mardi 6 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2109166 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 2e Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | LUBAKI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 avril 2021, Mme E C épouse A
et M. D A, agissant en leur nom personnel et pour le compte de leurs quatre enfants mineurs, représentés F, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'État à leur verser une somme de 26 000 euros, en réparation des préjudices résultant de leur absence de relogement depuis le 13 septembre 2018, somme à parfaire à la date du jugement à intervenir ;
2°) d'enjoindre au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, de procéder à la désignation d'une association ou d'un organisme agréé dans le cadre du dispositif d'accompagnement vers et dans le logement (AVDL) aux fins d'établissement d'un diagnostic social.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité de l'État est engagée sur le fondement de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dès lors qu'ils n'ont reçu aucune offre de relogement alors qu'ils ont été reconnus prioritaires par une décision de la commission de médiation du 13 septembre 2018 ;
- la responsabilité de l'Etat est engagée dès lors que le préfet n'a pas mis en œuvre à leur égard le dispositif " Accompagnement Vers et Dans le Logement " (AVDL) ;
- ils subissent des troubles dans leurs conditions d'existence et un préjudice moral du fait de la carence fautive de l'État à les reloger.
Le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, à qui la procédure a été communiquée, n'a pas produit d'observations.
Mme C épouse A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 août 2020.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les observations de Me Lubaki, représentant Mme C épouse A et M. A, qui fait valoir que, jusqu'à leur relogement intervenu le 21 juillet 2022, M. et Mme A ont connu des conditions de logement difficiles, notamment lorsqu'ils étaient hébergés par un tiers, cohabitant à onze personnes dans un appartement T3.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la responsabilité :
1. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une décision d'une commission de médiation en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'État prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.
2. D'une part, Mme C épouse A qui a présenté une demande de logement social sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence dans un logement répondant à ses besoins et ses capacités par une décision du 13 septembre 2018 de la commission de médiation du département de Paris, valant pour cinq personnes, au motif qu'elle était dépourvue de logement ou hébergée chez un particulier. De plus, par un jugement du 16 mai 2019, le tribunal administratif de Paris a enjoint au préfet d'assurer son relogement sous astreinte de 500 euros par mois de retard à compter du 1er août 2019. Cependant, il résulte de l'instruction que le préfet n'a pas proposé à Mme C épouse A un relogement dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l'habitation à compter de l'édiction de la décision de la commission de médiation, ni davantage exécuté le jugement lui enjoignant d'assurer le relogement de l'intéressée. Cette double carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État à compter du 13 mars 2019 à l'égard de Mme C épouse A. En revanche, il résulte de l'instruction que Mme C épouse A a été relogée le 21 juillet 2022 dans un appartement correspondant à ses besoins et à ses capacités. Par suite, la responsabilité de l'Etat a pris fin à cette date. En outre, il résulte des principes énoncés au point 1 que les conclusions indemnitaires présentées par M. A en son nom propre, ainsi que par Mme C épouse A en qualité de représentante légale de leurs quatre enfants mineurs doivent être rejetées, Mme C épouse A étant seule demandeuse de logement social.
3. D'autre part, si Mme C épouse A fait valoir que la responsabilité de l'Etat est engagée, faute d'avoir mis en œuvre pour son ménage le dispositif " Accompagnement Vers et Dans le Logement ", il résulte de l'instruction que, par sa décision du 13 décembre 2018 reconnaissant la requérante comme prioritaire et devant être logée en urgence, la commission de médiation n'a pas décidé la mise en place d'un tel accompagnement pour l'intéressée, alors au demeurant que ce dispositif n'est pas prévu par l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, sur le fondement duquel la décision de la commission de médiation a été prise. Par suite, la responsabilité de l'Etat ne saurait être engagée à ce titre.
4. Il résulte de l'instruction que la situation qui a motivé la décision de la commission de médiation a perduré jusqu'au 21 juillet 2022, Mme C épouse A, son époux et leurs quatre enfants mineurs, dont le dernier est né le 21 mai 2019, ayant été hébergés jusqu'au 30 août 2019 par un tiers, et ayant résidé, par la suite, dans un logement de transition mis à leur disposition par la Croix Rouge. Eu égard au caractère temporaire d'un tel hébergement et aux contraintes qui y sont liées, Mme C épouse A a nécessairement subi des troubles dans ses conditions d'existence. Compte tenu de ces conditions de logement, qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence, et de la composition de la famille de la requérante, composée de cinq personnes du 13 mars 2019 au 20 mai 2019, et de six personnes depuis le 21 mai 2019, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature subis par Mme C épouse A dans ses conditions d'existence, y compris de son préjudice moral, depuis le 13 mars 2019 jusqu'au 21 juillet 2022, en lui allouant une somme de 7 150 euros.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Lorsque le juge administratif statue sur un recours indemnitaire tendant à la réparation d'un préjudice imputable à un comportement fautif d'une personne publique et qu'il constate que ce comportement et ce préjudice perdurent à la date à laquelle il se prononce, il peut, en vertu de ses pouvoirs de pleine juridiction et lorsqu'il est saisi de conclusions en ce sens, enjoindre à la personne publique en cause de mettre fin à ce comportement ou d'en pallier les effets.
6. Dans les circonstances de l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que la désignation d'une association agréée dans le cadre du dispositif AVDL serait de nature à mettre fin ou à pallier les effets de la carence de l'État. Par suite, ces conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme C épouse A une somme de 7 150 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C épouse A, à M. D A, et au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement.
Copie en sera adressée au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.
La magistrate désignée,
F. B
La greffière,
A. CHAPALAIN
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026