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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2109972

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2109972

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2109972
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation4e Section - 3e Chambre - R.222-13
Avocat requérantBROCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 mai 2021 et le 29 novembre 2022, Mme D C, agissant en son nom personnel et en qualité de représentant légal de ses deux enfants mineurs, représentée G, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser une somme de 118 000 euros en réparation des préjudices résultant de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'État est engagée sur le fondement de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dès lors qu'elle n'a reçu aucune offre de relogement alors qu'elle a été reconnue prioritaire par une décision de la commission de médiation ;

- elle subit des troubles dans ses conditions d'existence du fait de la carence fautive de l'État à la reloger.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2022, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris a informé le tribunal que Mme C a refusé le 8 février 2021 le logement qui lui a été proposé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 avril 2021.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme E en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E ;

- et les observations de Me Nagy, avocat de Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une décision d'une commission de médiation en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'État prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement. En outre, il y a lieu de tenir compte, pour les évaluer, de l'évolution de la composition du foyer au cours de cette période.

2. D'une part, Mme C, qui a présenté une demande de logement social sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence par une décision du 6 juillet 2017 de la commission de médiation du département de Paris au motif qu'elle était hébergée chez un tiers. En outre, par un jugement du 7 juin 2018, le tribunal administratif de Paris a enjoint au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, d'assurer son relogement sous astreinte de 300 euros par mois de retard à compter du 1er septembre 2018. Le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris n'a pas proposé à Mme C un relogement dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l'habitation à compter de l'édiction de la décision de la commission de médiation, ni d'ailleurs dans le délai fixé par le jugement du 7 juin 2018. Cette carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État à compter du 6 janvier 2018 à l'égard de Mme C. En revanche, il résulte des principes énoncés au point 1 que les conclusions présentées par la requérante au nom de ses enfants mineurs doivent être rejetées.

3. D'autre part, le refus, sans motif impérieux, d'une proposition de logement adaptée est de nature à faire perdre au demandeur le bénéfice de la décision de la commission de médiation, à la condition néanmoins qu'il ait été préalablement informé de cette éventualité conformément à l'article R. 441-16-3 du code de la construction et de l'habitation. En l'espèce, s'il résulte de l'instruction que la requérante a refusée, le 18 mars 2021, une proposition pour un logement de type F3 situé 8 square Paul Paray dans le 17ème arrondissement de Paris, elle indique, sans être contredite, que ce refus était justifié par l'inadaptation du logement aux handicaps de ses deux enfants mineurs. Par suite, et alors en outre que l'administration n'a, en tout état de cause, pas justifié que la proposition de logement en cause comportait l'information précitée sur les conséquences d'un tel refus, cette proposition de logement refusée n'est pas de nature à exonérer l'Etat de sa responsabilité.

4. Enfin, il résulte de l'instruction que la situation qui a motivé la décision de la commission de médiation persiste, Mme C ayant été hébergée chez ses parents avec son fils aîné puis occupant depuis le 31 juillet 2018 avec son fils, F A né le 2 février 2016 et reconnu handicapé, puis avec son deuxième fils, B A, né le 16 avril 2019, nécessitant également une prise en charge pluridisciplinaire spécialisé, un logement d'une superficie de 30 m² dans une résidence sociale à titre temporaire. Compte tenu de ces conditions de logement, qui perdurent du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer de Mme C, les troubles de toute nature subis par elle dans ses conditions d'existence, y compris son préjudice moral, justifient la condamnation de l'Etat à lui verser une indemnité de 7 500 euros, tous intérêts compris.

5. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Brochard, avocat de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Brochard de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme C une somme de 7 500 euros, tous intérêts compris.

Article 2 : L'État versera à Me Brochard, avocat de Mme C une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Brochard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à la ministre déléguée auprès de la ministre de la transition écologique, chargée du logement et à Me Brochard.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

La magistrate désignée,

C. E

La greffière,

E. MOUCHON

La République mande et ordonne à la ministre déléguée auprès de la ministre de la transition écologique, chargée du logement en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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