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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2109215

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2109215

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2109215
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantPORCHERON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 avril 2021 et 19 octobre 2022,

M. A B, représenté par Me Porcheron, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2022 par lequel le préfet de police l'a titularisé dans le corps des adjoints techniques de la préfecture de police à compter du 1er septembre 2015 ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 6 205,25 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date à laquelle ces sommes auraient dû lui être versées et de la capitalisation de ces intérêts, au titre de ses traitements et primes pour la période de décembre 2016 à mars 2017 inclus avec paiement des cotisations afférentes ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 11 209,63 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 30 décembre 2020 et de la capitalisation de ces intérêts au titre des pertes de revenus de janvier 2016 à décembre 2016 ;

4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 60 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 30 décembre 2020 et de la capitalisation de ces intérêts, au titre des préjudices extra patrimoniaux qu'il estime avoir subis ;

5°) d'enjoindre à l'Etat de procéder à la reconstitution de sa carrière avec la remise de ses bulletins de salaire sous astreinte, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté du 9 août 2022 est illégal dès lors qu'il n'a pas pour objet de régulariser sa situation et qu'il remet en cause son évolution de carrière ;

- du 1er janvier 2016 au 1er décembre 2016, il n'a perçu que la somme de

9 360,37 euros alors qu'il aurait dû percevoir un traitement net de 20 570 sur 11 mois, soit une perte de 11 209,63 euros qu'il convient de réparer ; l'arrêté du 9 août 2022 ne vaut pas reconstitution de carrière si bien que l'exception de non-lieu sera écartée ;

- il n'a perçu aucun traitement entre décembre 2016, date de sa réintégration, et avril 2017, date à laquelle il a été affecté ; dès lors que l'absence d'affectation est imputable à l'administration, l'absence de service fait ne saurait lui être reprochée et l'administration doit l'indemniser des traitements non perçus pendant cette période à hauteur de 6 205,25 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au

9 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rebellato, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été nommé, le 16 août 2013, adjoint technique de 1ère classe stagiaire et affecté, à compter du 1er septembre 2013 à la direction opérationnelle des services techniques et logistiques de la préfecture de police de Paris. La période de stage, d'une durée initiale d'une année, a été prorogée pour une durée totale d'un an. Par un arrêté du préfet de police du 25 janvier 2016, il a été mis fin au stage de M. B en raison de son insuffisance professionnelle. Par un jugement du 3 novembre 2016, confirmé en appel le

13 mars 2018, le tribunal administratif de Paris a annulé l'arrêté du 25 janvier 2016 et enjoint à l'administration de procéder à la titularisation de M. B dans le corps des adjoints techniques de la préfecture de police à compter du 1er septembre 2015, au terme de ses deux années de stage. Le 30 décembre 2020, M. B a formé une demande indemnitaire préalable en raison des préjudices qu'il estime avoir subis à la suite de son éviction illégale. Le silence du préfet a fait naître une décision implicite de rejet. Par un arrêté du 9 août 2022, le préfet de police a rapporté l'arrêté du 25 janvier 2016 et procédé à la régularisation de la situation de M. B en le titularisant dans le corps des adjoints techniques de la préfecture de police à compter du 1er septembre 2015. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté et de condamner l'Etat à lui verser une indemnité en raison des préjudices qu'il estime avoir subis à la suite de son éviction illégale.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 août 2022 :

2. Par un arrêté du préfet de police du 25 janvier 2016, il a été mis fin au stage de

M. B en raison de son insuffisance professionnelle. L'arrêté attaqué du 9 août 2022, retire l'arrêté du 25 janvier 2016 dans un article 1er, classe M. B au 2ème échelon dans un article 2 et le titularise dans le corps d'adjoint technique de 1ère classe au 2ème échelon à compter du 1er septembre 2015 dans des articles 3 et 4. M. B ne peut utilement soutenir à cet égard qu'il ne s'agit pas d'un arrêté de régularisation de sa carrière en faisant valoir que le jugement du 3 novembre 2016 avait enjoint uniquement au préfet de le titulariser. La titularisation rétroactive du requérant impliquait la reconstitution de sa carrière telle que précisée dans l'arrêté contesté. Cette reconstitution n'est pas sérieusement contestée par le requérant. Par suite, le moyen doit être écarté et les conclusions à fin d'annulation être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne l'exception de non-lieu :

3. Le préfet soutient qu'à la suite du jugement précité du 3 novembre 2016, il a procédé à la reconstitution notamment financière de la carrière du requérant. Il fait valoir qu'après avoir calculé ce que M. B avait perçu entre le 1er septembre 2014 et le

1er août 2019, les traitements qu'il aurait dû percevoir pendant cette période, une indemnité correspondant à la perte de traitements subis à hauteur de 15 216,08 euros allait lui être allouée sur sa paie du mois d'octobre 2022. Cette indemnité résulte de la différence entre la somme de 106 533,57 euros perçue par le requérant entre le 1er septembre 2014 et le

1er août 2019 et un traitement de 121 749,68 euros que le requérant aurait dû percevoir pendant cette période. Toutefois, M. B conteste cette évaluation et demande une somme de 17 414,90 euros au titre des pertes de revenus et une somme de 60 000 euros en raison d'autres préjudices qu'il estime avoir subis. Par suite, les conclusions de la requête sont, à ce titre et dans la limite de ce montant, devenues sans objet.

En ce qui concerne la période du 1er janvier 2016 au 1er décembre 2016 pour un montant de 11 209,63 euros :

4. M. B fait valoir sommairement que de janvier 2016 au 1er décembre 2016, il a perçu 573,20 euros en février 2016 correspondant à son traitement et l'allocation de retour à l'emploi pour un montant de 8 787,17 euros, soit une somme totale de 9 360,37 euros. Il soutient à cet égard qu'il aurait dû percevoir un traitement " a minima " de 20 570 euros et demande l'indemnisation de la différence, soit une somme de 11 209,63 euros.

5. Toutefois, il ne donne aucune précision quant au montant de 20 570 euros invoqué alors qu'il ressort du tableau récapitulatif de la situation du requérant produit par le préfet que ce dernier a calculé la perte de traitement en prenant en compte un traitement de

21 682,40 euros qu'il aurait dû percevoir. Ce tableau récapitulatif fait apparaître également que M. B a perçu 8 787,17 euros d'allocation de retour un emploi et un traitement de 501,61 euros pour le mois de janvier 2016. Par suite, le préfet de police s'est fondé sur un montant supérieur à celui invoqué par le requérant pour calculer l'indemnité qui lui était dû et lui a octroyé une indemnité de 12 393,6 euros pour la période concernée, soit un montant supérieur à celui demandé par le requérant. Dans ces conditions, les conclusions tendant à l'indemnisation d'une somme de 11 209,63 euros doivent être écartées.

En ce qui concerne la période de décembre 2016 au 31 mars 2017 pour un montant de 6 205,25 euros :

6. M. B soutient que le préfet a pris en compte, dans le calcul de son indemnité, des traitements entre le 1er décembre 2016, date de sa réintégration et le

31 mars 2017 date à laquelle il a été affecté, alors qu'il n'a rien perçu au cours de cette période. Toutefois, le préfet de police produit un tableau retraçant les traitements que

M. B a perçus. Ce tableau indique que le requérant n'a rien perçu au mois de décembre 2016, et qu'il a perçu une somme de 1 509,21 euros au mois de janvier 2017 et 1 518,27 euros en février et mars 2017. Si les relevés bancaires produits par le requérant indiquent qu'il n'a rien perçu pendant cette période, il ressort néanmoins des pièces du dossier et notamment d'un jugement du 26 avril 2018 qu'il a été rémunéré pendant l'année 2017. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que le requérant n'aurait rien perçu au cours de cette période. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une faute dans le calcul de son indemnité et qu'il aurait droit à être indemnisé des traitements entre décembre 2016 et mars 2017 qui a été régularisé sur la paie d'octobre et le

31 mars 2017.

En ce qui concerne l'existence d'une faute quant au versement tardif de l'allocation de retour à l'emploi :

7. M. B fait valoir que le préfet ne lui a versé aucune allocation de retour à l'emploi avant le 1er juin 2016, le laissant sans aucun revenu de subsistance avant cette date. Toutefois, il n'appartient pas au préfet de verser ladite allocation. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une faute en lui versant cette allocation tardivement doit être écarté.

En ce qui concerne les sommes prises en compte par le préfet pour les mois de février 2016 et janvier 2017 :

8. Il ressort des relevés bancaires de l'intéressé que le 2 février 2016, une somme de 653,41 euros a été créditée sur son compte, correspondant au traitement du mois de janvier 2016. Il ressort également du relevé bancaire de février 2017, que le 26 janvier 2017, une somme de 1 274,75 euros a été créditée sur son compte, correspondant à sa paie du mois de janvier 2017. Toutefois, pour calculer l'indemnité du requérant, il ressort du tableau récapitulatif de situation du requérant que le préfet s'est fondé sur un traitement perçu de

681,66 euros pour le mois de janvier 2016 et 1 554,49 euros pour le mois de janvier 2017. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que le calcul opéré par le préfet est erroné pour un montant de 307,99 euros.

En ce qui concerne les préjudices résultant de l'illégalité de l'arrête du

25 janvier 2016 :

9. Toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité et de donner lieu à indemnisation, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain et que soit établi un lien de causalité entre ce dernier et ladite faute. La faute résultant de l'illégalité de l'arrêté du 25 janvier 2016 portant licenciement pour insuffisance professionnelle est de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 8 que M. B ne peut utilement invoquer un préjudice économique tiré d'une perte de traitement.

11. En deuxième lieu, si M. B se borne à soutenir qu'il va souffrir d'une incidence professionnelle tout au long de sa carrière justifiant d'une pénibilité dans l'emploi et d'une impossibilité de s'épanouir, ce préjudice qui est hypothétique alors que l'administration a procédé à la reconstitution de sa carrière n'est pas établi. Par suite, les conclusions à ce titre doivent être rejetées. Pour les mêmes raisons, les conclusions tendant à la réparation de son préjudice de retraite invoqué sommairement doivent être rejetées.

12. Enfin il sera fait une juste appréciation des préjudices extra patrimoniaux en condamnant l'Etat à lui verser une somme de 2 500 euros au titre de son préjudice moral et de ses troubles dans les conditions d'existence.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

13. Les motifs du présent jugement n'impliquent pas qu'il soit enjoint au préfet de procéder à la reconstitution de sa carrière avec la remise de ses bulletins de salaire. Par suite, les conclusions invoquées à ce titre doivent être rejetées.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

14. M. B a droit aux intérêts au taux légal des sommes qui lui sont dues à compter du 4 janvier 2021, date de la réception par les services de la préfecture de police de la réclamation qu'il a formée. Conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de faire droit à sa demande de capitalisation à compter du 4 janvier 2022 ainsi qu'à chaque échéance annuelle ultérieure à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de condamnation à hauteur de 15 216,08 euros.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser à M. B une somme de

2 807,99 euros. Cette somme portera intérêts à compter du 4 janvier 2021. Les intérêts échus à la date du 4 janvier 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 27 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Rebellato, premier conseiller,

M. Hélard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.

Le rapporteur,

J. REBELLATO

Le président,

L. GROS

La greffière,

S. PORRINAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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