mardi 30 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2110046 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET MATTEI (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 mai 2021 et un mémoire enregistré le 4 mars 2022, Mme A B, représentée par Me Mattei de la SELARL Cabinet Mattei, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017 ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration fiscale est mal fondée imposer à son nom les sommes facturées et encaissées la société Satisfactory ;
- l'administration fiscale ne démontre pas qu'elle a exercé une activité professionnelle individuelle et indépendante en France justifiant son imposition dans la catégorie des bénéfices non commerciaux ;
- la méthode de reconstitution des recettes adoptée par le service vérificateur, qui s'est borné à réintégrer à ses bases imposables les montants facturés de 17 695 euros et 21 600 euros sans admettre aucune charge en déduction, est radicalement viciée ou excessivement sommaire ;
- l'administration a méconnu le fait générateur de l'impôt et le principe d'annualité de l'impôt.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 novembre 2021, l'administrateur des finances publiques représentant la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Île-de-France conclut au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement accordé en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que :
- la somme de 5 070 euros correspondant à des factures payées en 2017 et ne pouvant, dès lors, être imposée au titre de l'année 2016, il y a lieu d'accorder à la requérante, à hauteur de 2 769 euros, un dégrèvement partiel des impositions en litige au titre de cette année ainsi que des pénalités correspondantes ;
- les autres moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées par courrier du 19 octobre 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la date ou de la période à laquelle il a été envisagé de l'appeler à l'audience et de la date à partir de laquelle l'instruction pourrait être close par une clôture à effet immédiat.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Amadori, rapporteur
- et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un contrôle sur pièces de sa situation fiscale au titre des années 2016 et 2017, le service vérificateur a adressé à Mme B une proposition de rectification datée du 16 décembre 2019, par laquelle il a évalué d'office sa base imposable à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices non commerciaux au titre des années 2016 et 2017 et assorti les rectifications d'intérêts de retard et d'une majoration de 80% pour activité occulte. Les impositions supplémentaires et pénalités résultant du contrôle, de montants respectifs de
3 252 euros et 9 842 euros, ont été mises en recouvrement le 30 septembre 2019. Mme B a formé, par un courrier du 2 novembre 2020, une réclamation contentieuse, qui a été rejetée par l'administration fiscale le 9 mars 2021.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision du 9 novembre 2021, postérieure à l'introduction de la requête, l'administrateur de finances publiques représentant la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Île-de-France, estimant que la somme de 5 070 euros, correspondant à des factures payées en 2017 ne peut être imposée au titre de l'année 2016, a prononcé le dégrèvement à hauteur de 2 769 euros, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à la charge de
Mme B au titre de l'année 2016 et des pénalités correspondantes. Les conclusions de la requérante sont, dans cette mesure, devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin de décharge :
3. En premier lieu, d'une part, aux termes du I de l'article 155 A du code général des impôts : " Les sommes perçues par une personne domiciliée ou établie hors de France en rémunération de services rendus par une ou plusieurs personnes domiciliées ou établies en France sont imposables au nom de ces dernières : / - soit, lorsque celles-ci contrôlent directement ou indirectement la personne qui perçoit la rémunération des services ; / - soit, lorsqu'elles n'établissent pas que cette personne exerce, de manière prépondérante, une activité industrielle ou commerciale, autre que la prestation de services ; / - soit, en tout état de cause, lorsque la personne qui perçoit la rémunération des services est domiciliée ou établie dans un Etat étranger ou un territoire situé hors de France où elle est soumise à un régime fiscal privilégié au sens mentionné à l'article 238 A ". Les prestations dont la rémunération est ainsi susceptible d'être imposée entre les mains de la personne qui les a effectuées correspondent à un service rendu pour l'essentiel par elle et pour lequel la facturation par une personne domiciliée ou établie hors de France ne trouve aucune contrepartie réelle dans une intervention propre de cette dernière, permettant de regarder ce service comme ayant été rendu pour son compte.
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que les éléments obtenus lors de la vérification de comptabilité de la société Metric ont mis en lumière que cette société française avait signé, d'une part, une convention d'assistance technique avec la société Alteca aux termes de laquelle cette dernière ferait appel aux services de la société Metric pour la réalisation de prestations d'assistances techniques. D'autre part, la société Metric avait signé avec la société de droit marocain Satisfactory, les 2 janvier 2016 et 2 janvier 2017, des contrats dénommés " convention de services ", qui stipulent que la dernière pourrait proposer à la première le détachement de certains de ses collaborateurs pour des missions en France. Une annexe à ces contrats a prévu que Mme B, salariée de la société Satisfactory, réaliserait en qualité d'ingénieure études, du 11 juillet 2016 au 10 avril 2017, des prestations de services dans le domaine informatique, dont le lieu d'exécution se situe à Massy, pour le compte de la société Alteca. Des factures de prestations de services réalisées par la société Satisfactory pour la société Metric, s'élevant à des montants totaux de 12 625 euros en 2016 et 21 600 euros en 2017, ont par la suite été virées sur le compte bancaire de la société Satisfactory, détenu dans une banque située à Casablanca. Mme B ne conteste pas ces éléments, dont il ressort que, d'une part des prestations de services ont été réalisées en France par la société Satisfactory pour le compte de la société Alteca, client de la société Metric, et d'autre part, qu'elle est elle-même l'auteure de ces prestations. Par ailleurs, la requérante n'établit pas, ni même n'allègue, que la société Satisfactory aurait exercé, de manière prépondérante, une activité industrielle ou commerciale autre que la prestation de services. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a pu considérer que Mme B avait effectué des prestations qui correspondaient à un service rendu, pour l'essentiel, par elle-même et pour lequel la facturation par la société Satisfactory ne trouvait aucune contrepartie réelle dans une intervention qui lui aurait été propre. Par suite, et contrairement à ce que soutient Mme B, le service était fondé à regarder les rémunérations versées par la société Metric à la société Satisfactory comme rémunérant des services rendus par la contribuable pour son propre compte et imposables à l'impôt sur le revenu dans ses mains sur le fondement de l'article 155 A du code général des impôts.
5. En deuxième lieu, d'une part, les dispositions de l'article 155 A du code général des impôts ne dispensent pas l'administration, pour soumettre cette rémunération à l'impôt sur le revenu entre les mains de la personne ayant rendu les services, de faire application des règles de taxation relatives à la catégorie de revenus dont elle relève. La détermination de cette catégorie dépend de l'analyse des relations existant entre la personne qui a rendu pour l'essentiel les services facturés et le bénéficiaire de ces services. D'autre part, aux termes de l'article 92 du code général des impôts, dans sa rédaction alors applicable : " 1. Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus. / () ".
6. En l'espèce, compte tenu des éléments mentionnés au point 4 du présent jugement, et alors même que la facturation, les contrats et les flux financiers ont été établis entre la société Metric et la société Satisfactory, l'activité de prestations de services en matière informatique exercée par Mme B en France au cours des années 2016 et 2017 doit être regardée comme étant une activité professionnelle, individuelle et indépendante, dont les revenus sont imposables dans la catégorie des bénéfices non commerciaux sur le fondement des dispositions de l'article 92 du code général des impôts.
7. En troisième lieu, les rectifications en litige ne procédant pas d'une reconstitution de recettes faisant suite à un rejet de la comptabilité, mais d'une application des dispositions des articles 92 et 155 A du code général des impôts, la requérante ne peut utilement soutenir que la méthode de reconstitution de recettes suivie par le vérificateur serait radicalement viciée dans son principe ou excessivement sommaire.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 193-1 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré. ". En l'espèce, la requérante, dont le revenu catégoriel a été évalué d'office et qui supporte, dès lors, la charge de la preuve de l'exagération de l'imposition à laquelle elle a été assujettie, ne produit aucun élément probant de nature à justifier la déductibilité de charges et de frais de son revenu catégoriel en litige.
9. En cinquième lieu, le service a, par sa décision de dégrèvement partiel du 9 novembre 2021 prise en cours d'instance, tiré les conséquences de la méconnaissance du principe du fait générateur de l'imposition en matière de bénéfices non commerciaux et du principe d'annualité de l'impôt en réduisant la base imposable de l'année 2016 à hauteur des sommes encaissées l'année suivante. Pour le surplus des sommes demeurant en litige, il ne résulte pas de l'instruction que le fait générateur de l'impôt et le principe d'annualité de l'impôt auraient été méconnus.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles elle est restée assujettie au titre des années 2016 et 2017 ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur les frais liés au litige :
11. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B en vue de la présente instance et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu, dans la limite du dégrèvement visé au point 2 du présent jugement, de statuer sur les conclusions de la requête de Mme B tendant à la décharge des impositions supplémentaires auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2016 ainsi que des pénalités correspondantes.
Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'administrateur des finances publiques représentant la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Île-de-France
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bachoffer, président,
M. Pertuy, premier conseiller,
M. Amadori, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 30 janvier 2024.
Le rapporteur,
A. AMADORI
Le président,
B. BACHOFFERLa greffière,
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400288
La société First Trading contestait devant le **Tribunal Administratif de Paris** des rappels d'impôts et pénalités suite à un contrôle fiscal. Le tribunal a **rejeté sa requête**, considérant que la proposition de rectification avait été régulièrement notifiée conformément aux articles L. 57 et L. 76 du livre des procédures fiscales, et que les autres moyens soulevés (prescription, qualification de la cession immobilière) n'étaient pas fondés.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407139
**Sujet principal** : La requête de la SAS Etablissements A. Chollet contestant la réintégration fiscale de provisions pour dépréciation de ses stocks et demandant la décharge d'impositions supplémentaires sur les sociétés. **Juridiction** : Le Tribunal Administratif de Paris (1re Section - 2e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la demande de la société. Il estime que la méthode d'évaluation de la provision pour dépréciation appliquée au groupe de produits "V" n'est pas suffisamment précise et détaillée, car elle utilise un taux unique basé sur la durée de stockage pour des produits hétérogènes, sans justification d'une dépréciation homogène. **Textes appliqués** : Les articles 39-1 5° et 38-3 du Code général des impôts (CGI), en application de l'article 209 du CGI, ainsi que l'article 38 decies de l'annexe III au CGI, relatifs aux conditions de déductibilité des provisions pour dépréciation des stocks.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2418646
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler la décision du recteur de l'académie de Paris refusant la révision de l'affectation de sa fille en classe de première STMG. Le juge a estimé que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en maintenant l'affectation initiale, les arguments fondés sur une prétendue erreur d'un conseiller principal d'éducation et sur les risques pour la scolarité de l'élève n'étant pas de nature à caractériser une situation exceptionnelle justifiant une révision. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'éducation et de l'arrêté académique fixant les procédures d'affectation.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517216
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. C... A... visant à annuler plusieurs mesures d'éloignement (obligation de quitter le territoire, interdiction de retour, etc.) prises par le préfet de police. Le tribunal a jugé que le préfet était compétent pour signer ces décisions et que leur motivation était suffisante, notamment au regard de la menace pour l'ordre public. Il a également déclaré irrecevable le recours contre le signalement Schengen, cette inscription n'étant pas une décision susceptible de recours pour excès de pouvoir. Les textes appliqués incluent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et la Convention européenne des droits de l'homme.
31/03/2026