de celui-ci, en matière de RSA. Les décrets des 14 décembre 2018 et 10 décembre 2019 relatifs aux aides exceptionnelles de fin d'année attribuées à certains allocataires du RSA prévoient qu'une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du RSA qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre ou, à défaut, du mois de décembre de l'année considérée, à condition que les ressources du foyer n'excèdent pas un certain montant. Ils précisent que cette aide est à la charge de l'Etat et versée par l'organisme débiteur du RSA. Cette aide exceptionnelle est ainsi attribuée au nom de l'Etat et, par suite, les litiges relatifs à son attribution ou à la récupération d'un paiement indu à ce titre n'entrent pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles. Il en résulte que les recours dirigés contre les décisions d'indu de PEFA n'ont pas à être précédée du recours administratif préalable obligatoire prévu par les dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles. En outre, s'il est loisible aux allocataires d'exercer un recours gracieux auprès du directeur de la CAF afin de contester les décisions d'indu de PEFA, il résulte de ce qui précède que la décision prise par l'autorité compétente à l'issue de ce recours ne se substitue aucunement à la décision initiale

En ce qui concerne l'indu de PEFA 2019 :

19. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () imposent des sujétions () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

20. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de la PEFA est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite et en l'absence de texte spécial sur ce point, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation en fait de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu. Elle doit par ailleurs viser les textes juridiques dont elle fait application.

21. En l'espèce, d'une part, aucun recours administratif préalable obligatoire n'ayant été institué en matière de PEFA, la décision expresse de rejet du recours gracieux de M. B à l'encontre de la décision du 26 décembre 2020 portant notification d'un indu de PEFA d'un montant de 152,45 euros ne s'est pas substituée à cette dernière. Il en résulte que le requérant peut utilement soutenir que la décision du 26 décembre 2020 est insuffisamment motivée. D'autre part, il résulte de l'instruction que cette décision, ainsi que le reconnaît la CAF de Paris, ne mentionne pas les éléments de droit qui en constituent le fondement. Elle est par suite insuffisamment motivée.

En ce qui concerne l'indu de PEFA 2018 :

22. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux, dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

23. Il résulte de l'instruction que la décision du 8 février 2021 par laquelle le directeur de la CAF a notifié à M. B un indu de PEFA 2018 ne mentionne pas les éléments de fait et de droit qui en constituent le fondement. Dans ces conditions, cette décision est insuffisamment motivée et M. B est fondé à en demander l'annulation pour ce motif.

24. Il résulte de ce qui précède que les décisions des 8 février 2021 et 26 décembre 2020 par lesquelles le directeur de la CAF de Paris a mis à la charge de M. B des indus de PEFA d'un montant respectif 152,45 euros doivent être annulées ainsi que, par voie de conséquence, la décision du 5 octobre 2021 par laquelle cette même caisse a rejeté son recours gracieux dirigé contre ces décisions.

Sur la suspension des droits au RSA :

25. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.

26. Dès lors que la décision en litige se prononce sur les droits du requérant au RSA, il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu'il appartient au tribunal de se prononcer directement sur les droits de celui-ci au RSA, sans avoir à se prononcer sur les vices propres de l'acte. Par suite, les moyens tirés de l'absence de signature et de l'incompétence de l'auteur de l'acte qui concernent d'éventuels vices propres de la décision attaquée sont sans incidence sur les droits réels de M. B au RSA, et doivent être écartés comme inopérants.

27. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la décision attaquée a été prise au vu de la procédure de suspension engagée par les services de la ville de Paris et non sur le fondement d'un traitement algorithmique. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision ne comporterait aucune des mentions exigées par les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui prévoient seulement, au demeurant, leur communication à tout intéressé qui en ferait la demande ne peut qu'être écarté comme inopérant.

28. En deuxième lieu, si le requérant fait valoir que le principe du contradictoire a été méconnu, il résulte de l'instruction que celui-ci a été en mesure de présenter des observations préalablement à la mesure de suspension de ses droits au RSA. Par suite le moyen doit être écarté.

29. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que par un courrier du 14 janvier 2020 la ville de Paris, compte tenu des observations formulées par l'organisme IDEFLE signataire d'un contrat d'engagement réciproque signé avec M. B le 4 novembre 2019, a informé celui-ci qu'il était envisagé de suspendre ses droits au RSA et que pour éviter cette interruption, il lui appartenait dans le délai d'un mois, soit de prendre rendez-vous avec l'organisme IDEFLE chargé de son suivi, soit de présenter ses observations par courrier, soit de demander à être entendu par l'équipe pluridisciplinaire et que passé ce délai son dossier serait transmis à l'équipe pluridisciplinaire afin qu'elle se prononce sur la suspensions de son allocation. Par un courrier du 31 janvier 2020, M. B a fait valoir qu'il n'avait pas refusé la proposition d'accompagnement et d'évaluation de son projet d'entreprise mais qu'il lui a été demandé un perfectionnement en anglais afin de poursuivre l'accompagnement de son projet, qu'il avait engagé les démarches nécessaires afin de bénéficier d'un financement pour bénéficier d'une formation en anglais auprès du British Council mais qu'il n'avait obtenu aucune réponse de la part de cet organisme, qu'il avait contacté plusieurs incubateurs ainsi que cela lui avait été demandé mais que les conditions financières fixées par ces organismes étaient rédhibitoires pour lui, et enfin que compte tenu du retard pris dans l'avancement de son projet, il s'était engagé dans un processus de certification pour enseigner le français langue étrangère afin de parvenir à son autonomie financière. Par un courrier du 19 août 2020, la ville de Paris a indiqué à M. B qu'elle avait pris bonne note de ses observations, qu'il lui appartenait d'élaborer dans un délai d'un mois un contrat d'insertion avec l'organisme IDEFLE et que passé ce délai, son dossier sera transmis à la commission pluridisciplinaire afin d'examiner une éventuelle suspension de son droit au RSA. M. B démontre avoir reçu le 31 août 2020 une convocation de l'organisme IDEFLE afin de faire le point sur son parcours d'insertion. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que dans le délai d'un mois à compter du 19 août 2020, ni même à ce jour, M. B aurait signé un nouveau contrat d'engagement réciproque avec l'organisme IDEFLE. Dans ces conditions, et alors que le requérant n'a pas contesté dans les délais de recours contentieux la décision de la ville de Paris du 1er octobre 2020 prononçant la suspension de ses droits au RSA, les conclusions de M. B tendant à obtenir le rétablissement dans ses droits au RSA à compter du mois de décembre 2020 doivent être rejetées.

30. Il résulte de tout ce qui précède que si les requêtes nos 2126668 et 2116203 doivent être rejetées dans toutes ses conclusions, il y a lieu en revanche d'annuler la décision implicite de rejet par laquelle la ville de Paris a confirmé la décision de la CAF de Paris en date du 8 février 2021 en tant qu'elle porte sur un indu de RSA de 4 397,70 euros pour la période d'avril 2019 à décembre 2019 ainsi que les décisions des 26 décembre 2020 et 8 février 2021 par lesquelles la CAF de Paris lui a notifié des indus de PEFA aux titre des années 2018 et 2019 et, par voie de conséquence, la décision du 5 octobre 2021 par laquelle cette même caisse a rejeté son recours gracieux dirigé contre ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

31. Le présent jugement, qui annule la décision implicite de rejet de la ville de Paris confirmant un indu de RSA en tant qu'il porte sur un montant de 4 397,70 euros pour la période d'avril 2019 à décembre 2019, les décisions de la CAF de Paris en date des 26 décembre 2020 et 8 février 2021 notifiant à M. B un indu d'un montant respectif de 152,45 euros au titre de l'aide exceptionnelle de fin d'année versée en 2018 et 2019 ainsi que par voie de conséquence la décision du 5 octobre 2021 par laquelle cette même caisse a rejeté son recours gracieux dirigé contre ces décisions, implique nécessairement que l'administration procède au remboursement des sommes éventuellement recouvrées à ce titre, sauf à régulariser ses décisions de récupération. Il lui sera enjoint, sous cette réserve, de procéder à ce remboursement dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

32. Le surplus des conclusions à fin d'injonction présentées par M. B ne peut en revanche, eu égard aux motifs du présent jugement, qu'être rejeté. Il y a également lieu de rejeter les conclusions à fin d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

33. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Ainsi, Me Desfarges peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Desfarges renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Desfarges.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet du recours administratif formé par M. B contre la décision de la caisse d'allocations familiales de Paris du 22 décembre 2020 est annulée en tant qu'elle confirme un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 4 397,70 euros pour la période d'avril 2019 à décembre 2019.

Article 2 : Les décisions de la caisse d'allocations familiales de Paris des 26 décembre 2020 et 8 février 2021 notifiant à M. B un indu d'un montant total de 304,90 euros au titre de l'aide exceptionnelle de fin d'année versée en 2018 et 2019, ensemble la décision du 5 octobre 2021 rejetant le recours gracieux de M. B contre ces décisions, sont annulées.

Article 3 : M. B est déchargé de l'obligation de payer les sommes susmentionnées de 4 397,70 euros et de 304,90 euros.

Article 4 : Il est enjoint à la ville de Paris et à caisse d'allocations familiales de Paris, sauf à régulariser les décisions de récupération d'indus au titre du revenu de solidarité active pour un montant de 4 397,70 euros sur la période d'avril 2019 à décembre 2019 et de l'aide exceptionnelle de fin d'année versée en 2018 et 2019 pour un montant de 304,90 euros, de procéder au remboursement des sommes éventuellement recouvrées à ce titre dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à Me Desfarges, avocat de M. B, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Desfarges renonce à percevoir la contribution de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 6 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Tulle, à Me Desfarges, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et à la ville de Paris.

Copie sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris et à la caisse d'allocations familiales de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2022.

La magistrate désignée,

S. CLa greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2107928/6-2, 2116203/6-2, 2116206/6-2, 2126668/6-2 et 2202722/6-

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