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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2108235

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2108235

vendredi 13 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2108235
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantMOMMESSIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 6 avril 2021 et le 15 décembre 2022, Mme D B, représentée par Me Mommessin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'État à lui verser une somme totale de 14 500 euros à parfaire, en réparation des préjudices résultant de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'État est engagée sur le fondement de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dès lors qu'elle n'a reçu aucune offre de relogement alors qu'elle a été reconnue prioritaire par une décision de la commission de médiation et que le tribunal l'a enjoint à la reloger ;

- elle subit des troubles dans ses conditions d'existence qu'elle évalue à 14 500 euros dès lors qu'elle occupe un logement suroccupé, dans un état dégradé, mal isolé, qui présente des problème d'humidité et de moisissures, où vivent par ailleurs des nuisibles et dont le montant du loyer est disproportionné face aux ressources du foyer ; elle soutient par ailleurs que ce préjudice s'est aggravé pendant la crise sanitaire.

Par un mémoire enregistré le 15 décembre 2022, le préfet de la région d'Ile-de-France a produit une pièce.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mars 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grandillon, premier conseiller,

- les observations de Me Quiene, substituant Me Mommessin, pour Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une décision d'une commission de médiation en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'État prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement. En outre, il y a lieu de tenir compte, pour les évaluer, de l'évolution de la composition du foyer au cours de cette période. Enfin, la circonstance que l'absence de relogement a contraint le demandeur à supporter un loyer manifestement disproportionné au regard de ses ressources, si elle ne peut donner lieu à l'indemnisation d'un préjudice pécuniaire égal à la différence entre le montant du loyer qu'il a payé durant cette période et celui qu'il aurait acquitté si un logement social lui avait été attribué, doit, si elle est établie, être prise en compte pour évaluer le préjudice résultant des troubles dans les conditions d'existence.

2. Mme B, qui a présenté une demande de logement social sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence par une décision du 16 mai 2019 de la commission de médiation du département de Paris valant pour trois personnes au motif qu'elle occupe un logement sur-occupé avec des personnes handicapées ou des enfants mineurs à charge ou qu'elle est elle-même handicapée. En outre, par un jugement du 5 mai 2020, le tribunal administratif de Paris a enjoint au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, d'assurer le relogement de la requérante et de sa famille sous astreinte de 400 euros par mois de retard à compter du 1er aout 2020. Le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris n'a pas proposé à l'intéressée un relogement dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l'habitation à compter de l'édiction de la décision de la commission de médiation. Cette carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État à compter du 16 novembre 2019 à l'égard de Mme B.

3. Il résulte de l'instruction que si le préfet indique en défense que le dossier de la requérante est passé en commission d'attribution logement du bailleur Paris Habitat le 28 octobre 2022, il n'établit ni même n'allègue que Mme B et sa famille ont bien été relogés. Ainsi, la situation qui a motivé la décision de la commission de médiation perdure à la date du présent jugement, Mme B et sa famille occupant toujours un logement suroccupé. Il résulte par ailleurs de l'instruction, notamment des photos produites par la requérante, du rapport de l'inspecteur de la salubrité de la Ville de Paris et de la note sociale versée aux débats, que ce logement est vétuste, mal isolé, qu'il présente des traces de moisissures et des nuisibles. De plus, le montant du loyer de ce logement, qui s'élève à 600 euros par mois charges comprises, est manifestement disproportionné par rapport aux ressources de la requérante, qui ne travaille pas et vit, avec ses enfants, grâce au salaire de son mari, qui perçoit un salaire moyen d'environ

1 000 euros par mois. Compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence, du nombre de personnes composant le foyer et du caractère manifestement disproportionné au regard des ressources de la famille du loyer payé, les troubles de toute nature subis par Mme B dans ses conditions d'existence, y compris son préjudice moral et notamment pendant la période de confinement lié à la crise sanitaire au cours de l'année 2020, justifient la condamnation de l'Etat à lui verser une indemnité de 8 500 euros. En revanche, la non-exécution du jugement du 5 mai 2020 cité au point précédent, qui se rapporte également à la carence fautive de l'Etat relative au relogement de la requérante, n'est pas de nature à ouvrir droit à une indemnisation distincte de celle précitée.

4. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu faire droit à la demande de Mme B sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ni, en tout état de cause, de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme B une somme de 8 500 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à Me Mommessin.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2023.

Le magistrat désigné

J. C

La greffière,

L. CLOMBE

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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