vendredi 16 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2109085 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre |
| Avocat requérant | OY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 avril 2021, M. A B, représenté par Me Oy, demande au tribunal :
1°) de condamner le préfet de police à lui verser la somme de 200 000 euros en réparation des préjudices qu'il a subis en raison de son accident de trajet et de sa maladie contractée en service ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-il a contracté une hépatite B puis une hépatite D des suites des morsures qu'il a subies en service lorsqu'il exerçait les fonctions de gardien de la paix et ces infections lui ont causé des préjudices physiques, psychiques et moraux ;
-il a subi des préjudices physiques, psychiques et moraux en raison de l'accident de trajet survenu le 12 mai 1976.
Par un mémoire enregistré le 18 mai 2021, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable étant dirigée contre une décision implicite de rejet de la demande du 26 février 2021 et non contre la décision expresse de rejet du 4 mars 2021 ;
- les créances invoquées par le requérant sont prescrites eu égard aux dispositions de la loi du 31 décembre 1968 ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Arnaud, conseillère ;
- les conclusions de M. Degand, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a exercé les fonctions de gardien de la paix au sein de la préfecture de police du 1er juin 1971 au 1er mai 1977. Durant cette affectation, il a été victime de trois accidents de service le 29 octobre 1972, le 23 mars 1974 et le 3 novembre 1976, consistant en des morsures subies durant des interpellations, ainsi que d'un accident de trajet le 12 mai 1976. Il a contracté une infection au virus de l'hépatite B, une infection au virus de l'hépatite D et une pathologie musculo-squelettique. Par une ordonnance n° 1120518/11-5 du 20 février 2012, le tribunal administratif de Paris a ordonné une expertise afin de déterminer l'existence d'un lien de causalité entre son infection par le virus de l'hépatite B et les morsures subies en service, l'évolution de son état de santé depuis 1976 et la date de consolidation de ses blessures. Le 26 février 2021, M. B a adressé au préfet de police une demande préalable indemnitaire qui a été rejetée le 4 mars 2021 par un courrier avisé mais non réclamé. Le requérant demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une indemnité d'un montant total de 200 000 euros en réparation du préjudice causé par les pathologies qu'il présente et qu'il impute au service.
2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. () ". Aux termes de l'article 2 de cette loi : " La prescription est interrompue par : /()/ Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance ; /()/ Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée. ". S'agissant d'une créance indemnitaire détenue sur une collectivité publique au titre d'un dommage corporel engageant sa responsabilité, le point de départ du délai de prescription prévu par ces dispositions est le premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les infirmités liées à ce dommage ont été consolidées.
3. D'une part, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise réalisé le 8 juin 2012, que le requérant est guéri de son hépatite B depuis le 17 février 2011 au plus tard, ce que l'expert a déduit de deux certificats médicaux non produits au dossier et d'examens biologiques datés du 17 février 2011 et du 22 février 2011. Il ressort également de ce rapport que le requérant était guéri de son hépatite D au plus tard le 17 février 2011, l'expert ayant constaté un bilan hépatique normal pour le prélèvement effectué à cette date. Si le requérant, à qui il revient d'apporter la preuve des préjudices qu'il invoque, soutient souffrir encore de ces deux infections, aucune des pièces du dossier ne confirme cette allégation. Il ressort au contraire du rapport d'expertise du 8 juin 2012 que M. B ne présente pas de séquelles de son infection au virus de l'hépatite B et ne subit donc plus de préjudice au titre de cette infection depuis la date de consolidation retenue. Il ne résulte pas non plus de l'instruction que le requérant aurait des séquelles de son infection par l'hépatite D. Par suite, la date de consolidation de l'infirmité résultant de l'infection de M. B par le virus de l'hépatite B et de sa surinfection par le virus de l'hépatite D doit être fixée au 17 février 2011. En outre, si le délai de prescription ne court pas à l'encontre d'une victime qui n'est pas en mesure de disposer d'indications suffisantes selon lesquelles ce dommage pourrait être imputable au fait de la personne publique, il ressort du certificat médical établi par un médecin généraliste le 6 juin 2006 que le requérant a eu connaissance de la possible imputabilité de son infection aux morsures subies en service au plus tard à cette date. Enfin, le délai de prescription a été prolongé par la saisine par le requérant du tribunal administratif de Paris en 2011 et a recommencé à courir au plus tard à la date de la notification du rapport de l'expert désigné par le tribunal le 8 juin 2012. Les éventuelles créances nées des préjudices subis par le requérant du fait de son hépatite B et de son hépatite D avant sa guérison sont dès lors prescrites quatre ans après le premier jour de l'année suivant la date de remise du rapport, soit le 1er janvier 2017.
4. D'autre part, concernant la pathologie musculo-squelettique invoquée, il résulte de l'instruction que, si M. B soutient dans sa requête que son état de santé s'est détérioré à la suite de son opération chirurgicale du 18 août 1989, aucun des certificats médicaux figurant au dossier ne fait état d'une telle détérioration. De plus, le rapport d'expertise daté du 8 juin 2012 retient une date de consolidation de ses lésions le 5 mai 1992, en tenant compte de la durée de rétablissement de M. B à la suite de son opération chirurgicale du 18 août 1989, sans être contredit par d'autres certificats médicaux. Dès lors, il y a lieu de retenir une consolidation de la pathologie musculo-squelettique du requérant au 5 mai 1992. La prescription quadriennale prévue par la loi du 31 décembre 1968 a donc couru à compter du 1er janvier 1993. Par suite, la créance née de cette pathologie est prescrite depuis le 1er janvier 1998.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'indemnisation de M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 2 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Aubert, présidente,
M. Blusseau, conseiller,
Mme Arnaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.
Le rapporteur,
B. Arnaud
Le président,
S. AubertLa greffière,
A. Louart
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026