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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2110565

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2110565

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2110565
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET BLONDEL AVOCATS (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mai 2021 et un mémoire enregistré le 8 février 2022, la SARL El Camino, représentée par Me Dreyer du cabinet Blondel Avocats, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2013 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le rehaussement du bénéfice imposable de l'exercice clos en 2013 à hauteur de la somme de 9 753 euros résultant d'une dette de taxe sur la valeur ajoutée due qui a été atteinte par la prescription, n'est pas fondé, dès lors que si par hypothèse cette prescription avait été acquise, l'administration aurait été dans l'obligation de procéder à un rappel de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période de janvier 2012 à décembre 2012 soumise à contrôle ;

- le rehaussement du bénéfice imposable de l'exercice clos en 2013 de la somme de 50 773 euros en raison d'un prétendu abandon de créances que la société détient sur ses fournisseurs est contredit par les motifs du jugement du tribunal du 21 novembre 2017 n° 1717458/1-2, lesquels établissent que ces dettes fournisseurs n'existaient plus au 1er janvier 2013 ;

- s'agissant de la demande de substitution de motifs demandée par l'administration fiscale dans son mémoire en défense, celle-ci ne peut prospérer, dès lors que si le passif n'existait plus à la clôture de l'exercice 2012, l'administration fiscale aurait dû le remettre en cause au titre de cet exercice, ce qu'elle ne pouvait faire dès lors que la prescription lui était acquise à la date de la proposition de rectification.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 16 novembre 2021 et le 10 mars 2022, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la demande de décharge présentée par la société est irrecevable en tant qu'elle concerne les suppléments d'impôt résultant des rehaussements autres que ceux visés par les moyens de la requête ;

- le moyen de la requête tendant à la contestation du produit exceptionnel est mal fondé ;

- s'agissant du rehaussement résultant d'un abandon de créance injustifié, il y a lieu pour le juge de l'impôt de procéder à une substitution de motifs, ce même rehaussement pouvant résulter de la remise en cause d'un passif injustifié.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Amadori,

- les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL El Camino, ayant une activité de restauration sud-américaine, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014. A la suite des opérations de contrôle externe, par une proposition de rectification du 30 octobre 2015, le service vérificateur lui a proposé des rehaussements de ses bénéfices imposables à l'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2012 et 2013 ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période de janvier 2012 à décembre 2013. A l'issue de la procédure contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée ont été réclamés à la société par une avis de mise en recouvrement du 10 février 2016. La société a contesté ces impositions par des réclamations des 10 juin 2016 et 20 décembre 2018. La seconde réclamation a fait l'objet d'une décision de rejet du 25 mars 2021. La société El Camino doit être regardée comme demandant la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de la seule année 2013 en raison de la réintégration, à son bénéfice imposable au titre de l'exercice clos en 2013, d'un abandon de créance de 50 773 euros et d'un produit exceptionnel de 9 753 euros.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la réintégration au bénéfice imposable d'un produit exceptionnel de 9 753 euros :

2. D'une part, aux termes de l'article 38 du code général des impôts, applicable à l'impôt sur les sociétés en vertu des dispositions du I de l'article 209 du même code : " 1. () le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, () 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 176 du livre des procédures fiscales : " Pour les taxes sur le chiffre d'affaires, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année suivant celle au cours de laquelle la taxe est devenue exigible conformément aux dispositions du 2 de l'article 269 du code général des impôts. () ".

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction écrite que le service vérificateur a constaté, au bilan de clôture des exercices 2012 et 2013, un montant de taxe sur la valeur ajoutée à régulariser, enregistré au compte 4458, de 4 747 euros et une taxe sur la valeur ajoutée collectée, enregistrée au compte 4457, d'un montant de 7 645,81 euros. L'administration fiscale fait valoir sans contradiction sur ce point que ces dettes étaient afférentes à des périodes antérieures à décembre 2009. Dès lors, en application des dispositions de l'article L. 176 citées au point 3 du présent jugement, le service vérificateur a pu estimer à bon droit qu'à compter du 1er janvier 2013, les dettes correspondantes n'étaient plus justifiées en raison du fait qu'elles étaient atteintes par la prescription. Il était par suite fondé, sur le fondement des dispositions citées au point 2 du présent jugement, à réintégrer au bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2013, la somme de 9 753 euros résultant de la variation d'actif net entre le 1er janvier et le 31 décembre 2013, en raison de l'extinction de la dette injustifiée constatée à la clôture de cet exercice. Contrairement à ce que soutient la société requérante, le service vérificateur ne pouvait légalement procéder à un rappel de cette taxe au titre de la période de janvier 2012 à décembre 2012, la dette de taxe sur la valeur ajoutée ayant pour origine des déclarations de chiffres d'affaires afférentes à décembre 2009 ou antérieurement, lesquelles n'auraient pu donner lieu à la notification de rappels de taxe sur la valeur ajoutée que le 31 décembre 2012 au plus tard.

5. Il résulte de ce qui précède que le moyen de la SARL El Camino tendant à contester le bien-fondé de la réintégration au bénéfice imposable d'un produit exceptionnel de 9 753 euros doit être écarté.

En ce qui concerne la réintégration au bénéfice imposable de la somme de 50 773 euros :

6. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts, applicable à l'impôt sur les sociétés en vertu des dispositions du I de l'article 209 du même code : " 1. () le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, () 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. () ".

7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le service vérificateur a constaté, au cours de l'exercice clos en 2013, l'annulation en comptabilité d'une partie des dettes fournisseurs de la SARL El Camino pour un montant total de 50 773 euros, ayant pour contrepartie comptable l'enregistrement de ces sommes au crédit du compte courant d'associé ouvert au nom de M. A, gérant de la société et détenant 84% des parties sociales. L'administration a ainsi réintégré dans les résultats imposables de la société au titre de l'exercice clos en 2013 les sommes portées au crédit du compte courant de M. A, les montants correspondant à diverses sommes débitées de différents comptes de tiers, au motif que ces écritures, non justifiées par des cessions de créances soumises à la formalité de l'article 1690 du code civil, retraçaient l'abandon pur et simple des créances que détenaient ces diverses entreprises au profit de la SARL El Camino, cet abandon ayant eu pour effet d'augmenter d'autant l'actif net de cette dernière et d'engendrer, dans ces conditions, un profit imposable à son nom à l'impôt sur les sociétés.

8. Toutefois, le directeur régional des finances publiques demande en cours d'instance qu'à ce motif soit substitué celui tiré de ce que le compte courant de M. A, créditeur à la clôture de l'exercice 2013 d'un montant de 50 773 euros, serait constitutif d'un passif injustifié. Cette substitution ne portant atteinte à aucune garantie de la SARL El Camino, il y a lieu de faire droit à cette demande.

9. En ne versant aux débats aucune pièce probante permettant d'établir que son gérant aurait pris en charge personnellement ses dettes fournisseurs et que la somme portée au crédit du compte courant d'associé de son gérant correspondait à un remboursement, la SARL El Camino ne rapporte pas la preuve qui lui incombe du bien-fondé de l'écriture de passif figurant à son bilan de clôture de l'exercice 2013.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de la SARL El Camino doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la SARL El Camino sollicite au titre des frais exposés par elle en vue de la présente instance et non compris dans les dépens.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SARL El Camino doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL El Camino est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à SARL El Camino et au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bachoffer, président,

M. Pertuy, premier conseiller,

M. Amadori, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

Le rapporteur,

A. AMADORI

Le président,

B. BACHOFFERLa greffière,

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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