mardi 11 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2108909 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | RAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 avril 2021, et un mémoire du 31 août 2022, la société Raimo Glacier, représentée par Me Rault, demande au tribunal :
1°) d'annuler deux titres de perception émis le 10 mars 2020 par la direction départementale des finances publiques de l'Essonne en vue de recouvrer les sommes de 18 100 euros au titre de la contribution spéciale, et de 3 266 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement, mises à sa charge par une décision du
14 janvier 2020 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ensemble les décisions implicites de rejet de son recours préalable obligatoire du 4 août 2020 ;.
2°) de la décharger de l'obligation de payer ces sommes ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.
La société soutient que :
- les titres de perception n'ont pas été émis par un agent de l'OFII ;
- les droits de la défense ont été méconnus, dès lors que l'OFII ne lui a pas indiqué pour lequel des deux salariés concernés elle a finalement retenu une infraction ;
- l'infraction n'est pas matériellement constatée, la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle-même rencontre des difficultés financières telles qu'elle serait obligée de cesser son activité si elle devait s'acquitter des sommes qui lui sont demandées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2021, le directeur départemental des finances publiques de l'Essonne conclut à sa mise hors de cause.
La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur le 17 novembre 2021 qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2022, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 9 septembre 2022, la clôture d'instruction fixée au
15 septembre 2022 a été repoussée au 21 septembre 2022.
La société Raimo Glacier a présenté deux mémoires le 15 septembre 2022 et le
19 septembre 2022, qui n'ont pas été communiqués.
Par une lettre du 15 septembre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de relever d'office l'irrecevabilité des conclusions de la société Raimo Glacier tendant à l'annulation des titres de perception émis le 10 mars 2020 et reçus le 30 avril 2020 en vue du recouvrement des sommes de 18 100 euros au titre de la contribution spéciale, et de 3 266 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement, mises à sa charge par la décision du 14 janvier 2020 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en raison de la tardiveté du recours administratif préalable obligatoire adressé le 4 août 2020 à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'ordonnance n°2020-306 du 25 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Renvoise, rapporteure,
- les conclusions de M. Dubois, rapporteur public,
- et les observations de Me Rault pour la société Raimo Glacier.
Considérant ce qui suit :
1. La société Raimo Glacier exploite, sous l'enseigne du même nom, un établissement de vente et consommation de glaces situé 59-61, boulevard de Reuilly dans le
12ème arrondissement de Paris. A l'issue d'un contrôle effectué le 3 juillet 2019, le contrôleur du travail a relevé la présence, au sein de l'établissement, de deux personnes, l'une présentée comme la gardienne et l'autre, de nationalité brésilienne, comme un stagiaire, et a estimé qu'elles étaient en situation de travail illégal. L'OFII a, par une décision du 14 janvier 2020, appliqué à la société Raimo Glacier, d'une part, la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 18 100 euros, à raison de l'emploi irrégulier d'un ressortissant étranger dépourvu de titre l'autorisant à travailler en France et non déclaré et, d'autre part, la contribution forfaitaire des frais de réacheminement prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour un montant de 3 266 euros. La direction départementale des finances publiques de l'Essonne a émis deux titres de perception en vue du recouvrement des contributions précitées. Par la présente requête, la société Raimo Glacier doit être regardée comme demandant la décharge de l'obligation de payer lesdites sommes mises à sa charge par l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Sur la recevabilité de la requête :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 8253-1 du code du travail : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. (). / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat selon des modalités définies par convention. / L'Etat est ordonnateur de la contribution spéciale. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. / Le comptable public compétent assure le recouvrement de cette contribution comme en matière de créances étrangères à l'impôt et aux domaines ". Aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. / () L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de fixer le montant de cette contribution. () / L'Etat est ordonnateur de la contribution forfaitaire. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 117 du décret du 7 novembre 2012 susvisé, applicable aux titres de recettes dont l'Etat est ordonnateur : " Les titres de perception émis en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables : / 1° Soit d'une opposition à l'exécution en cas de contestation de l'existence de la créance, de son montant ou de son exigibilité ; / () ". Aux termes de l'article 118 du même décret : " Avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser une réclamation appuyée de toutes justifications utiles au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. / La réclamation doit être déposée, sous peine de nullité : / 1° En cas d'opposition à l'exécution d'un titre de perception, dans les deux mois qui suivent la notification de ce titre ou du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause ; (). / L'autorité compétente délivre un reçu de la réclamation, précisant la date de réception de cette réclamation. Elle statue dans un délai de six mois dans le cas prévu au 1° (). A défaut d'une décision notifiée dans ces délais, la réclamation est considérée comme rejetée. ". Aux termes de l'article 119 de ce décret : " Le débiteur peut saisir la juridiction compétente dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de la décision prise sur sa réclamation ou, à défaut de cette notification, dans un délai de deux mois à compter de la date d'expiration des délais prévus à l'article 118. ".
4. Enfin, aux termes de l'article 2 de l'ordonnance n°2020-306 du 25 mars 2020 : " Tout acte, recours, action en justice, formalité, inscription, déclaration, notification ou publication prescrit par la loi ou le règlement à peine de nullité, sanction, caducité, forclusion, prescription, inopposabilité, irrecevabilité, péremption, désistement d'office, application d'un régime particulier, non avenu ou déchéance d'un droit quelconque et qui aurait dû être accompli pendant la période mentionnée à l'article 1er sera réputé avoir été fait à temps s'il a été effectué dans un délai qui ne peut excéder, à compter de la fin de cette période, le délai légalement imparti pour agir, dans la limite de deux mois. () ". Aux termes de l'article 1er du même texte : " I. ' Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus. () ".
5. Il résulte de l'instruction que les titres de perception en litige, émis le
10 mars 2020 et notifiés le 30 avril 2020, portaient la mention selon laquelle la société requérante, si elle souhaitait contester les sommes mises à sa charge, devait adresser, conformément aux dispositions, citées au point précédent, du décret du 7 novembre 2012, une réclamation à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne dans le délai de deux mois suivant la notification des titres, soit avant le 30 juin 2020. Il résulte de l'instruction que la société a adressé ce courrier à la direction des finances publiques seulement le
4 août 2020 soit bien postérieurement à la date fixée. La société Raimo Glacier ne peut utilement justifier l'absence de respect de ce délai par la circonstance, invoquée à l'audience, que ledit courrier aurait été ouvert le 30 avril 2020 et tamponné par le comptable de la société, qui l'aurait transmis avec retard au gérant. Il s'ensuit que les conclusions de la société requérante, tendant à l'annulation des deux titres de perception émis le 10 mars 2020, faute d'avoir été précédées de cette réclamation préalable obligatoire dans le délai de deux mois, sont irrecevables et doivent, dès lors, être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins de décharge doivent être rejetées. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que celles relatives aux dépens sont rejetées.
DECIDE
Article 1er : La requête de la société Raimo Glacier est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Raimo Glacier, au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, au ministre de l'intérieur et au directeur départemental des finances publiques de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Hermann Jager, présidente,
Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère,
Mme Renvoise, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.
La rapporteure,
T. RENVOISE
La présidente
V. HERMANN JAGER
La greffière,
S. DICK
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/3-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026