mardi 13 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2110047 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | GUEUNIER |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 10 mai 2021 sous le numéro 2110047, la société JLS Transactions, représentée par Me Gueunier, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos les 31 décembre 2014 et 2015, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, ainsi que des pénalités correspondantes ;
3°) de prononcer la décharge de la majoration de 40 % mise à sa charge au titre de l'article 1729 du code général des impôts ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure a méconnu le principe du contradictoire ;
- la proposition de rectification n'est pas suffisamment motivée et méconnaît les dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;
- la procédure est viciée, dès lors qu'elle n'a pas été régulièrement convoquée devant la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ;
- lorsqu'une entreprise déduit de la taxe sur la valeur ajoutée sur ses déclarations, l'opération se traduit, en comptabilité, par le crédit du compte de taxe sur la valeur ajoutée déductible. Le rappel de 16 520 euros est ainsi mal fondé, dès lors qu'il n'existe aucune écriture de crédit au compte de taxe sur la valeur ajoutée déductible de 2014 ;
- le profit sur le Trésor doit être réduit à due-proportion de la taxe sur la valeur ajoutée.
- les charges de loyers de M. C D ont été engagées dans l'intérêt de l'entreprise et sont déjà imposées en qualité de charges non justifiées ;
- l'administration n'établit pas que M. D était maitre de l'affaire.
- la majoration de 40 % pour manquement délibéré n'est pas motivée et l'administration ne démontre pas le caractère délibéré des manquements reprochés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2021, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens présentés dans la requête ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2022 sous le numéro 2219872, la société JLS Transactions, représentée par Me Gueunier, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos les 31 décembre 2016, 2017 et 2018, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 mai 2019, ainsi que des pénalités correspondantes ;
3°) de prononcer la décharge de la majoration de 40 % mise à sa charge au titre de l'article 1729 du code général des impôts ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure a méconnu le principe du contradictoire ;
- la proposition de rectification n'est pas suffisamment motivée s'agissant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée déductible et méconnaît les dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;
- Il incombe à l'administration, en l'absence de rejet de la comptabilité, de procéder, pour l'établissement des bases de la taxe sur la valeur ajoutée, de procéder à un pointage des encaissements effectifs sur les comptes bancaires ; en se référant aux encaissements inscrits en comptabilité l'administration a utilisé une méthode illégale ;
- le profit sur le Trésor doit être réduit à due-proportion de la taxe sur la valeur ajoutée.
- les charges de loyers et de déplacement de M. C D ont été engagées dans l'intérêt de l'entreprise ;
- la majoration de 40 % pour manquement délibéré n'est pas motivée et l'administration ne démontre pas le caractère délibéré des manquements reprochés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2023, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens présentés dans la requête ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pertuy,
- et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société par action simplifiée JLS Transactions exerce une activité de conseil en développement immobilier et négociation, ainsi que d'options, d'achat, location et ventes de meubles et d'électroménager. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période courant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, puis sur la période courant du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, étendue au 31 mai 2019 en matière de TVA. L'administration, à l'issue de la procédure contradictoire a notifié à la requérante des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, ainsi que la majoration prévue par
l'article 1729 du code général des impôts. La société JLS Transactions demande la décharge de ces impositions supplémentaires et des pénalités correspondantes.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2110047 et n° 2219872 de la société JLS Transactions présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
Sur la régularité des procédures de rectification :
En ce qui concerne la période courant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015 :
3. En premier lieu, dans le cas où la vérification de comptabilité d'une entreprise a été effectuée, soit, comme il est de règle, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable auprès duquel sont déposés les documents comptables, c'est au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat.
4. En l'espèce, l'administration fiscale, alors même qu'il ne lui appartient pas de le démontrer, établit que la vérification de comptabilité est intervenue dans les locaux du cabinet comptable de la société requérante, à sa demande, et que des échanges ont eu lieu avec le service vérificateur. Dès lors que la requérante n'apporte, par ailleurs, aucun élément de nature à démontrer que l'administration n'aurait pas répondu à ses sollicitations ou ne lui aurait pas apporté toute information utile au cours des opérations, elle ne peut être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, de ce que le débat oral et contradictoire n'aurait pas été régulièrement mené. Le moyen tiré de la méconnaissance du débat oral et contradictoire doit, par suite, être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable à l'espèce : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Aux termes de l'article R*. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile.
6. En l'espèce, la proposition de rectification du 13 juillet 2017 indique que l'activité de la société entre de plein droit dans le champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée et est passible de l'impôt sur les sociétés. En matière de taxe sur la valeur ajoutée, la proposition souligne, d'abord, qu'après avoir exercé son droit de communication en vue d'obtenir les copies des relevés bancaires des comptes financiers de la société, le service vérificateur a constaté des discordances entre le chiffre d'affaires résultant des encaissements présents sur ces relevés et le chiffre d'affaires déclaré, devant conduire à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée non déclarée, d'une part pour la période courant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2014, d'autre part pour la période courant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2015. La proposition expose ensuite le montant des charges qu'elle regarde comme non accompagnées d'un justificatif et ayant donné lieu, par conséquent à tort, à la comptabilisation d'une taxe sur la valeur ajoutée déductible, d'une part pour la période courant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2014, d'autre part pour la période courant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2015. En matière d'impôts sur les sociétés, la proposition décrit d'abord les modalités de calcul du profit sur le Trésor résultant de la rectification des déclarations de taxes dues ou déductibles et leurs conséquences en matière d'impôt sur les sociétés pour les années 2014 et 2015. Ensuite, la proposition souligne que le retard de dépôt de la déclaration de résultat pour l'exercice 2014 de la requérante et les conséquences à tirer en matière d'impôt sur les sociétés de cette déclaration tardive. Enfin, d'une part au titre des charges non justifiées, la proposition constate l'absence de pièces justificatives, d'autre part au titre des charges non-engagées dans l'intérêt de l'entreprise, la proposition constate l'absence de lien juridique entre le bénéficiaire des charges de loyer et la société requérante. Par suite, l'administration a suffisamment exposé en quoi des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés étaient justifiés et a mis en mesure la société de présenter sa défense sur l'ensemble des constatations effectuées. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la proposition de rectification doit, en conséquence, être écarté.
7. Aux termes de l'article L. 59 du livre des procédures fiscales, dans les cas où les rectifications interviennent selon la procédure contradictoire décrite aux articles L. 55 et suivants, " Lorsque le désaccord persiste sur les rectifications notifiées, l'administration, si le contribuable le demande, soumet le litige à l'avis soit de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 du code général des impôts, soit de la Commission nationale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 H du même code ".
8. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'accusé de réception du 29 septembre 2018 mentionné dans le compte rendu de réunion de la commission, dont la requérante n'a pas contesté la teneur, que la société JLS Transactions a bien été régulièrement avisée de la convocation devant cette commission. Le moyen tiré de ce que la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires n'a pas été régulièrement saisie doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la période courant du 1er janvier 2016 au 31 mai 2019 :
9. En premier lieu, dans le cas où la vérification de comptabilité d'une entreprise a été effectuée, soit, comme il est de règle, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable auprès duquel sont déposés les documents comptables, c'est au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat.
10. En l'espèce, l'administration fiscale, alors même qu'il ne lui appartient pas de le démontrer, établit que la vérification de comptabilité est intervenue dans les locaux du cabinet comptable de la société requérante, à sa demande, et que des échanges ont eu lieu avec le service vérificateur. Dès lors que la requérante n'apporte, par ailleurs, aucun élément de nature à démontrer que l'administration n'aurait pas répondu à ses sollicitations ou ne lui ait pas apporté toute information utile au cours des opérations, elle ne peut être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, de ce que le débat oral et contradictoire n'aurait pas été régulièrement mené.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable à l'espèce : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Aux termes de l'article R*. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. Le moyen tiré de la méconnaissance du débat oral et contradictoire doit, par suite, être écarté.
12. La requérante soutient que la proposition de rectification est insuffisamment motivée s'agissant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée déductible. Pour autant, il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 9 décembre 2019 indique que la société JLS Transactions a opté pour le régime réel normal d'imposition en matière de taxe sur la valeur ajoutée. La proposition expose, d'abord, le droit applicable, et souligne notamment que les dispositions du code général des impôts subordonnent la déductibilité de la taxe ayant grevé le prix des biens et services acquis par le redevable au fait que ceux-ci soient nécessaires à l'exploitation et affectés à celle-ci. Elle relève ensuite que les pièces justificatives présentées par la société JLS Transactions sont des échanges de courriels et ne peuvent être regardées comme des justificatifs des dépenses au sens du code général des impôts, au lieu et place des factures qui auraient dû être produites, et ne mentionnent pas la taxe sur la valeur ajoutée. Elle ajoute en outre que les pièces présentées ont pour fin de justifier des voyages et hébergements à l'étranger alors que la société ne déploie aucune activité à l'étranger. Enfin, les dépenses ont été engagées, notamment, par M. A D, lequel n'apparaît n'exercer aucune activité au sein de la société. La proposition de rectification détaille enfin les sommes dont la déduction est rejetée ainsi que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée non-déductible correspondants. Par suite, l'administration a suffisamment exposé en quoi des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la taxe sur la valeur ajoutée déductible étaient justifiés et a mis en mesure la société de présenter sa défense sur l'ensemble des constatations effectuées. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la proposition de rectification doit, en conséquence, être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions en litige :
En ce qui concerne la période courant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015 :
13. En premier lieu, aux termes du 1 du II de l'article 271 du code général des impôts : " Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures () ". Le 4 de l'article 283 du même code dispose que : " Lorsque la facture ne correspond pas à la livraison d'une marchandise ou à l'exécution d'une prestation de services, ou fait état d'un prix qui ne doit pas être acquitté effectivement par l'acheteur, la taxe est due par la personne qui l'a facturée ". Aux termes du 2 de l'article 272 du même code : " La taxe sur la valeur ajoutée facturée dans les conditions définies au 4 de l'article 283 ne peut faire l'objet d'aucune déduction par celui qui a reçu la facture ".
14. En vertu des dispositions combinées des articles 271, 272 et 283 du code général des impôts, un contribuable n'est pas en droit de déduire de la taxe sur la valeur ajoutée dont il est redevable à raison de ses propres opérations celle mentionnée sur une facture établie à son nom par une personne qui ne lui a fourni aucun bien ou aucune prestation de services. Dans le cas où l'auteur de la facture était régulièrement inscrit au registre du commerce et des sociétés et assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée, il appartient à l'administration, si elle entend refuser à celui qui a reçu la facture le droit de déduire la taxe qui y était mentionnée, d'établir qu'il s'agissait d'une facture fictive ou d'une facture de complaisance. Si l'administration apporte des éléments suffisants permettant de penser que la facture ne correspond pas à une opération réelle, il appartient alors au contribuable d'apporter toutes justifications utiles sur la réalité de cette opération.
15. La requérante soutient que lorsqu'une entreprise déduit de la taxe sur la valeur ajoutée sur ses déclarations, l'opération se traduit, en comptabilité, par le crédit du compte de taxe sur la valeur ajoutée déductible et que, par suite, le rappel de taxe sur la valeur ajoutée déductible de
16 520 euros à ce titre est mal fondé, dès lors qu'il n'existe aucune écriture de crédit au compte de taxe sur la valeur ajoutée déductible de 2014. Pour autant, il est constant que la société requérante n'a pas été en mesure de présenter des factures et n'a pas satisfait, par suite, l'obligation qui lui incombe d'apporter une justification de la réalité des opérations comptabilisées, sans que l'absence de comptabilisation des sommes sur certains comptes soit de nature à régulariser cette omission.
16. En deuxième lieu, par voie de conséquence du rejet des demandes de la société aux fins de réduction des rappels opérés en matière de taxe sur la valeur ajoutée, les conclusions présentées aux fins de réduction à due-proportion du profit sur le Trésor ne peuvent qu'être rejetées.
17. En troisième lieu Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ".
18. En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des créances de tiers, amortissements, provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. En ce qui concerne les charges, le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
19. Il résulte de l'instruction que la société requérante a comptabilisé dans ses charges déductibles au titre des exercices vérifiés, d'une part, des charges non assorties de factures, d'autre part des charges de loyers au bénéfice de M. C D dont l'administration fiscale considère qu'elles n'ont pas été engagées dans l'intérêt de l'entreprise. La société requérante soutient que les dépenses de loyer ont été engagées dans l'intérêt de l'entreprise et que la rectification des sommes relevant des loyers a été effectuée à deux reprises, tant au titre de l'absence de facture que de l'intérêt de l'entreprise, conduisant ainsi à une double imposition.
20. Pour autant, il n'est pas contesté que sur la période vérifiée M. C D n'était ni associé ni salarié de la société JLS Transactions, dont M. C D était le dirigeant et que les loyers réglés à son bénéfice ne peuvent être regardés comme engagés dans l'intérêt de la société. Par ailleurs, la rectification a été effectuée aux deux titres mais imposée une seule fois.
21. En dernier lieu, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés ".
22. Il résulte de ces dispositions que les distributions sont imposées auprès du bénéficiaire de sommes regardées comme présumées distribuées auprès du maître de l'affaire. La société JLS Transactions n'est donc pas redevable d'une imposition à ce titre et ses demandes tendant à voir déniée à M. C D la qualité de maître de l'affaire sont irrecevables.
En ce qui concerne la période courant du 1er janvier 2016 au 31 mai 2019 :
S'agissant de la charge de la preuve :
23. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales :
" Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré. "
24. Il résulte de l'instruction que la société JLS Transactions n'a pas souscrit de déclaration de résultat au titre des exercices clos les 31 décembre 2016, 2017 et 2018, malgré les mises en demeure adressées par l'administration fiscale et a, ainsi, été taxée d'office. Par conséquent, s'agissant des rectifications opérées en matière d'impôt sur les sociétés, il appartient à la requérante d'apporter la preuve du caractère exagéré des impositions mises à sa charge.
25. Il appartient, en revanche, à l'administration, d'apporter la preuve de l'insuffisance des déclarations en matière de taxe sur la valeur ajoutée.
S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée collectée :
26. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ".
27. La requérante soutient que l'administration a, en méconnaissance du principe selon lequel la charge de la preuve de l'insuffisance des déclarations repose sur l'administration en l'absence de rejet de la comptabilité, fondé ses rappels sur les seules écritures d'encaissement comptabilisées, et non sur les encaissements effectifs issus des comptes bancaires.
28. Il résulte cependant de l'instruction, notamment à la lecture de la proposition de rectification du 9 décembre 2019, qu'en miroir des écritures d'encaissement enregistrées et comptabilisées par la société, le vérificateur a vérifié l'encaissement correspondant sur le compte bancaire de la société et s'est ainsi fondé sur les encaissements effectivement perçus par la société et sur la divergence entre ceux-ci et le chiffre d'affaires déclaré et la taxe sur la valeur ajoutée collectée déclarée afférente, pour justifier les rectifications. L'administration fiscale apporte ainsi une preuve régulière de l'insuffisance des déclarations de la requérante.
S'agissant du profit sur le Trésor :
29. Par voie de conséquence du rejet des demandes de la société aux fins de réduction des rappels opérés en matière de taxe sur la valeur ajoutée, les conclusions présentées aux fins de réduction à due-proportion du profit sur le Trésor ne peuvent qu'être rejetées.
S'agissant de l'impôt sur les sociétés :
30. En troisième lieu Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ".
31. En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des créances de tiers, amortissements, provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. En ce qui concerne les charges, le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
32. Il résulte de l'instruction que la société requérante a comptabilisé dans ses charges déductibles au titre des exercices vérifiés, d'une part, des charges non assorties de factures, d'autre part des charges de déplacement et de loyers au bénéfice de M. C D dont l'administration fiscale considère qu'elles n'ont pas été engagées dans l'intérêt de l'entreprise. La société requérante soutient que les dépenses de déplacement et de loyers ont été engagées dans l'intérêt de l'entreprise, notamment dès lors que, d'une part, les déplacements de M. C D étaient justifiés par l'export du savoir-faire de la société Barnes International, principal client de la requérante, à l'étranger et, d'autre part, que les dépenses de loyers portent sur les locaux nécessaires à l'activité de la société JLS Transactions, qui ne disposait pas de locaux propres.
33. Pour autant, d'abord, la société JLS Transactions ne justifie pas de l'utilité des déplacements inscrits en charges pour la société, se bornant à se prévaloir de l'intérêt d'une entreprise cliente sans démontrer qu'elle aurait effectué ainsi une prestation rémunérée et facturée. La société ne produit ensuite aucun justificatif de l'utilité concrète des déplacements pris en charge, à son bénéfice ou au bénéfice de sa cliente. Enfin, la société JLS Transactions n'apporte aucun élément pour démontrer que M. C D aurait utilisé les locaux objet des loyers en tant qu'espace de travail nécessaire à l'activité de la requérante. La société JLS Transactions n'apporte ainsi pas la preuve, qui lui incombe, de ce que les charges en cause pouvaient être déduites pour l'établissement de son bénéfice net.
Sur l'amende prononcée en application de l'article 1759 du code général des impôts :
34. Aux termes de l'article L. 80 D du Livre des procédures fiscales (LPF), " Les décisions mettant à la charge des contribuables des sanctions fiscales sont motivées ( ".Aux termes, de l'article 1729 du code général des impôts, dans sa rédaction résultant de l'article 35 de la loi n° 2008-1443 du 30 décembre 2008, applicable au litige :" Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ". Il résulte des dispositions de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales et du principe de présomption d'innocence prévu notamment au 2 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que la charge de la preuve du bien-fondé de l'application des majorations pour manquement délibéré repose sur l'administration.
35. En premier lieu, il résulte de l'instruction et notamment tant de la proposition de rectification du 29 septembre 2017 que du 9 décembre 2019, que l'administration fiscale a énoncé les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle entendait fonder la pénalité prononcée sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la pénalité contestée ne peut, en conséquence, qu'être rejeté.
36. En second lieu, pour justifier l'application des pénalités pour manquement délibéré, l'administration souligne, dans la première procédure, que l'importance et le caractère répété des irrégularités déclaratives constatées démontrent le caractère intentionnel des agissements du représentant légal de la société et que du simple fait de l'inscription d'écritures de charges dépourvues de justificatif probant, la société ne pouvait ignorer qu'elle minorait ainsi son résultat social. Dans la seconde procédure, l'administration fiscale souligne en outre que la requérante a sensiblement minoré ses déclarations de taxe sur la valeur ajoutée collectée et déduit à tort la quasi intégralité de la taxe sur la valeur ajoutée déductible déclarée, et n'a pas déclaré ses résultats. L'administration doit être regardée comme apportant ainsi la preuve, qui lui incombe, de l'intention de la société JLS Transactions d'éluder l'impôt et justifie la majoration pour manquement délibéré dont elle a assorti, sur le fondement du a de l'article 1729 du code général des impôts, les rectifications opérées.
37. Il résulte de tout ce qui précède que de Société JLS Transactions n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre, d'une part, des exercices clos les 31 décembre 2014 et 2015, d'autre part des exercices clos les 31 décembre 2016, 2017 et 2018, ainsi que des pénalités correspondantes, et n'est pas plus fondée à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés, d'une part au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, d'autre part au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 mai 2019, ainsi que des pénalités correspondantes. Ses conclusions présentées au titre des frais liés au litige doivent, par voie de conséquence, également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requête n° 2110047 et n° 2219872 de la société JLS Transactions sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société JLS Transactions et au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bachoffer, président,
M. Pertuy, premier conseiller,
M. Amadori, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.
Le rapporteur,
I. PERTUY
Le président,
B. BACHOFFER La greffière,
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2, 2219872/1-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400288
La société First Trading contestait devant le **Tribunal Administratif de Paris** des rappels d'impôts et pénalités suite à un contrôle fiscal. Le tribunal a **rejeté sa requête**, considérant que la proposition de rectification avait été régulièrement notifiée conformément aux articles L. 57 et L. 76 du livre des procédures fiscales, et que les autres moyens soulevés (prescription, qualification de la cession immobilière) n'étaient pas fondés.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407139
**Sujet principal** : La requête de la SAS Etablissements A. Chollet contestant la réintégration fiscale de provisions pour dépréciation de ses stocks et demandant la décharge d'impositions supplémentaires sur les sociétés. **Juridiction** : Le Tribunal Administratif de Paris (1re Section - 2e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la demande de la société. Il estime que la méthode d'évaluation de la provision pour dépréciation appliquée au groupe de produits "V" n'est pas suffisamment précise et détaillée, car elle utilise un taux unique basé sur la durée de stockage pour des produits hétérogènes, sans justification d'une dépréciation homogène. **Textes appliqués** : Les articles 39-1 5° et 38-3 du Code général des impôts (CGI), en application de l'article 209 du CGI, ainsi que l'article 38 decies de l'annexe III au CGI, relatifs aux conditions de déductibilité des provisions pour dépréciation des stocks.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2418646
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler la décision du recteur de l'académie de Paris refusant la révision de l'affectation de sa fille en classe de première STMG. Le juge a estimé que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en maintenant l'affectation initiale, les arguments fondés sur une prétendue erreur d'un conseiller principal d'éducation et sur les risques pour la scolarité de l'élève n'étant pas de nature à caractériser une situation exceptionnelle justifiant une révision. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'éducation et de l'arrêté académique fixant les procédures d'affectation.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517216
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. C... A... visant à annuler plusieurs mesures d'éloignement (obligation de quitter le territoire, interdiction de retour, etc.) prises par le préfet de police. Le tribunal a jugé que le préfet était compétent pour signer ces décisions et que leur motivation était suffisante, notamment au regard de la menace pour l'ordre public. Il a également déclaré irrecevable le recours contre le signalement Schengen, cette inscription n'étant pas une décision susceptible de recours pour excès de pouvoir. Les textes appliqués incluent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et la Convention européenne des droits de l'homme.
31/03/2026