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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2110693

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2110693

vendredi 24 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2110693
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation4e Section - 3e Chambre - R.222-13
Avocat requérantLUBAKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mai 2021, Mme C B, agissant tant en son nom personnel qu'en celui de ses trois enfants mineurs, représentée par Me Lubaki, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser une somme totale de 30 000 euros à parfaire, en réparation des préjudices résultant de son absence de relogement ;

2°) d'enjoindre au préfet compétent de procéder à la désignation d'une association agréée dans le cadre du dispositif AVDL financé selon les modalités prescrites par l'article L. 302-7 du code de la construction et de l'habitation, et ce aux fins d'établissement d'un diagnostic social et de la mise en œuvre d'un contrat d'accompagnement vers le logement.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'État est engagée sur le fondement de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dès lors qu'elle n'a reçu aucune offre de relogement alors qu'elle a été reconnue prioritaire par une décision de la commission de médiation et que le tribunal l'a enjoint à la reloger ;

- elle subit des troubles dans ses conditions d'existence qu'elle évalue à 30 000 euros.

Par un mémoire enregistré le 7 février 2023, le préfet de la région d'Ile-de-France a produit une pièce.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mars 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Grandillon en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grandillon ;

- et les observations de Me Lubaki, avocat de Mme B, qui abandonne ses conclusions à fin d'injonction et conclut, pour le surplus, aux mêmes fins que dans ses écritures, par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur le désistement partiel :

1. Si, dans sa requête, Mme B avait formulé des conclusions à fin d'injonction, elle a expressément abandonné celles-ci à l'audience. Dès lors, il n'y a lieu pour le tribunal de ne statuer que sur ses conclusions indemnitaires.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une décision d'une commission de médiation en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'État prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement. En outre, il y a lieu de tenir compte, pour les évaluer, de l'évolution de la composition du foyer au cours de cette période. Enfin, la circonstance que l'absence de relogement a contraint le demandeur à supporter un loyer manifestement disproportionné au regard de ses ressources, si elle ne peut donner lieu à l'indemnisation d'un préjudice pécuniaire égal à la différence entre le montant du loyer qu'il a payé durant cette période et celui qu'il aurait acquitté si un logement social lui avait été attribué, doit, si elle est établie, être prise en compte pour évaluer le préjudice résultant des troubles dans les conditions d'existence.

3. Mme B, qui a présenté une demande de logement social sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence par une décision du 1er décembre 2016 de la commission de médiation du département de Paris valant pour quatre personnes au motif qu'elle est dépourvue de logement, hébergée chez un particulier. En outre, par un jugement du 18 décembre 2017, le tribunal administratif de Paris a enjoint au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, d'assurer le relogement de la requérante et de sa famille sous astreinte de 450 euros par mois de retard à compter du 1er mars 2018. Le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris n'a pas proposé à l'intéressée un relogement dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l'habitation à compter de l'édiction de la décision de la commission de médiation. Cette carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État à compter du 1er juin 2017 à l'égard de Mme B exclusivement, cette dernière étant l'unique bénéficiaire de la décision de la commission de médiation.

4. Par un jugement du 12 mars 2020, le tribunal a condamné l'Etat à verser à la requérante la somme de 9 000 euros en réparation des préjudices résultant de son absence de relogement pour la période courant du 1er juin 2017 à la date de ce jugement.

5. Il résulte de l'instruction que, depuis le dernier jugement cité au point précédent, la situation de Mme B et de sa famille qui a motivé la décision de la commission de médiation a perduré jusqu'au 16 décembre 2022, date de son relogement. Il résulte par ailleurs de l'instruction que pendant cette période, courant du 12 mars 2020 au 16 décembre 2022, Mme B, qui présente un taux d'incapacité supérieur ou égal à 80 %, et ses trois enfants, n'ont pas disposé de logement et ont été hébergés par le Samusocial ou l'association Emmaüs. Ainsi, compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer, les troubles de toute nature subis par Mme B dans ses conditions d'existence, y compris son préjudice moral, justifient la condamnation de l'Etat à lui verser une indemnité de 9 000 euros.

6. En revanche, les conclusions présentées par Mme B au nom de ses enfants doivent être rejetées dès lors qu'ils ne sont pas les bénéficiaires de la décision de la commission de médiation qui, comme indiqué au point 2, ne mentionne que Mme B.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions de Mme B à fin d'injonction.

Article 2 : L'État est condamné à verser à Mme B une somme de 9 000 euros.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2023.

Le magistrat désigné

J. Grandillon

Le greffier,

A. GUILLOU

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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