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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2108759

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2108759

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2108759
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantSAINTON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 22 avril 2021 et 24 et 30 mars 2022, M. B D et Mme E C, représentés par Me Sainton, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner la ville de Paris à leur verser la somme de 19 200 euros au titre de leur préjudice locatif, tel qu'arrêté au 28 février 2022, à parfaire jusqu'à l'achèvement complet des travaux préparatoires, et la somme de 6 183,10 euros au titre des coûts des travaux de réfection de la couverture et de la façade du fait de l'état d'insalubrité de l'immeuble ;

2°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- en l'absence de notification de l'arrêté de péril du 26 février 1999 à l'ancien propriétaire du studio qu'ils ont acquis dans l'immeuble situé 18-20 rue de la Forge royale à Paris (75011), ainsi que l'absence de retranscription de cet arrêté auprès des services de la publicité foncière, et l'absence de toute mention sur la note de renseignement d'urbanisme éditée le 30 juillet 2010 et annexée à l'acte notarié du 22 septembre 2010, ils n'ont pu percevoir de loyer de leur locataire à partir du 2 juillet 2019, date de réception du courrier de la ville de Paris les informant que l'immeuble était frappé d'un arrêté d'insalubrité ;

- ces fautes sont de nature à engager la responsabilité de la ville de Paris ;

- leur préjudice s'élève à la somme de 19 200 euros au titre de leur manque à gagner locatif, tel qu'arrêté au 28 février 2022, à parfaire jusqu'à l'achèvement complet des travaux préparatoires

- il y a également lieu les indemniser à hauteur de 6 183,10 euros au titre des coûts des travaux de réfection de la couverture et de la façade du fait de l'état d'insalubrité de l'immeuble

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2022, la maire de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la ville de Paris n'a commis aucune faute en notifiant au seul syndic de l'immeuble l'arrêté d'insalubrité du 26 février 1999, qui ne concerne que les parties communes, en vertu des dispositions alors applicables de l'article L. 26 et suivants du code de la santé publique ;

- il résulte de l'acte d'acquisition du 22 septembre 2010 que la SCI Monna Lisa, ancien propriétaire du studio, n'a acquis ce bien qu'en 2005, soit postérieurement à l'arrêté préfectoral du 26 février 1999, de sorte qu'elle ne pouvait être rendue destinataire de cet acte ;

- en tout état de cause, il ressort de l'acte d'acquisition du bien par la SCI Monna Lisa du 19 mai 2005 qu'elle avait été avertie de l'existence d'une déclaration d'insalubrité, de sorte qu'il lui revenait d'avertir à son tour les requérants de cette situation ;

- à la date d'édiction de l'arrêté d'insalubrité du 26 février 1999, aucune disposition législative ne prévoyait sa publication au fichier de la publicité foncière ;

- l'erreur contenue dans la note de renseignement d'urbanisme du 30 juillet 2010 relative à l'immeuble du 18-20 de la rue de la Forge royale ne permet pas de démontrer que l'interdiction de percevoir des loyers aurait été un obstacle insurmontable à l'acquisition de ce bien ;

- les requérants étaient informés de l'existence d'une situation d'insalubrité antérieurement à la conclusion du bail avec leur locataire ;

- le préjudice invoqué ne présente pas de caractère direct et certain avec les fautes alléguées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme,

- le code de la santé publique,

- le code de la construction et de l'habitation,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de M. Abrahami, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. D et Mme C ont acquis, par acte notarié du 22 septembre 2010, un studio situé 18-20 rue de la Forge royale à Paris (75011), qui appartenait précédemment à la SCI Monna Lisa. Le 5 janvier 1999, le service technique de l'habitat de la ville de Paris a relevé différents désordres affectant l'immeuble. Le 26 février 1999, un arrêté préfectoral d'insalubrité a prescrit au syndicat des copropriétaires la réalisation de travaux pour remédier à ces désordres, dans un délai de huit mois à compter de sa notification. Le 13 janvier 2010, un nouveau constat du service technique de l'habitat a constaté que l'ensemble des travaux prescrits par l'arrêté d'insalubrité n'avait pas été réalisé. Un arrêté de mise en demeure a, en conséquence, été notifié au syndic qui gérait alors l'immeuble. En 2011, la ville de Paris a fait réaliser d'office une partie des travaux, notamment la mise en sécurité des installations électriques. Le 3 août 2018, les requérants ont consenti, sur leur studio, un bail de location non meublée à M. F pour un loyer mensuel de 570 euros hors charges. Le 25 juin 2019, un courrier a été affiché dans l'immeuble concernant les conséquences de l'arrêté du 26 février 1999 quant à l'interdiction de louer et de percevoir des loyers. Le 15 mai 2019, un nouveau rapport constatant l'inexécution partielle des travaux prescrits par l'arrêté du 26 février 1999 a conduit à l'édiction, le 18 juin 2019, d'un nouvel arrêté de mise en demeure de réaliser les travaux prescrits, dans un délai de six mois à compter de sa notification. Cet arrêté a été notifié au syndic de l'immeuble, aux copropriétaires et affiché dans l'immeuble le 2 juillet 2019. Par un courrier du 26 février 2021, les requérants ont adressé une demande préalable à la ville de Paris tendant à la réparation de leur préjudice locatif, qui a été expressément rejeté le 19 mars 2021. Par la présente requête, M. D et Mme C demandent au tribunal de condamner la ville de Paris à leur verser la somme de 19 200 euros au titre de leur préjudice locatif, tel qu'il existe au 28 février 2022, à parfaire jusqu'à l'achèvement complet des travaux préparatoires, ainsi que la somme de 6 183,10 euros au titre des coûts des travaux de réfection de la couverture et de la façade du fait de l'état d'insalubrité de l'immeuble.

Sur la responsabilité de la ville de Paris :

2. Toute illégalité fautive commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, dès lors qu'elle présente un lien de causalité suffisamment direct et certain avec les préjudices subis.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 28 du code de l'urbanisme, dans sa version en vigueur lors de l'édiction de l'arrêté d'insalubrité du 26 février 1999 : " Si l'avis du conseil départemental d'hygiène ou de la commission qui en tient lieu ou, éventuellement, celui du conseil supérieur d'hygiène publique de France conclut à la réalité de l'insalubrité et à l'impossibilité d'y remédier, le préfet est tenu, dans le délai d'un mois, par arrêté : / De prononcer l'interdiction définitive d'habiter en précisant, sur l'avis du conseil départemental d'hygiène ou de la commission qui en tient lieu ou, éventuellement, sur celui du conseil supérieur d'hygiène publique de France, si cette interdiction est immédiate ou applicable au départ des occupants ; / De prescrire toutes mesures appropriées pour mettre les locaux situés dans l'immeuble hors d'état d'être habitables au fur et à mesure de leur évacuation et du relogement décent des occupants. / Il peut, le cas échéant, ordonner la démolition de l'immeuble. / L'arrêté du préfet précise le délai d'exécution de ces mesures. / Dans le cas où il aurait été conclu à la possibilité de remédier à l'insalubrité, le préfet est tenu, dans le délai d'un mois, de prescrire par arrêté les mesures appropriées indiquées, ainsi que leur délai d'exécution, par l'avis du conseil départemental d'hygiène ou de la commission qui en tient lieu ou, éventuellement, par celui du Conseil supérieur d'hygiène ; le préfet pourra prononcer l'interdiction temporaire d'habiter. Cette interdiction d'habiter prendra fin dès la constatation de l'exécution de ces mesures par le maire ou l'autorité sanitaire. ".

4. Les requérants soutiennent que l'arrêté d'insalubrité du 26 février 1999 aurait dû être notifié à l'ancien propriétaire de leur studio, la SCI Monna Lisa, qui les aurait à son tour informés de cette situation. Toutefois, outre que la SCI Richebourg, et non la SCI Monna Lisa, était propriétaire du studio à la date d'édiction de cet arrêté, il ne résulte pas des dispositions précitées de l'article L. 28 du code de l'urbanisme que la ville de Paris, qui n'était au surplus pas compétente pour prendre un tel arrêté, avait obligation de porter à la connaissance de chaque propriétaire l'existence d'une situation d'insalubrité. En tout état de cause, le syndic alors mandaté par la copropriété de l'immeuble, le cabinet Stein, a accusé réception de cet arrêté par courrier du 14 avril 1999. Il s'ensuit qu'aucune faute ne peut être imputée à la ville sur ce point.

5. En deuxième lieu, si les requérants soutiennent que l'arrêté d'insalubrité du 26 février 1999 aurait dû être publié par les services de la publicité foncière au fichier immobilier ou au livre foncier dont dépend l'immeuble pour chacun des locaux concernés, il est constant qu'une telle obligation a été introduite à l'article L. 1331-28-1 du code de la santé publique, par la loi du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbains, postérieurement à l'édiction de l'arrêté du 26 février 1999 et que ces dispositions ne revêtaient pas d'effet rétroactif. Dès lors, aucune faute ne peut être imputée à la ville de Paris sur ce point.

6. En dernier lieu, M. D et Mme C soutiennent qu'en l'absence de toute mention de l'existence de l'arrêté d'insalubrité du 26 février 1999 sur la note de renseignement d'urbanisme éditée le 30 juillet 2010 et annexée à l'acte notarié du 22 septembre 2010, ils n'ont été mis au courant de cette situation qu'à compter du 2 juillet 2019, date de réception du courrier de la ville de Paris les informant que l'immeuble était frappé d'un arrêté d'insalubrité, soit postérieurement à la conclusion, le 3 août 2018, d'un bail de location non meublée avec M. F, pour un loyer mensuel de 570 euros hors charges. Ils précisent qu'ils ne peuvent plus percevoir de loyer de la part de leur locataire depuis le mois de juillet 2019.

7. Toutefois, à supposer même que cette absence de mention de l'existence d'un arrêté d'insalubrité sur la note de renseignement d'urbanisme éditée le 30 juillet 2010 puisse être regardée comme fautive, il résulte de l'instruction que les requérants étaient avertis de cette situation antérieurement à la conclusion du bail avec leur locataire, le 2 août 2018. Ainsi, il résulte de l'instruction qu'entre 2014 et 2017, l'immeuble a bénéficié du dispositif d'opération d'amélioration de l'habitat dégradé (OAHD) ayant conduit à la réalisation de plusieurs tranches de travaux, lesquels ont fait l'objet, ainsi qu'il est établi par la production des procès-verbaux des assemblées générales des copropriétaires, de plusieurs votes des copropriétaires. A cet égard, le procès-verbal de l'assemblée générale du 21 mars 2017 fait état d'un " point complet de la part du syndic Seine Gestion sur la visite de la mairie qui était prévue en septembre ou octobre 2016 afin de faire lever l'insalubrité de l'immeuble. Point détaillé sur l'état de cette mesure identifiée comme clé lors des précédentes AG () ". M. D et Mme C, quand bien même ils étaient absents et non représentés lors des assemblées générales, ne contestent pas avoir été destinataires de ces procès-verbaux. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir qu'ils n'auraient appris l'existence d'une situation d'insalubrité dans l'immeuble qu'à compter de juillet 2019, alors que cette information figurait dans ces différents documents, transmis à plusieurs reprises entre 2014 et 2019. S'ils font valoir, en outre, qu'ils n'auraient pas acquis le studio situé dans l'immeuble s'ils avaient eu connaissance de l'existence de l'arrêté d'insalubrité du 26 février 1999, cette circonstance, pour vraisemblable qu'elle soit, est sans incidence sur leur droit à réparation du préjudice locatif qu'ils invoquent dès lors qu'en l'absence d'acquisition de ce studio, ils n'auraient pu, en tout état de cause, percevoir aucun revenu tiré de la location de ce bien. Dès lors, les requérants doivent être regardés comme ayant été informés de l'existence d'une situation d'insalubrité touchant l'immeuble situé 18-20 rue de la Forge royale préalablement à la mise en location de leur bien. Il s'ensuit que, à supposer même qu'une faute puisse être imputée à la ville de Paris, le lien entre cette faute et le manque à gagner invoqué par les requérants ne présente qu'un caractère indirect. Enfin, le préjudice allégué tendant au remboursement des montants mis à leur charge par le syndic de l'immeuble, entre le 17 juin 2019 et le 14 décembre 2021, au titre des travaux de réfection de la couverture et de la façade du fait de l'état d'insalubrité de l'immeuble, ne peut qu'être écarté dès lors que la demande préalable du 26 février 2021 des requérants portait uniquement sur la réparation de leur préjudice locatif. Par suite, M. D et Mme C ne peuvent se prévaloir d'aucun droit à indemnisation s'agissant tant de leur préjudice locatif que du préjudice lié aux travaux effectués en raison de l'état d'insalubrité de l'immeuble.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation de la requête de M. D et de Mme C doivent être rejetées, ainsi que celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D et de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Mme E C, à la maire de Paris et au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Versol, présidente,

M. Pény, premier conseiller,

M. Doan, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

Le rapporteur,

A. A

La présidente,

F. VersolLa greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2108759/6-3

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