jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2109398 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | LEREGLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 mai 2021, M. C B, représenté par
Me Leregle, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 75 360,28 euros, assortie des intérêts aux taux légaux à compter de la date de réception de sa demande préalable indemnitaire ;
2°) d'enjoindre à l'Etat de procéder à la reconstitution de sa carrière compte tenu de sa réintégration ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'illégalité de son licenciement constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat :
- cette faute lui a causé des préjudices qu'il convient d'indemniser ;
- il peut prétendre au versement d'une indemnité de 20 360,28 euros au titre du préjudice lié à la perte de rémunération pour la période allant du 8 mars 2018, soit à compter de son licenciement jusqu'au 5 avril 2019, date de sa réintégration, à une indemnité de
50 000 euros au titre du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence et une somme de 5 000 euros au titre du préjudice lié à l'atteinte à l'honneur.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens de M. B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au
13 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rebellato, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique.
Une note en délibéré a été enregistrée, le 9 décembre 2022, pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté en date du 10 juillet 2009, M. B, recruté par voie de concours externe, a été nommé adjoint administratif stagiaire de 1ère classe de la police nationale à compter du 5 janvier 2009 et affecté à la direction territoriale de la sécurité de proximité de la Seine-Saint-Denis et à la circonscription de sécurité publique de Neuilly-sur-Marne. Par un arrêté en date du 13 décembre 2010, le préfet de police a, d'une part, prolongé le stage de
M. B pour une durée de onze mois à compter du 5 janvier 2010, et d'autre part, mis fin au stage de celui-ci pour inaptitude médicale définitive à l'emploi d'adjoint administratif de l'intérieur et de l'outre-mer. Par un jugement du 7 janvier 2013, confirmé en appel, le tribunal administratif de Montreuil a annulé cet arrêté pour erreur d'appréciation et enjoint à l'administration de réintégrer l'intéressé.
2. A la suite de l'annulation contentieuse de l'arrêté du 13 décembre 2010, le préfet de police a, par un arrêté du 6 février 2013, réintégré M. B en qualité d'adjoint administratif stagiaire. Toutefois, le tribunal administratif de Montreuil a annulé, le
3 avril 2014, l'arrêté du 6 février 2013 et la décision implicite de rejet de son recours gracieux, en tant que par ces décisions, le préfet de police n'a pas prononcé sa titularisation dans le corps des adjoints administratif au grade de 1ère classe à compter du 5 décembre 2010. M. B a alors été titularisé par un arrêté du 12 mai 2014. Cependant, par arrêt du
23 juin 2015, la Cour administrative d'appel de Versailles a annulé ce jugement au motif que l'annulation, par jugement du 7 janvier 2013, de l'arrêté du 13 décembre 2010 par lequel le préfet de police avait mis fin, à compter du 5 décembre 2010 au stage de M. B, impliquait seulement la réintégration de M. B en qualité de stagiaire et non sa titularisation. Par arrêté du 16 mai 2017, le préfet de police a retiré, en exécution de l'arrêt du 23 juin 2015 de la Cour administrative d'appel de Versailles, son arrêté du 12 mai 2014 titularisant M. B et a prorogé son stage pour une durée d'un an à compter du
5 janvier 2010, soit 309 jours à compter du 31 janvier 2013, date à laquelle il a repris de manière effective ses fonctions.
3. Par arrêté du 16 février 2018, le ministre de l'intérieur a mis fin pour insuffisance professionnelle à ses fonctions exercées en qualité d'adjoint administratif principal de 2ème classe stagiaire de l'intérieur et de l'outre-mer à la préfecture de police et a refusé de le titulariser à compter du 8 mars 2018. Par un jugement du 20 décembre 2018, le tribunal administratif de Paris a annulé l'arrêté du 16 mai 2017 par lequel le préfet de police avait, d'une part, retiré son arrêté du 12 mai 2014 titularisant M. B et, d'autre part, réintégré l'intéressé en qualité de stagiaire. Cette annulation impliquait nécessairement que M. B soit réintégré en qualité de titulaire, sans que puisse y faire obstacle l'arrêté du 16 février 2018 par lequel le ministre de l'intérieur a refusé de le titulariser à l'issue du stage et a mis fin, pour ce motif, à ses fonctions. Ce dernier arrêté se trouvant ainsi privé d'effet. Par un arrêté du
5 mars 2019, le requérant a été réintégrée en qualité de titulaire à compter du 16 mai 2017.
4. Par un courrier du 20 décembre 2020, M. B a formé une demande indemnitaire préalable auprès du ministre de l'intérieur tendant à l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de l'illégalité de ses deux licenciements. Une décision implicite est née à la suite du silence gardé par le ministre. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme de
75 360,28 euros en raison de l'illégalité fautive des arrêtés des 13 décembre 2010 et
16 février 2018 prononçant son licenciement à l'issue de son stage d'adjoint administratif de la police nationale.
Sur les conclusions indemnitaires :
5. Un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. Cette circonstance ne fait toutefois pas, à elle seule, obstacle à l'indemnisation d'un préjudice s'il est établi que l'illégalité fautive commise par l'administration a privé l'agent d'une chance sérieuse d'être titularisé.
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat en raison de l'illégalité de l'arrêté du 13 décembre 2010 :
6. L'arrêté du 13 décembre 2010 portant licenciement pour inaptitude physique définitive à l'exercice de ses fonctions a été annulé pour erreur d'appréciation, par un jugement du tribunal administratif de Montreuil du 7 janvier 2013, rendu après une expertise médicale. Ce jugement a été confirmé par un arrêt de la Cour administrative d'appel de Versailles du 18 juillet 2014. Il en résulte que M. A est fondé à invoquer une faute de l'Etat en raison de l'illégalité de l'arrêté du 13 décembre 2010.
7. L'article 1355 du code civil dispose que : " L'autorité de la chose jugée n'a lieu qu'à l'égard de ce qui a fait l'objet du jugement. Il faut que la chose demandée soit la même ; que la demande soit fondée sur la même cause ; que la demande soit entre les mêmes parties, et formée par elles et contre elles en la même qualité ". L'autorité relative de chose jugée s'attachant à une décision juridictionnelle intervenue dans un litige de plein contentieux est subordonnée à la triple identité de parties, d'objet et de cause.
8. Il résulte de l'instruction que M. B a demandé au tribunal administratif de Montreuil de condamner l'Etat à lui verser une indemnité d'un montant global de 50 147,50 euros, en réparation des préjudices subis résultant de l'illégalité de l'arrêté du
13 décembre 2010. Par un jugement du 2 juillet 2015, le tribunal administratif de Montreuil a condamné l'Etat à verser à M. B une somme de 3 000 euros au titre du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence ayant résulté de son licenciement illégal et rejeté le surplus des conclusions tendant à l'indemnisation des préjudices résultant de l'atteinte portée à sa réputation et de la perte de ses traitements pour la période du 5 décembre 2010 au 30 janvier 2013.
9. Par suite, et ainsi que le soutient le ministre de l'intérieur, M. B qui ne se prévaut d'aucun élément nouveau, n'est pas fondé, au regard de l'autorité relative qui s'attache au dispositif et aux motifs du jugement du 2 juillet 2015, à solliciter de nouveau l'indemnisation de son préjudice moral, des troubles dans ses conditions d'existence et du préjudice lié à l'atteinte portée à sa réputation dès lors que sa demande est dirigée contre la même partie, à savoir l'Etat, qu'elle repose sur la même cause juridique, à savoir son licenciement illégal et qu'elle porte sur le même objet, à savoir l'indemnisation des préjudices précités. Au surplus, il ne résulte pas de l'instruction que les motifs qui ont conduit au licenciement du requérant par l'arrêté du 13 décembre 2010 auraient fait l'objet de la part de l'administration d'une quelconque divulgation au sein ou hors du service. Ainsi et en tout état de cause, l'atteinte à la réputation alléguée n'est pas établie.
10. Enfin si M. B invoque une perte de traitement pour la période allant du
8 mars 2018, date d'effet de son licenciement, au 5 avril 2019, date de sa réintégration, il ne résulte pas de l'instruction que ce préjudice, au demeurant non établi, soit en lien avec l'illégalité de l'arrêté du 13 décembre 2010.
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat en raison de l'illégalité de l'arrête du 16 février 2018 :
11. L'arrêté du 16 février 2018 par lequel le ministre de l'intérieur a mis fin pour insuffisance professionnelle à ses fonctions d'adjoint administratif stagiaire a perdu son objet à la suite du jugement du 20 décembre 2018 du tribunal administratif de Paris annulant l'arrêté du 16 mai 2017 par lequel le préfet de police avait, d'une part, retiré son arrêté du 12 mai 2014 titularisant M. B et, d'autre part, réintégré l'intéressé en qualité de stagiaire. Si M. B se borne sommairement à invoquer l'illégalité fautive de cet arrêté, il ne l'établit pas. L'illégalité d'une décision s'appréciant à la date d'édiction de cette décision, la seule circonstance que cette décision soit privée d'objet par le jugement précité n'est pas de nature à entacher cette décision d'illégalité. Par suite, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité fautive de l'arrêté du 16 février 2018. Au surplus, les préjudices invoqués par
M. B ne sont pas établis et le ministre de l'intérieur soutient sans être contesté qu'une régularisation financière a été réalisée.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gros, président,
M. Rebellato, premier conseiller,
M. Hélard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 15 décembre 2022.
Le rapporteur,
J. REBELLATO
Le président,
L. GROS
La greffière,
S. PORRINAS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026