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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2109292

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2109292

lundi 6 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2109292
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantTABI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires en réplique enregistrés le 30 avril 2021, le 14 janvier 2022 et le 13 janvier 2023, M. A C, représenté par Me Kamal Tabi, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des pénalités y afférentes auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que la prorogation de trente jours de son délai de réponse à la proposition de rectification n°2120 du 2 juin 2017 lui a été refusée ;

- la réponse à ses observations n'est pas motivée ;

- sa demande de communication des documents obtenus par le service au titre du droit de communication, préalablement à la mise en recouvrement, a été refusée ;

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée.

Par des mémoires en défense enregistrés le 19 octobre 2021, le 7 février 2022 et le 11 janvier 2023, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de M. Lahary, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a fait l'objet d'une proposition de rectification portant sur l'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux au titre des années 2014 et 2015, consécutive à une vérification de comptabilité de l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Adinvest, dont il est le gérant et l'unique associé, portant sur la période 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, période étendue jusqu'au 30 novembre 2016 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. M. C demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

2. En premier lieu, aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / Sur demande du contribuable reçue par l'administration avant l'expiration du délai mentionné à l'article L. 11, ce délai est prorogé de trente jours. () " Aux termes de l'article L. 11 du même livre : " À moins qu'un délai ne soit prévu par le présent livre, le délai accordé aux contribuables pour répondre aux demandes de renseignements, de justifications ou d'éclaircissements et, d'une manière générale, à toute notification émanant d'un agent de l'administration des impôts est fixé à trente jours à compter de la réception de cette notification. "

3. Il résulte de ces dispositions qu'un contribuable bénéficie d'un délai de trente jours pour répondre à la proposition de rectification qui lui est notifiée, ce délai pouvant être prolongé pour une durée identique sur la demande du contribuable. Par ailleurs, ce délai est un délai franc qui, s'il expire un samedi, un dimanche ou un jour férié, est prorogé jusqu'au premier jour ouvrable suivant. Enfin, pour vérifier si le délai de réponse à la proposition de rectification a été respecté, seule la date d'envoi de cette réponse, et non sa date de réception, doit, selon les formes prescrites à l'article L. 286 du livre des procédures fiscales, être prise en compte.

4. Il résulte de l'instruction que les impositions litigieuses ont fait l'objet d'une proposition de rectification datée du 2 juin 2017 et notifiée à M. C le 7 juin suivant, selon les affirmations concordantes des parties. M. C soutient avoir demandé, par un courrier du 10 juillet 2017, une prorogation du délai qui lui était imparti pour répondre à cette proposition de rectification. Il produit, à l'appui de cette assertion, la copie d'un courrier adressé à la vérificatrice, sollicitant la prorogation des délais de réponse aux deux propositions de rectification, notifiées le 7 juin 2017, relative pour la première à sa situation personnelle et pour la seconde à celle de l'EURL Adinvest dont il est le gérant. Il produit également une capture d'écran d'une recherche de courrier suivi, effectuée sur le site de la Poste et permettant de connaître les détails de l'acheminement d'un courrier recommandé.

5. Toutefois, l'administration conteste expressément, en défense, avoir reçu le courrier produit par M. C et décrit au point précédent, et soutient avoir reçu un courrier différent, à savoir une lettre manuscrite émanant du gérant de l'EURL Adinvest, datée du 10 juillet 2017, et sollicitant uniquement la prorogation du délai de réponse à la proposition de rectification notifiée à la société le 7 juin 2017. Ce courrier ne faisait aucune référence à la proposition de rectification reçue par M. C à titre personnel. Il résulte de l'instruction que le courrier manuscrit versé aux débats par l'administration fiscale, que cette dernière établit avoir effectivement reçu, ainsi que l'atteste l'apposition des tampons du service, émane du même expéditeur - l'EURL Adinvest - que celui dont la raison sociale est mentionnée sur la preuve de dépôt produite par le requérant, et comporte la référence de l'envoi en recommandé sans avis de réception sous le numéro 1B01195766337. Ce courrier a d'ailleurs fait l'objet d'une réponse de l'administration le 28 juillet 2017, accusant réception de l'envoi et rejetant la demande de prorogation du délai, motif pris de la tardiveté de la demande. Dans ces conditions, M. C n'établit pas avoir envoyé le 10 juillet 2017 le courrier qu'il produit, qui porte au demeurant le même numéro de recommandé, laissant ainsi à entendre que le pli envoyé contenait les deux courriers, l'un dactylographié et l'autre manuscrit, ce qui n'est pas établi et au demeurant fort douteux. Par suite, seule la lettre manuscrite produite par l'administration et portant uniquement sur la procédure relative à l'EURL Adinvest doit être regardée comme ayant effectivement été envoyée. M. C n'établit donc pas avoir sollicité la prorogation du délai de réponse à la proposition de rectification qui lui était adressée à titre personnel. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales doit par conséquent être écarté dans sa branche relative à la prorogation du délai de réponse imparti au contribuable.

6. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point qui précède, le requérant n'a ni sollicité la prorogation du délai de réponse à la proposition de rectification le concernant notifiée le 7 juin 2017, ni présenté d'observations dans les délais qui lui étaient impartis. Dès lors, il doit être considéré comme ayant tacitement accepté les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux en litige. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la procédure est irrégulière en ce que l'administration fiscale n'a pas répondu aux observations qu'il a formulées par courrier du 10 août 2017.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande. "

8. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des documents et renseignements obtenus auprès de tiers, qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour mettre à même l'intéressé d'y avoir accès avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Lorsque le contribuable lui en fait la demande, l'administration est, en principe, tenue de lui communiquer, alors même qu'il en aurait eu connaissance, les renseignements, documents ou copies de documents obtenus auprès de tiers qui lui sont opposés, afin de lui permettre d'en vérifier l'authenticité ou d'en discuter la teneur ou la portée.

9. M. C soutient que l'administration ne lui a pas communiqué les renseignements recueillis dans le cadre du droit de communication en dépit d'une demande en ce sens présentée le 14 août 2017, avant la mise en recouvrement qui est intervenue le 31 octobre 2017. Il produit une copie du courrier qu'il a envoyé avec comme numéro d'envoi 1B 010 464 5270 9. Il résulte de la copie d'écran du tableau de suivi obtenu sur le site internet de La Poste que le pli contenant cette lettre, adressé en lettre recommandée sans accusé de réception, et mentionnant le même numéro d'envoi 1B 010 464 5270 9, a été remis contre signature du destinataire ou à son représentant dûment mandaté le 16 août 2017. Si l'administration fiscale soutient, en défense, ne pas avoir reçu cette demande, cette circonstance est sans incidence, dès lors que la réalité de l'envoi du courrier par le contribuable est établie. Dans ces conditions, M. C établit, par les éléments qu'il produit et dont rien ne permet de remettre en cause la valeur probante - contrairement au courrier mentionné au point 5 ci-dessus - tant l'envoi du courrier que sa réception par l'administration fiscale. Par suite, M. C est fondé à soutenir que la procédure d'imposition a été entachée d'une méconnaissance de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales et à demander, par conséquent, la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des pénalités y afférentes auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le nouveau moyen soulevé par le requérant dans son mémoire en réplique du 13 janvier 2023.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. C.

D É C I D E :

Article 1er : M. C est déchargé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des pénalités y afférentes auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015.

Article 2 : L'État versera à M. C une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la direction régionale des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Errera, premier conseiller,

M. Huin-Morales, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2023.

Le rapporteur,

A. B

Le président,

J. SORINLa greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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