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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2109800

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2109800

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2109800
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET F.NAIM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 mai 2021, la société Polab Ug, représentée par Me Naim, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période courant du 25 juillet 2014 au 20 janvier 2016, ainsi que des pénalités et intérêts de retard, dont ils ont été assortis ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure au terme de laquelle les impositions en litige ont été établies, est irrégulière ;

- en effet, l'administration fiscale a méconnu les dispositions de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales, qui prévoient que la vérification de comptabilité est effectuée au siège social de l'entreprise ;

- dès lors qu'en tant que société de droit allemand elle ne disposait pas de local en France, l'administration fiscale ne pouvait exiger que la vérification de comptabilité se déroule sur le territoire français, sauf à porter atteinte au principe d'égalité et au principe de libre circulation consacré par le droit communautaire ;

- au demeurant, cette vérification aurait pu être menée en Allemagne par des agents de l'administration allemande ou bien encore dans les locaux de l'ambassade de France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la société requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts,

- le livre des procédures fiscales,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Belkacem,

- et les conclusions de Mme Mauclair, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée unipersonnelle Bego, aux droits de laquelle est venue, le 20 janvier 2016, la société de droit allemand Polab Ug, qui exerçait dans le secteur d'activité des débits de boissons et exploitait un bar et restaurant cubain situé à Paris (16ème arrondissement), a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, initiée par un avis de vérification du 25 mai 2016 adressée à la société Polab Ug, et dont les opérations se sont déroulées du 25 juillet 2016 au 19 janvier 2017, lesquelles portaient sur la période du 25 juillet 2014 au 20 janvier 2016. A l'issue des opérations de vérification, l'administration fiscale a notifié une proposition de rectification datée du 26 janvier 2017 à la société Polab Ug, selon une procédure contradictoire s'agissant des cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés et selon la procédure de taxation d'office s'agissant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée. La société Polab Ug a expressément refusé ces rehaussements par une lettre 19 janvier 2017, lesquels ont toutefois été confirmés par l'administration fiscale par une lettre du 2 mars 2017. Les rappels de taxe sur la valeur ajoutée ont alors été mis en recouvrement le 28 avril 2017 pour un montant total de 150 051 euros en droits et pénalités. La société requérante a, par une réclamation du 31 juillet 2017, adressée à l'administration fiscale, demandé la décharge de ces dernières impositions. Par une décision du 8 août 2019, l'administration fiscale a partiellement fait droit à cette demande, en prononçant un dégrèvement d'un montant de 1 637 euros, dont 1419 euros en droits et 218 euros en pénalités. La société requérante a, une nouvelle fois et par une lettre du 1er octobre 2019, sollicité de l'administration un dégrèvement de ces impositions, demande qui a été expressément rejetée par une décision du 5 janvier 2021. Par la présente requête, la société Polab Ug demande la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre des années 2014 à 2016, outre les pénalités et intérêts de retard dont été assortis ces droits pour un montant total de 148 414 euros.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables. () ". Ces dispositions ont pour conséquence que toute vérification de comptabilité doit, en principe, se dérouler dans les locaux de l'entreprise vérifiée, en présence de personnes habilitées à la représenter, sauf dans le cas où l'administration, à la demande du contribuable, procède à cette vérification dans un lieu extérieur à l'entreprise. En particulier, dans l'hypothèse où l'entreprise vérifiée ne dispose plus de locaux en France, il appartient à ses représentants de proposer au vérificateur le lieu, en principe situé en France, où, d'un commun accord avec l'administration, la vérification de la comptabilité pourra se dérouler et de désigner la personne habilitée à la représenter lors des opérations de contrôle, qui sera tenue, comme le prévoit l'article 54 du code général des impôts, " de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration ".

3. Il est constant que la société requérante, venant aux droits de la société Bego, ne dispose pas de locaux en France ; il lui appartenait ainsi de proposer au vérificateur un lieu situé en France, où d'un commun accord avec l'administration, les opérations de vérification pouvaient se dérouler. En outre, il résulte de l'instruction, notamment des échanges de courriels intervenus le 7 juillet 2016 et le 27 juillet suivant, entre le conseil de la société requérante et l'administration fiscale, que, si dans un premier temps, la société Polab Ug a exigé que les opérations se déroulent au sein de son siège social situé en Allemagne, elle a finalement accepté, en accord avec l'administration fiscale, que les opérations se déroulent au sein des locaux de l'administration situés dans le 16ème arrondissement, en présence du conseil de la société. Les opérations de contrôle sont alors intervenues le 25 juillet 2016, les 12 et 26 septembre suivants, le 6 octobre 2016 et le 19 janvier 2017 dans les locaux de l'administration fiscale en présence de Me Naim, conseil de la société requérante. Dans ces circonstances, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.

4. En deuxième lieu, à supposer que la société requérante ait entendu invoquer la non-conformité des dispositions de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales au principe d'égalité, garanti par la Constitution du 4 octobre 1958, il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur une telle question. Par suite et en tout état de cause, le moyen doit être écarté.

5. En troisième et dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de libre circulation, garanti par le droit de l'Union européenne, n'est pas assorti de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Par suite, et en tout de cause, le moyen doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge des impositions en litige en droits et pénalités. Par suite, les conclusions présentées à cette fin doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Les dispositions de cet article font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser à la société requérante la somme que celle-ci demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Polab Ug est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Polab Ug et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

Mme Belkacem, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.

La rapporteure,

N. BELKACEMLe président,

C. FOUASSIER

La greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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