mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2108287 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | COHEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 18 avril et 19 octobre 2021, la société Micherouan, représentée par Me Cohen, demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge, respectivement, au titre des exercices clos les 31 décembre 2014 et 2015 et pour la période du 1er janvier 2014 au 31 mars 2016.
Elle soutient que :
- la procédure d'imposition est irrégulière car la proposition de rectification n'est pas suffisamment motivée et méconnaît les dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;
- le rejet de sa comptabilité n'est pas fondé ;
- la méthode de reconstitution mise en œuvre par le service est insuffisante, radicalement viciée et excessivement sommaire ;
- l'application de la majoration de 40 % pour manquement délibéré n'est pas fondée et méconnaît les dispositions de l'article 1729 du livre des procédures fiscales.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 21 septembre et 6 décembre 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 20 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Halard, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Mazeau, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Micherouan, qui exploite en location-gérance un fonds de commerce d'achat-revente au détail de prêt-à-porter masculin et de chaussures et un fonds de commerce de détail de prêt-à-porter masculin tous deux situés boulevard de Magenta, à Paris, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, avec une extension jusqu'au 31 mars 2016 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. A l'issue des opérations de contrôle, l'administration fiscale a rehaussé les résultats imposables de la société et a mis à sa charge des suppléments d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour un montant total, en droits et pénalités, de 89 214 euros. Par la présente requête, la société Micherouan demande au tribunal d'en prononcer la décharge.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ".
3. La proposition de rectification en date du 16 février 2017 énonce clairement les motifs de droit et de fait des rehaussements litigieux et, contrairement à ce que soutient la requérante, distingue les considérations relatives à l'impôt sur les sociétés et celles relatives à la taxe sur la valeur ajoutée. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit par suite être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions en litige :
En ce qui concerne le rejet de la comptabilité :
4. Pour écarter la comptabilité de la société Micherouan comme non probante, le service vérificateur a notamment relevé que les ventes étaient enregistrées sur des feuilles journalières volantes, tenues manuellement mais non numérotées, que ces feuilles ne faisaient pas apparaître le prix unitaire hors taxe ou toutes taxes comprises des articles vendus, que sur certaines d'entre elles les articles et les quantités vendues n'étaient pas mentionnées, que les ventes au détail dont le montant unitaire était inférieur à 76 euros n'avaient pas fait l'objet de comptabilisations individuelles, et que les espèces encaissées n'étaient ni enregistrées au débit du compte 53 " Caisse " ni même individualisées au compte 512.
5. Si la requérante soutient que les feuilles journalières volantes qu'elle remplissait manuellement n'étaient certes pas numérotées mais qu'elles étaient datées, cette circonstance n'est pas de nature à garantir que l'intégralité des recettes avaient été comptabilisées. Par ailleurs, si la requérante soutient que les articles vendus séparément étaient systématiquement mentionnés avec leur prix unitaire TTC, il résulte de l'instruction que le montant des ristournes très fréquemment accordées, qui pouvaient représenter de 10 % à 30 % du prix, n'était jamais indiqué, si bien qu'il n'était pas possible de savoir si le prix porté sur la feuille correspondait au prix de vente affiché de l'article, si une remise avait été pratiquée ou non et pour quel montant, empêchant tout rapprochement entre les articles achetés et les articles vendus, ce que la requérante ne conteste au demeurant pas tout en l'imputant aux pratiques de ses fournisseurs. S'agissant des ventes groupées, pour lesquelles le prix unitaire des articles avant ou après ristourne n'était jamais indiqué, la circonstance que le secteur géographique où se trouvent les boutiques est très concurrentiel et rend nécessaire l'octroi de forfaits négociés pour des lots complets d'articles n'est pas en elle-même de nature à dispenser la société de détailler ses recettes. Dans ces conditions, alors au surplus qu'il résulte de l'instruction que la société a méconnu la réglementation imposée par le Plan comptable générale, c'est à bon droit que le service a estimé que ses recettes n'étaient pas justifiées et qu'il n'était pas possible de vérifier la concordance entre ses ventes et les achats comptabilisés, et rejeté en conséquence sa comptabilité.
En ce qui concerne la reconstitution de recettes :
6. Pour reconstituer les recettes de la société requérante sur la période vérifiée, le service a appliqué au chiffre d'affaires déclaré un ratio de recettes en espèces de 30 %, équivalent à celui déclaré par la société au titre du mois de janvier 2016 à la suite d'un contrôle des douanes au cours duquel son gérant a été appréhendé avec 15 000 euros en espèces, qu'il a affirmé provenir de l'activité de la société Micherouan. Relevant qu'au titre des exercices 2014 et 2015, les recettes espèces déclarées ne s'élevaient respectivement qu'à 7 % et 5% du chiffre d'affaires déclaré, le service a conclu à des omissions de recettes espèces d'un montant hors taxe de respectivement 40 174 et 79 589 euros, ainsi que de 29 601 euros pour la période du 1er janvier au 31 mars 2016.
7. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 5, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la méthode mise en œuvre par l'administration est radicalement viciée au motif que l'absence de caractère probant de sa comptabilité ne serait pas établie.
8. En second lieu, si la société soutient que les recettes espèces déclarées au titre du mois de janvier 2016 ne sont pas représentatives de celles encaissées pendant le reste de la période vérifiée, dès lors qu'elles résulteraient d'une vente groupée exceptionnelle à des commerçants tchadiens de passage à Paris et dont l'intention était de revendre les articles achetés dans leur pays, ainsi que l'attesterait d'ailleurs le fait que ces achats aient été exclusivement effectués avec des coupures de 500 euros, elle ne produit aucune pièce afin d'établir cette allégation, les quelques factures versées au dossier et portant notamment sur des ventes réalisées en janvier 2016 mentionnant en tout état de cause des paiements par chèque. Le caractère prétendument exceptionnel de cette vente est par ailleurs d'autant moins établi, ainsi que le fait valoir l'administration, que les chiffres d'affaires déclarés au titre des mois de février et mars 2016, qui s'élèvent à 40 191 et 40 766 euros hors taxe, ne sont pas sensiblement inférieurs à celui du mois de janvier qui, après le contrôle des douanes, s'est élevé à 45 894 euros. Il ne résulte enfin pas de l'instruction que les conditions d'exploitation de la société auraient changé entre la période vérifiée et le mois de janvier 2016. Dans ces conditions, en l'absence de comptabilité probante et alors, d'une part, que la société n'apporte pas d'élément de nature à contredire sérieusement le service, d'autre part, que ce dernier a réduit les rehaussements initialement proposés afin de se conformer aux marges usuelles pratiquées dans ce genre de commerce, l'extrapolation à la période vérifiée du coefficient d'espèces constaté en janvier 2016 ne peut être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme une méthode de reconstitution de recettes radicalement viciée dans son principe, ou entachée d'approximation qui la rendrait excessivement sommaire, et qui aurait conduit à des impositions exagérées. Les conclusions de la société Micherouan tendant à la décharge des impositions supplémentaires à l'impôt sur les sociétés et à la taxe sur la valeur ajoutée résultant de cette reconstitution doivent donc être rejetées.
En ce qui concerne la majoration de 40 % :
9. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
10. Pour appliquer la majoration de 40 % pour manquement délibéré à la société Micherouan, le service s'est fondé, d'une part, sur l'importance et le caractère répété des omissions déclaratives constatées, d'autre part, sur les graves insuffisances de sa comptabilité. Alors que, contrairement à ce que soutient la société, le service ne s'est pas borné à faire état de l'omission de recettes révélée par la reconstitution, les éléments ainsi relevés établissent l'intention du contribuable d'éluder l'impôt. C'est à bon droit, dans ces conditions, que l'administration a fait application des dispositions précitées du a. de l'article 1729 du code général des impôts.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de la société Micherouan doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par la société Micherouan est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Micherouan et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris (pôle juridictionnel administratif).
Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Evgénas, présidente,
Mme Laforêt, première conseillère,
M. Halard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.
Le rapporteur,
G. HALARD
La présidente,
J. EVGENASLa greffière
M-C. POCHOT,
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026