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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2110371

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2110371

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2110371
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET AVODIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 10 mai 2021 sous le numéro 2110371/2-1, la société Rivoli Park Tavern, représentée par le cabinet Avodia, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013 et 2014, pour un montant total, en droits et pénalités, de 721 344 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la proposition de rectification du 16 mars 2016 n'est pas suffisamment motivée, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- c'est à tort que le service a rejeté sa comptabilité au seul motif que ses fiches clients n'étaient pas numérotées de façon chronologique ;

- les pénalités pour manquement délibéré qui lui ont été infligées ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement de 33 167 euros prononcé en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 3 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 décembre 2021.

II. Par une réclamation adressée le 30 décembre 2020 au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris, transmise au tribunal en application de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales et enregistrée le 20 janvier 2022 sous le numéro 2201437/2-1, la société Rivoli Park Tavern, représentée par le cabinet Avodia, demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013 et 2014, pour un montant total, en droits et pénalités, de 788 049 euros.

Elle soutient que c'est à tort que le service a rejeté sa comptabilité au seul motif que ses fiches clients n'étaient pas numérotées de façon chronologique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen soulevé par la requérante n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Halard, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Mazeau, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Rivoli Park Tavern, qui exploitait alors une activité de brasserie au 216 rue de Rivoli, dans le 1er arrondissement de Paris, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014, à l'issue de laquelle le service vérificateur a rehaussé ses résultats et lui a notifié des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée finalement fixées à un montant total, en droits et pénalités, de 868 095 euros, mis en recouvrement le 14 mai 2018. L'administration a ensuite partiellement rejeté la réclamation contentieuse formée par la société le 5 juin 2018 et prononcé un dégrèvement de 80 046 euros. Elle a rejeté sa réclamation en date du 31 juillet 2019, puis partiellement rejeté, par une décision du 2 mars 2021, sa réclamation du 25 novembre 2019 et prononcé un dégrèvement de 66 705 euros. Par la requête enregistrée sous le numéro 2110371, la société Rivoli Park Tavern demande au tribunal de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur les sociétés et rappels de taxe sur la valeur ajoutée restés à sa charge sur la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014. L'administration a enfin transmis au tribunal, en application de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales, une quatrième réclamation adressée le 30 décembre 2020 au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris, enregistrée le 20 janvier 2022 sous le numéro 2201437, par laquelle la société demande également la décharge de ces mêmes suppléments d'impôt et rappels de taxe sur la valeur ajoutée.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2110371 et 2201437 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'étendue du litige :

3. Par une décision du 30 août 2021, postérieure à l'introduction des requêtes, l'administration fiscale a procédé au dégrèvement d'une somme de 33 167 euros correspondant au montant des intérêts de retard, en application des dispositions de l'article 1756 du code général des impôts, à la suite de l'ouverture d'une procédure de liquidation judiciaire à l'encontre de la société intervenue le 10 août 2021. Les conclusions des requêtes sont, dans cette mesure, devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

4. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile.

5. La proposition de rectification du 16 mars 2016 expose, pour chaque rectification proposée, les faits constatés, les motifs du rejet de la comptabilité de la société Rivoli Park Tavern, les articles du code général des impôts applicables et les rectifications découlant de leur violation, et fait état des années d'impositions et des conséquences financières du contrôle. Par ailleurs, si la société soutient que cette proposition de rectification ne précise pas suffisamment la manière dont ont été déterminés ses achats revendus, les pages 4 à 8 et ses annexes 1, 2 et 3 détaillent la méthode retenue par le service vérificateur et les éléments sur lesquels il s'est fondé, notamment les achats répertoriés en comptabilité et un échantillon de sept jours par trimestre au titre de chaque année pour calculer le montant des recettes de consommations à mode unique et multiples. Dans ces conditions, alors au demeurant que la société a pu utilement discuter de ces éléments dans le cadre des observations qu'elle a formulées aussi bien devant le service que devant la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, elle n'est pas fondée à soutenir que la proposition de rectification est entachée d'un défaut de motivation.

En ce qui concerne le rejet de la comptabilité :

6. Aux termes de l'article 54 du code général des impôts : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration () ". Aux termes de l'article L. 123-12 du code du commerce : " Toute personne physique ou morale ayant la qualité de commerçant doit procéder à l'enregistrement comptable des mouvements affectant le patrimoine de son entreprise. Ces mouvements sont enregistrés chronologiquement. Elle doit contrôler par inventaire, au moins une fois tous les douze mois, l'existence et la valeur des éléments actifs et passifs du patrimoine de l'entreprise. Elle doit établir des comptes annuels à la clôture de l'exercice au vu des enregistrements comptables et de l'inventaire. Ces comptes annuels comprennent le bilan, le compte de résultat et une annexe, qui forment un tout indissociable. ".

7. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales dans sa version applicable à la présente procédure : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge.

8. Pour écarter comme irrégulière et non probante la comptabilité de la société Rivoli Park Tavern, l'administration a relevé qu'elle ne procédait qu'à une comptabilisation globale de ses recettes en fin de journée sans pouvoir en justifier le détail, constatant en particulier que la société n'établissait que des fiches clients non numérotées de manière chronologique, ce qui ne permettait pas de corroborer l'exactitude des données inscrites sur les tickets Z, qu'elle n'a présenté aucun autre justificatif de l'enregistrement chronologique des ventes journalières, et que les bandes de caisse enregistreuse faisaient état de sommes sans mention des consommations correspondantes alors que de nombreux produits étaient vendus au même prix, empêchant de relier les ventes aux achats comptabilisés. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, dont la charge lui incombe en vertu de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, de ce que la comptabilité vérifiée était dépourvue de valeur probante. C'est par suite à bon droit qu'elle a pu l'écarter à ce titre et procéder à la reconstitution du chiffre d'affaires de la société Rivoli Park Tavern au titre des exercices clos en 2013 et 2014.

En ce qui concerne les pénalités :

9. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

10. Pour infliger à la société les pénalités litigieuses, l'administration s'est fondée sur le caractère irrégulier et non probant de sa comptabilité, sur l'importance des minorations de recettes constatées et sur leur caractère répété. Compte tenu de ce qui a été dit au point 7 et de ce que la société se borne, outre à contester le caractère irrégulier de sa comptabilité, à soutenir sans la contester que la méthode de reconstitution de ses recettes mise en œuvre par le service ne conduit qu'à des résultats théoriques, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, dont la charge lui incombe, de son intention délibérée d'éluder l'impôts. C'est par suite à bon droit qu'elle a pu faire application des dispositions précitées du a. de l'article 1729 du code général des impôts.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par la société Rivoli Park Tavern doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme demandée par la société requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions des requêtes à hauteur de la somme de 33 167 euros dégrevée en cours d'instance.

Article 2 : Les requêtes n°s 2110371 et 2201437 de la société Rivoli Park Tavern sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Rivoli Park Tavern, prise en la personne de son liquidateur judiciaire, Maître Bernard Corre, et à la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris (pôle juridictionnel administratif).

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Evgénas, présidente,

Mme Laforêt, première conseillère,

M. Halard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

Le rapporteur,

G. HALARD

La présidente,

J. EVGENASLa greffière

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2110371/2-1, 2201437/2-1

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